Poèmes et Poésies, 1895· Cueille d‘avril· Euphonies
XII. « Voici, pour vivre une heure, un rêve riverain »
Stupeur épanouie.V. H.
Voici, pour vivre une heure, un rêve riverain.Les sables et les saules gris, et le sereinEspace du ciel clair, et toutes les prairiesVers l‘occident, où vont les génisses nourriesDe fleurs et d‘herbe douce ; et tu peux vivre, ainsi,Ignorant quel hasard t‘a mené jusqu‘ici,Rieur du rire inconscient, rêveur du rêveGai des forêts d‘avril où sourd un chant de sève.
Car le jour est joyeux et le fleuve s‘endort :On y pourrait cueillir le reflet des fleurs d‘or.
Il s‘envole de blancs flocons aux toisons grisesDes nuages, épars aux plaines inconquisesEn lents troupeaux brouteurs et que pousse, bergerInvisible des infinis, un vent léger,Si léger que son vol à peine effleure l‘onde…
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources