Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE
Un berger prophete
Je vis dans ces lieux innocensOù les esprits les plus puissans,Quittant leurs grandeurs souveraines,Suivent ma prophetique voixDans le silence de nos boisEt dans le bruict de nos fontaines.
Icy mon desir est ma loy,Mon entendement est mon roy,Je preside à mes advantures,Et, comme si quelqu’un des DieuxM’eust preste soname et ses yeux,Je comprends les choses futures.
J’ay veu quand des esprits mutinsSollicitoient nos bons destinsA quitter le soin de la France,Et deviné que leur malheurTrouveroit dans nostre valeurLe tombeau de leur esperance.
Je voy qu’un jeune potentatBornera bien tost son estatDu plus large tour de Neptune ;Et son bon-heur, sans estre vain,Pourra voir avecques dédainLes caresses de la fortune.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources