Poèmes et Poésies, 1895· Les cygnes
Au tombeau d‘Hélène
ARGUMENT
Morte !Entre les saules bleus évanouie ;Au miroir de l‘étang par la brise tuée ;N‘avais-tu cure de notre escorteDe jeunesse éblouieVers Toi seule évertuée ?
Toi dont la voix redit les mêmes motsQui font chantant l‘amour de toute éternité,Ne dois-tu pas nous dire un jeune secret ?A nous les fils des fils de tes amants de gloire ?Nous dire l‘ombre aussi, et le rêve (jumeauxTisserands d‘un voile illuminant ta nudité),Et nous dire d‘un rire un rythme qui seraitTa démarche de victoire !
Non que nous pleurions, las de l‘attente ;Non que nous blasphémions de tristesse ta joie ;Car nous voici cueillant des scions de tes saulesPour chercher sur la flûte, en l‘herbe qui verdoie,Le frisson de sa feuille frémissanteD‘avoir frôlé d‘un baiser tes épaules…
Hélène, nous chanterons ce soir,Et d‘heure en heure, et jusqu‘à tes étoilesEt jusque par delà la nuit, et jusqu‘à vivreSelon ton âme, et jusqu‘à voirFrémir de volupté tes chastes voilesDont le secret se livre ;Hélène, nous chanterons ce soir.
27 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources