Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE
Ode
Un fier demon qui me menasse,De son triste et funeste accentContre mon amour innocentGronde la haine et la disgrace.
On m’a rapporté que tes yeux,Dans leurs paupieres languissantes,N’avoient plus ces flammes puissantesQui blessoient les atnes des dieux.
Nature est vrayement bien hardie,Et le sort bien faux et malin,D’assujectir le sang divinA l’effort d’une maladie.
En detestant ses cruautez,Quelque peur qui m’en divertisse,Je crie contre l’injusticeQue le Ciel faict à tes beautez.
Depuis ce malheureux messageQui m’a privé de tout repos,La tristesse a mis dans mes osUn tourment d’amour et de rage.
Malade au lict, d’où je ne sors,Je songe que je vois la Parque,Et que dans une mesme barqueNous passons le fleuve des morts.
Si tu te deuls de mon absence,C’est un supplice d’amitiéQui merite autant de pitiéQu’il a de peine et d’innocence.
Je mourray, si tu meurs pour moy :Autrement je serois bien traistre,Puisque le sort ne m’a faict naistreQue pour mourir avecques toy.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources