Œuvres complètes, 1632· Ire PARTIE
Sur un Ralet du roy
LE FORGERON POUR LE ROY.
Je ne suis point industrieuxComme ce forgeron des DieuxDont les subtilitez nuisibles,Pour un chef-d’œuvre de son art,Dessous des filets invisiblesFirent voir qu’il estoit cornard.
Cet infame aux creux Ætneans,Dessus les tombeaux des geans,Enyvré de souffre et de flamme,Forgeoit des armes pour autruy,Cependant que Mars et sa femmeFaisoyent des forgerons pour luy.
Je suis un forgeron nouveau,Qui sans enclume et sans marteauForge un tonnerre à ma parole,Et du seul regard de mes yeuxFais partir un esclair qui vole,Plus puissant que celuy des cieux.
Les plus rebelles des humainsSubjuguez des traits de mes mains,Ont fait esmerveiller l’Europe,Et Vulcan avoue aisementDe n’avoir jamais veu CyclopeBattre le fer si rudement.
Le dard qu’amour me fait forgerSans deplaisir et sans dangerPenetre au fond de la pensée,Et la dame qu’il veut toucherEn est si doucement blesséeQu’elle n’en peut hayr l’archer.
Mais les fleches de mon courroux,Fatales qu’elles sont à tous,Font trembler le Dieu de la guerre,Et rien ne l’a fait habiterDans un ciel si loing de la terreQue le soin de les éviter.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, P. Jannet, 1856· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources