Poèmes et Poésies, 1895· Joies
Celle qui passe
Celle qui passe m‘a souri‒ L‘azur est plus pâle et l‘air est rose ‒Celle qui passe sans une pause,Vaguement tendre comme une Chose,Comme un ruisseau, comme un pré fleuri‒ Celle qui passe m‘a souri ‒
Tout est joie, et tout chante et prie‒ Celle qui passe a rayonné ‒L‘Avant hier est pardonné,La messe d‘amour a sonnéAux clochettes de la prairie :Celle qui passe a rayonné.
Rien n‘est plus du jour et de l‘heure :Celle qui passe a souri des rayons ;Mon âme flotte par les sillonsAvec la brise et les papillons,Je suis le jour même qui chante et fleure,‒ Celle qui passe a souri des rayons ‒
Avec un peu de gaîté blonde,En rayon par la route qui grimpe ;Avec un peu de ton rire ‒ (une ondeQui jaillit et poudroie ! ) ‒Avec, ô, ton doux rire où se fondeMon rêve déchu de son vieil OlympeEt qui pleure de joie ;
Avec un froufrou de jupe ‒ (une aile ! ) ‒Avec un éclat des yeux ‒ (ô rayons ! ) ‒La vie est légère et la vie est belleEt mon âme chante en les carillons.
29 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources