Poèmes et Poésies, 1895· Joies
Pâleur des vierges
Pâleur des vierges, candeur des aubes,Effloraison des lys et des roses,Duvet des cygnes aux blanches robes,Rires des lèvres à jamais closes.
Le lac s‘enténèbre aux blancheurs qui le ceignent‒ Comme une gaze blanche assombrit une fille :La neige prodigue à flocons s‘éparpilleEt tournoie en les sapins qui geignent ;La girouette affolée oscille,Les auvents se plaignent.
Tombe, ô la cendre des vieilles annéesMortes avec mon sourire à leurs lèvres ;Folioles de nos jardins fanéesAux vents des étés, aux soleils de nos fièvres ;Sable des heures sonnées.
Hésitante elle passe et revientDevant ma fenêtre entr‘ouverte à ses danses ;‒ Valse funèbre où manque un musicien,Silencieuse et fantasque dans ses cadencesDont vibrent en mon être des concordances ;Le vent se meurt ‒ et tout est bien ;
Jusqu‘en mon âme ou s‘effeuille un automneTourbillonne, ô la neige monotone ;Voile la route et que nul pas n‘y sonneJusqu‘à ce que le silence m‘étonne.
Voici tout un jour que je la regardePar la plaine, où la haie est à peine une ride,Courir en rafales de brumeVers la forêt rigide ;Jusqu‘en la nuit, la pénombre s‘attarde,Et nul étoile au ciel de s‘allume.
Paix à nos cœurs et trève à nos vies :L‘heure est venue où nos rêves vont vivre ;Il n‘est plus trace des sentes suivies :Vois, le poème s‘efface du livre,Tout le passé s‘enlinceule de givre.
Vole, poussière des routes de l‘ombre,Embrun nocturne jailli des mers mortesPleuvez, les folles étoiles éteintes‒ Désert le porche et closes les portesHurle la bise en les térébinthes,Neige, ô la neige, à travers la nuit sombre !
42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources