Poèmes et Poésies, 1895· Cueille d‘avril· Carmen Perpetuum
II. « Le flot vertigineux emportait les collines »
Le flot vertigineux emportait les collines.Et traquait cette proie humaine au flanc des monts ;Les vents avec des cris persifleurs de démonsSouillaient ta nudité de bavures salines ;
Parmi l‘effondrement retentissant des cimes,Comme un défi suprême au Dieu dévastateur,Le rocher colossal de toute sa hauteurSe dresse inébranlable au loin sur les abîmes…
L‘horreur du néant proche égarait en blasphèmesTa voix ‒ tendre chanson de notre amour impur ‒Ma lèvre frémissante oubliait le fruit sûrOù nous avions mordu l‘oubli des vains problèmes ;
Mais, couvrant tes grands cris et mon insulte d‘homme,Le hurlement des cieux emplit l‘immensité :Sur le bloc, impassible en son énormité,Le gouffre entier surgit, épouvantable dôme !
Tu me souris alors, folle, de terreur lasse,Et l‘étreinte éveillant nos appétits blasés,Cette mort ne fut pour nos deux corps enlacésQue l‘engloutissement de leur charnelle extase.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources