Poèmes et Poésies, 1895· Cueille d‘avril· Carmen Perpetuum
VIII. « Nous n‘étions pas bergers, au temps des bergeries »
Nous n‘étions pas bergers, au temps des bergeries,Aux jours de ma Bretagne épique où tu m‘aimas ;Et je partais pour de lointaines pêcheries.
Aux longs sanglots des vents mêlant le cri des mâtsJ‘avais harmonisé de mâles songeriesPleines d‘aromes bus sous d‘étranges climats.
O le retour, espoir bercé de mes nuits lentes !Et ton image, comme un phare à l‘orient ;Si bien que j‘épiais des étoiles tremblantes ;
Enfin, la côte ardue au soleil souriant ;Les appréhensions sinistres et troublantes ;Puis, la joie enlacée et le baiser friand.
Et nous croyions, aux temps de la philosophie,Aux jours de ma Bretagne orthodoxe à jamais,Obstinément mystique et dont l‘âme se fie
Aveuglément au Christ des océans calmés,Et dont l‘immense cœur de granit édifieUn Temple où bruit la mer et clair d‘astres semés.
Nous croyions un amour qui durât pour la vie,Ignorants du caprice impudique d‘ailleurs,Innocents des désirs de la honte assouvie ;
Nous ne connaissions pas le rire des railleurs ;Nous rêvions, par delà l‘existence gravie,Le Ciel où vers le Christ s‘en viennent les meilleurs.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources