Poèmes et Poésies, 1895· Joies
Le bleu vent d‘outre-monts
« Le bleu vent d‘outre-monts fait palpiter les frênes ;Il chante au loin du bois un carillon d‘été ;Aux prés l‘hermine et l‘or des marguerites reines,Et par l‘azur sans fin, comme au chant des sirènesDes récifs répété,De grands nuages lents vont s‘enflant en carènes…
Il sourd du pâturage un murmure sans trève :Juin chante au bois nouveau qui redit sa gaîté ;Des barques de foin gris attendent vers la grève,La mort des fleurs qu‘on fauche est toxique de sèveEt ma lèvre eut quêtéDe la tienne le miel aprilin de ton rêve…
L‘heure passe légère et court au crépuscule ;Le soleil près de choir s‘est, d‘orgueil, arrêté,Là bas, royal encore ; et la fumée onduleDu bûcher d‘Occident jusqu‘au zénith qui brûle…Mon regard a guettéTon âme dans tes yeux où l‘avenir recule…
L‘heure était telle, et tout est même et se ressemble :Le fleuve roule encore en lueurs de Léthé,L‘horizon aussi tel encore ‒ que t‘en semble ?Est-il un rêve encore où nous rêvions ensemble ?N‘as-tu rien regretté ?La nuit, ivre d‘encens, est amoureuse et tremble…, »
25 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources