Poèmes et Poésies, 1895· Joies
Les doux soirs sont flétris
« Les doux soirs sont flétris comme des fleurs d‘octobre‒ Qu‘irions-nous dire au saule, aux ajoncs, aux lagunes ? —Mon âme à tout jamais s‘est faite grave et sobre ;‒ Qu‘irions-nous dire aux dunes ?
Le vent se lève et vient, discret et sans parole :Ma tempe est fraîche de son baiser ;La nuit ‒ doucement, comme une mère console ‒Se lève et vient m‘étreindre et me bercerQu‘irions-nous dire au saule ?
Vous fûtes mon roi pour un printemps fleuri,Vous fûtes l‘élu de vos douces paroles ;Le savions-nous, quand nous avons ri,Que tous deux jouaient de vieux rôles ?
Le savais-je, moi ? vous, le saviez-vous ?‒ Maintenant tout est gris sur la lande nocturne ‒Avec nos rires faux et doux ?Que nous en avait dit l‘avenir taciturne ?Que savions-nous ?
Moi, je rêvais, sans doute, les vieux poèmes,Et vous, les vieux contes de bonnes fortunes :« Vous m‘aimez ? ‒ je t‘aime ! ‒ tu m‘aimes ! »Quel âge avons-nous donc pour rire de nous-mêmes ?Qu‘irions nous dire aux dunes ?Au saule, aux ajoncs, aux lagunes ?‒ La lune se lève en ses halos blêmesNos cœurs seront morts sans racunes. »
26 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources