Poèmes et Poésies, 1895· Cueille d‘avril· Carmen Perpetuum
Prélude
L‘Aurore impériale et sa pourpre ont passé ;Voici le chant des bois et la rumeur des plainesEt le printemps mêlant ses sons et ses haleinesGrise d‘amour mon âme éprise du passé.
L‘herbe est joyeuse et vers le fleuve qui dévieMajestueux et lent aux horizons perdusS‘élèvent des murmures doux, comme entendusPar delà l‘autre hiver, et par delà ma vie…
Ainsi qu‘en ce matin d‘avril prestigieux,Humant la volupté des Choses surhumaines,Je suis, inconscient, le sentier où tu mènesMon être vers un but inconnu de tous deux ;
Ainsi j‘ai bu l‘amour à tes lèvres diversesDès l‘aurore première et dès l‘éternité ;Et jusqu‘en cet avril où rit ta nuditéJ‘ai tendu le cratère aux baisers que tu verses ;
Nos aveux oubliés me sont comme un remords,Et j‘ai suivi l‘écho mystérieux des rires ;Et dans mes yeux émerveillés où tu te miresS‘est reflété l‘éclat perdu des soleils morts.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources