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un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE

La solitude

Théophile de Viau· ODE.· 164 vers

Dans ce val solitaire et sombre,Le cerf, qui brame au bruit de l’eauPanchant ses yeux dans un ruisseauS’amuse à regarder son ombre.

De ceste source une NaiadeTous les soirs ouvre le portalDe sa demeure de crystal,Et nous chante une serenade.

Les nymphes que la chasse attireA l’ombrage de ces forestsCherchent les cabinets secrets,Loing de l’embusche du satyre.

Jadis au pied de ce grand chesne,Presque aussi vieux que le soleil,Bacchus, l’Amour et le Sommeil,Firent la fosse de Silene.

Un froid et tenebreux silenceDort à l’ombre de ces ormeaux,Et les vents battent les rameauxD’une amoureuse violence.

L’esprit plus retenu s’engageAu plaisir de ce doux sejour,Où Philomele nuit et jourRenouvelle un piteux langage.

L’orfraye et le hibou s’y perche ;Icy vivent les loup-garoux ;Jamais la justice en courrouxIcy de criminels ne cherche.

Icy l’amour faict ses estudes ;Venus y dresse des autels ;Et les visites des mortelsNe troublent point ces solitudes.

Ceste forest n’est point profane ;Ce ne fut point sans la fascherQu’Amour y vint jadis cacherLe berger qu’enseignoit Diane.

Amour pouvoit par innocence,Comme enfant, tendre icy des rets,Et comme reyne des forestsDiane avoit ceste licence.

Cupidon, d’une douce flammeOuvrant la nuict de ce valon,Mist devant les yeux d’ApollonLe garçon qu’il avoit dans l’ame.

A l’ombrage de ce bois sombreHyacinthe se retira,Et depuis le soleil juraQu’il seroit ennemy de l’ombre.

Tout auprès le jaloux Borée,Pressé d’un amoureux tourment,Fut la mort de ce jeune amant,Encore par luy souspirée.

Saincte forest, ma confidente,Je jure par le Dieu du jourQue je n’auray jamais amourQui ne te soit toute evidente.

Mon ange ira par cet ombrage ;Le soleil, le voyant venir,Ressentira du souvenirL’accez de sa premiere rage.

Corine, je te prie, approche ;Couchons-nous sur ce tapis vert,Et pour estre mieux à couvert,Entrons au creux de ceste roche.

Ouvre tes yeux, je te supplie :Mille amours logent là dedans,Et de leurs petits traicts ardansTa prunelle est toute remplie.

Amour de tes regards souspire,Et, ton esclave devenu,Se voit luy-mesme retenu,Dans les liens de son empire.

O beauté sans doute immortelle,Où les Dieux trouvent des appas !Par vos yeux je ne croyois pasQue vous fussiez du tout si belle.

Qui voudrait faire une peintureQui peust ses traicts representer,Il faudroit bien mieux inventerQue ne fera jamais nature.

Tout un siecle les destinéesTravaillerent après ses yeux,Et je croy que’pour faire mieuxLe temps n’a point assez d’années.

D’une fierté pleine d’amorce,Ce beau visage a des regardsQui jettent des feux et des dardsDont les Dieux aymeroient la force.

Que ton teinct est de bonne grace !Qu’il est blanc, et qu’il est vermeil !Il est plus net que le soleil,Et plus uny que de la glace.

Mon Dieu ! que tes cheveux me plaisent !Us s’esbattent dessus ton front,Et, les voyant beaux comme ils sont,Je suis jaloux quand ils te baisent.

Belle bouche d’ambre et de roze,Ton entretien est desplaisantSi tu ne dis, en me baisant,Qu’aymer est une belle chose.

D’un air plein d’amoureuse flame,Aux accens de ta douce voix,Je voy les fleuves et les boisS’embrazer comme a faict mon ame.

Si tu mouilles tes doigts d’yvoireDans le crystal de ce ruisseau,Le Dieu qui loge dans ceste eauAymera, s’il en oze boire.

Presente-luy ta face nue,Tes yeux avecques l’eau riront,Et dans ce miroir escrirontQue Venus est icy venue.

Si bien elle y sera despeincteQue les Faunes s’emflammeront,Et de tes yeux, qu’ils aymeront,Ne sçauront descouvrir la feinte.

Entends ce Dieu qui te convieA passer dans son element ;Oy qu’il soupire bellementSa liberté desjà ravie.

Trouble-luy ceste fantasie,Destourne-toy de ce miroir,Tu le mettras au desespoir,Et m’osteras la jalousie.

Voy-tu ce tronc et ceste pierre ?Je croy qu’ils prennent garde à nous.Et mon amour devient jalouxDe ce myrthe et de ce lierre.

Sus, ma Corine ! que je cueilleTes baisers du matin au soir !Voy comment, pour nous faire asseoir,Ce myrthe a laissé cheoir sa fueille !

Oy le pinçon et la linotte,Sur la branche de ce rosier ;Voy branler leur petit gosier !Oy comme ils ont changé de notte !

Approche, approche, ma Driade !Icy murmureront les eaux ;Icy les amoureux oyseauxChanteront une serenade.

Preste-moy ton sein pour y boireDes odeurs qui m’embasmeront ;Ainsi mes sens se pasmerontDans les lacs de tes bras d’yvoire.

Je baigneray mes mains folastresDans les ondes de tes cheveux,Et ta beauté prendra les vœuxDe mes œillades idolatres.

Ne crains rien, Cupidon nous garde.Mon petit ange, es-tu pas mien ?Ha ! je voy que tu m’aymes bien :Tu rougis quand je te regarde.

Dieux ! que ceste façon timideEst puissante sur mes esprits !Regnauld ne fut pas mieux esprisPar les charmes de son Armide.

Ma Corine, que je t’embrasse !Personne ne nous voit qu’Amour ;Voy que mesme les yeux du jourNe trouvent point icy de place.

Les vents, qui ne se peuvent taire,Ne peuvent escouter aussy,Et ce que nous ferons icyLeur est un incogneu mystere.

164 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources