Poèmes et Poésies, 1895· Joies
Ronde d‘avril
Les oiseaux et le clair soleil ;Les fleurs aux charrettes, en jonchées ;La feuille pointe au bourgeon vermeil ;Toutes les âmes endimanchées ;La brise souffle du vieux CorcyreEt d‘Amathonte en bruit de rames,Et le monde est jeune encore à ravirDe chansons claires et de clairs riresEt de blondes femmes :
Voici le marchand de plaisirs,Mesdames !N‘en goûtes pas, Mesdames,Ça fait souffrir…
Les roses, les joues ; les rayons et les tresses ;Ta marotte, Amour, est un pavot qu‘égraineAux champs de la joie tout geste d‘ivresse :Et c‘est le sommeil et l‘oubli que tu sèmes ;N‘as-tu pas pour ta lèvre de chanson pire ?N‘as-tu pas de meilleure chanson à nous dire,Grave Amour, au futile épithalame ?Quel petit chant pour ta grande lyre,Le vieil intermède et le pauvre drame !
Voici le marchand de plaisirs,Mesdames !N‘en goûtez pas, Mesdames,Ça fait dormir…
Il tournoie un air de danse aux feuillées,Un bruit de baisers en des ritournelles ;L‘Idée, recluse des longues veillées,S‘étire aux rayons qui convergent en elle ;Sous les charmes en hâte de reverdir,L‘Endormeuse de tous souriresS‘est assise aux carrefours des âmes ;Et l‘Amour, devant elle, s‘agenouille et se mireEn ses grands yeux fous où le désir est flamme !
Voici la marchande de plaisirs,Mesdames !Ah ! goûtez-y, Mesdames,Ça fait mourir…
39 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources