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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE

Le matin

Théophile de Viau· ODE.· 64 vers

L’aurore sur le front du jourSeme l’azur, l’or et l’ivoire,Et le soleil, lassé de boire,Commence son oblique tour.

Ses chevaux, au sortir de l’onde,De flamme et de clarté couverts,La bouche et les naseaux ouverts,Ronflent la lumiere du monde.

La lune fuit devant nos yeux ;La nuict a retiré ses voiles ;Peu à peu le front des estoillesS’unit à la couleur des cieux.

Desjà la diligente avetteBoit la marjolaine et le thyn,Et revient riche du butinQu’elle a pris sur le mont Hymette.

Je voy le genereux lionQui sort de sa demeure creuse,Herissant sa perruque affreuse,Qui faict fuir Endimion.

Sa dame, entrant dans les boccages,Compte les sangliers qu’elle a pris,Ou devale chez les espritsErrant aux sombres marescages.

Je voy les agneaux bondissansSur ces bleds qui ne font que naistre ;Cloris, chantant, les meine paistreParmy ces costaux verdissans.

Les oyseaux, d’un joyeux ramage,En chantant semblent adorerLa lumière qui vient dorerLeur cabinet et leur plumage.

La charue escorche la plaine ;Le bouvier, qui suit les seillons,Presse de voix et d’aiguillonsLe couple de bœufs qui l’entraine.

Alix appreste son fuseau ;Sa mère, qui luy fait la tasche,Presse le chanvre qu’elle attacheA sa quenouille de roseau.

Une confuse violenceTrouble le calme de la nuict,Et la lumiere, avec le bruit,Dissipe l’ombre et le silence.

Alidor cherche à son resveilL’ombre d’Iris qu’il a baisée,Et pleure en son ame abuséeLa fuitte d’un si doux sommeil.

Les bestes sont dans leur taniere,Qui tremblent de voir le soleil.L’homme, remis parle sommeil,Reprend son œuvre coustumiere.

Le forgeron est au fourneau ;Oy comme le charbon s’alume !Le fer rouge, dessus l’enclume,Estincelle sous le marteau.

Ceste chandelle semble morte,Le jour la faict esvanouyr ;Le soleil vient nous esblouyr :Voy qu’il passe au travers la porte !

Il est jour : levons-nous, Philis ;Allons à nostre jardinage,Voir s’il est, comme ton visage,Semé de roses et de lys.

64 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources