Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE
Balet
VENUS AUX REYNES.
Lorsque je sortis de la merMoins couverte d’eau que de flâmes,La beauté qui me fait aymerMe destina reyne des ames,Et me dit que je cederoisA vos yeux, qu’elle a fait mes roys.
Le Soleil, monstrant son flambeauPar Cythere et par Amathonte,Lors qu’il eust veu le mien si beau,Il faillit à mourir de honte ;Mais vous emportez aujourd’huyL’avantage que j’eus sur luy.
L’estonnement qu’il eut aux cieuxLors que je me levay de l’onde,Je le ressens devant vos yeux,Qui sont les plus beaux yeux du mondeAstres des esprits bien-heureux,Dont mes Amours sont amoureux.
Mes petits Amours, mes AppasEt mes Graces les plus parfaictes,Belles reynes, sont-elles pasAux mesmes places où vous estes ?Je sçay que veritablementVostre cour est leur element.
Les bords de Cypre, où mon autel,Autresfois en si belle estime,M]avoit rendu chaque mortelTributaire d’une victime,Sont deserts à cause de vous,Qui recevez les vœux de tous.
Ces princes qu’un devoir d’amourRetenoit en ma servitude,Lassez d’un si mauvais sejour,En ont faict une solitude,Et rendent à vos majestezMon empire et leurs liberiez.
Leur cœur, dégouté de mes loisAussi bien que de mon visage,Demande à captiver des roysQuelque plus glorieux servage.Vous seules avez des liensPlus honorables que les miens.
Vos beautez font qu’avec raisonCes princes m’ont esté rebelles ;Craignez la mesme trahison,Quand vous ne serez plus si belles ;Mais si c’est par là seulement,Ils sont serfs eternellement.
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources