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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE

Sur une Tempeste

Qui s’esleva comme il estoit prest de s’embarquer pour aller en Angleterre.

Théophile de Viau· 80 vers

Parmy ces promenoirs sauvagesJ’oy bruire les vents et les flots,Attendant que les mattelotsM’emportent hors de ces rivages.Icy les rochers blanchissans.Du choc des vagues gemissans,Herissent leurs masses cornuesContre la cholere des airs,Et presentent leurs testes nuesA la menace des esclairs.

J’oy sans peur l’orage qui gronde,Et, fust-ce l’heure de ma mort,Je suis prest à quitter le portEn dépit du ciel et de Tonde.Je meurs d’ennuy dans ce loisir :Car un impatient desirDe revoir les pompes du LouvreTravaille tant mon souvenir,Que je brusle d’aller à Douvre,Tant j’ay haste d’en revenir.

Dieu de l’onde, un peu de silence !Un Dieu faict mal de s’esmouvoir.Fais-moy paroistre ton pouvoirA corriger ta violence.Mais à quoi sert de te parler,Esclave du vent et de l’air,Monstre confus qui, de natureVuide de rage et de pitié,Ne monstre que par advantureTa hayne ny ton amitié ?

Nochers qui, par un long usage,Voyez les vagues sans effroy,Et qui cognoissez mieux que moyLeur bon et leur mauvais visage,Dictes-moy, ce ciel foudroyant,Ce flot de tempeste aboyant,Les flancs de ces montagnes grossesSont-ils mortels à nos vaisseaux,Et sans aplanir tant de bossesPourray-je bien courir les eaux ?

Allons, pilote, où la fortunePousse mon genereux dessein ;Je porte un Dieu dedans le seinMille fois plus grand que Neptune :Amour me force de partir,Et, deustThetis, pour m’engloutir,Ouvrir mieux ses moittes entrailles,Cloris m’a sceu trop enflammerPour craindre que mes funeraillesSe puissent faire dans la mer.

O mon ange ! o ma destinée !Qu’ay je fait à cet element,Qu’il tienne si cruellementContre moy sa rage obstinée ?Ma Cloris, ouvre icy tes yeux,Tire un de tes regards aux cieux :Ils dissiperont leurs nuages,Et, pour l’amour de ta beauté,Neptune n’aura plus de ragesQue pour punir sa cruauté.

Desja ces montagnes s’abaissent,Tous les sentiers sont aplanis,Et sur ces flots si bien unisJe voy des alcions qui naissent.Cloris, que ton pouvoir est grand !La fureur de l’onde se rendA la faveur que tu m’as faicte.Que je vay passer doucement,Et que la peur de la tempesteMe donne peu de pensement !

L’ancre est levée, et le zephire,Avec un mouvement leger,Enfle la voile et faict nagerLe lourd fardeau de la navire.Mais quoy ! le temps n’est plus si beau,La tourmente revient dans l’eau !Dieux ! que la mer est infidelle !Chere Cloris, si ton amourN’avoit plus de constance qu’elle,Je mourrois avant mon retour.

80 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources