Poèmes et Poésies, 1895· Cueille d‘avril· Carmen Perpetuum
III. « Naïvement lubrique, à l‘aguet d‘un vieux faune »
Naïvement lubrique, à l‘aguet d‘un vieux faune,Vous alliez, nymphe hilare et qu‘énerve l‘orage,Vers l‘amour printanier qu‘assouvit dans la rageL‘enlacement brutal et le baiser aphône.
Je pris en vous voyant ma flûte lydienne,Si bien que, pour m‘entendre et pour me voir peut-être,Et vous croyant cachée à l‘ombre d‘un grand hêtre,Vous vous haussiez vers moi, curieuse, et déjà mienne.
O comme vous riiez, dryade, alors que prise ;Vous aviez oublié le vieux faune et la sente ;L‘azur vous voyant choir en l‘herbe caressanteSouriait au travers des rameaux de cytise.
Une brise embaumant le thym du pâturageS‘était levée ― heure d‘impudeur idyllique ‒Mais nous ne voyions pas s‘allonger l‘ombre oblique,Et nous n‘entendions pas au loin bramer l‘orage.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources