Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE
Ode
Enfin mon amitié se lasse :Je suis forcé de me guerir.L’amour qui me faisoit perirTous les jours peu à peu se passe.J’ay r’appellé mon jugement,J’ay fait vœu d’aymer sagement.Je rougis de ma servitudeEt proteste devant les DieuxQue je hay ton ingratitudePlus que je n’ay chery tes yeux.
Je n’ay plus le soing de te plaire :Mes charmes sont esvanouys ;Desormais je me resjouysDe ta haine et de ta colere.Ceste lascheté d’endurerNe me sçauroit guere durer ;Je veux estre exempt de souffranceAussi bien que toy de pitié,Et vivre avec l’indifferenceDont tu traie tes mon amitié.
Jamais douleur insupportableJusques à mon mal n’empira,Jamais esprit ne souspiraD’un travail si peu profitable.Je vis trop amoureusement,Je sers trop mal-heureusement :Ma belle ne veut point entendreLe mal qu’elle me fait sentir,Et me deffend de rien pretendreQue la honte et le repentir.
O mes Dieux ! ô mon influence !Regardez la peine où je suis !Sans faire un crime je ne puisEsperer une recompense.O Dieux qui gouvernez nos cœurs !Si vous n’estes des Dieux mocqueurOu des Dieux sans misericorde,Remettez-moy dans ma maison,Ou faictes enfin qu’on m’accordeOu la mort ou la guerison !
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources