Poèmes et Poésies, 1895· Fleurs du chemin et chansons de la route
XII
Avec un peu de soleil et du sable blondJ‘ai fait de l‘or,Dont le secret ardent n‘est pas blottiAu vain creuset des athanors :Il tombait de mes doigts, avec le sonQue fontLes flûtes gaies,Il coulait de mes doigtsDans l‘eau moiréeDes jeux venteux de messidor.
Avec du froment ébloui j‘ai fait la neigeDes vieillesses,Et le sourire pâle des filles viergesQue blessentUn mot de joie étrange en sa promesse,Un geste,Qui va dissipant le cortègeDes rêves légers dont le rire allègeLe pas des heures,‒ Jusques au seuil où l‘amour tresseLa simarre empourprée du sacrilège :J‘ai fait la neigeAvec des pétales de fleurs.
Avec les heures de la vie hâtive et claireJ‘ai fait l‘éternité spirituelle :J‘ai pris un peu de sel entre mes mainsEt l‘ai semé sur l‘amertume de la merSelon le sortDes choses frêles qu‘on rêve éternelles —J‘ai pris le selDe toutes nos larmes douces-amèresEt je l‘ai jeté à la face de la mort.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poèmes et Poésies, Paris, Édition du Mercure de France, 1895· numérisation books.google.com· Sources