Poèmes et Poésies, 1895· Joies
Épithalame
Avril t‘a baisée au front et s‘émerveille,Pâle du reflet de ses jonquilles claires,Que, de ton être, seul ton regard s‘éveilleAvec l‘étonnement rieur de ses mystères ;Il passe et d‘un regret rayonné t‘ensoleilleVers la moisson de fleurs débordant sa corbeille.
Mai qui venait par la rive à l‘oréeFoulant la neige des pêchers flétrie,Chanta vers toi qui rêvais en la prée ;Si, que ton âme en est encor meurtrie,Sachant la Beauté de ton corps ignorée,Et que ton cœur rêvait de l‘Amant de féerie.
Juin s‘est courbé sur toi qui pleurais, et t‘a priseEt te nomma, ce soir, reine de sa nuit pâle :Ta lèvre rouge était, disait-il, la cerise,Ta joue était la pêche du verger fatale ;Puis il s‘en fut vers l‘aube, te laissant surprise― Et la douleur d‘aimer à ton seuil s‘est assise. ―
Juillet te baise au front ainsi qu‘Avril qui passeEt qu‘il chante pour toi, comme Mai, des paroles,Qu‘ainsi que Juin, du soir de ton regret il fasseLa nuit douce parmi l‘accueil frais des corolles ;La faux des fenaisons n‘eût pas accordé grâceAu pâle lys tombé qu‘un archange ramasse.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources