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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE

Consolation,

A MADEMOISELLE DE L.

Théophile de Viau· 68 vers

Donne un peu de relasche au dueil qui t’a surpris ;Ne t’oppose jamais aux droits de la nature,Et pour l’amour d’un corps ne mets point tes espritsDedans la sepulture.

La mort, dans tes regrets à toy se presentant,Te fait voir qu’elle n’est qu’horreur et que misere ;Pourquoy donc tasches-tu qu’elle t’en face autantQu’elle a fait à ton pere ?

Quoy que l’affection te fasse discourir,Tes beaux jours ne sont point en estat de le suivre ;Comme c’estoit à luy la saison de mourir,C’est la tienne de vivre.

Il estoit las d’honneur, de fortune et de jours,Tes jeunes ans ne font que commencer la vie,Et, si tu vas si tost en achever le cours,Que deviendra Livie ?

Remets pour l’amour d’elle encore ces appasQui s’en vont effacez dans ton visage sombre,Et qu’un si long chagrin ne te maltraicte pasPour contenter une ombre.

Il est vray qu’un tel mal est fascheux à guerir,Et, de quelque vigueur que ton esprit puisse estre,Il te faut souspirer lorsque tu vois perirCeluy qui t’a faict naistre.

Encore ses vertus touchoient ton amitiéAu delà du devoir où la nature oblige,Si bien que la raison approuve la pitiéPour l’ennuy qui t’afflige.

Ses conseils sçavoient rendre un roy victorieux,Son renom honoroit et la paix et la guerre,Et je croy que l’envie est cause que les CieuxL’ont osté de la terre.

Mais aussi, quel climat n’en a du desplaisir ?L’Europe à son subject se plaint contre les ParquesAutant que si leurs lacs estoient venus saisirQuelqu’un de ses monarques.

Je voy comme le Ciel, pour soulager ton dueil,Veut que tout l’univers à tes souspirs responde,Et, pour t’en exempter, ordonne à son cercueilLes pleurs de tout le monde.

Toutesfois tous ces cris sont des soins superflus ;Nos plaintes dans les airs sont vainement poussées :Un homme ensevely ne considere plusNos yeux ni nos pensées.

Sçachant qu’il a rendu ce qu’on doit aux autels,Tu dois estre asseuré de sa beatitude,Ou ton esprit troublé croit que les ImmortelsSont pleins d’ingratitude.

Tes importuns regrets se rendront criminels ;Ton pere en son repos ne trouvera que peine,Puisqu’il semble estre admis aux plaisirs eternelsPour te mettre à la geine.

Le mal devient plus grand lors que nous l’irritons.Reviens dans les plaisirs que la jeunesse apporte :C’est un grand bien de voir fleurir les remettonsLors que la souche est morte.

Un homme de bon sens se mocque des malheurs ;Il plaint esgallement sa servante et sa fille.Job ne versa jamais une goutte de pleursPour toute sa famille.

Après t’estre affligé, pense à te resjouyr :Qui t’a faict la douleur t’a laissé les remedes.Il ne te reste plus que de sçavoir jouirDes biens que tu possedes.

Arreste donc ces pleurs vainement respandus ;Laisse en paix ce destin que tes douleurs detestent.Il faut, après ces biens que nous avons perdus,Sauver ceux qui nous restent.

68 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources