Poèmes antiques et modernes, 1826· Livre mystique
Éloa
La sœur des Anges
" C’est le serpent, dit-elle ; je l’ai écouté, et il m’a trompée. "Genèse.
Chant premier Naissance
Il naquit sur la terre‖ un Ange, dans le tempsOù le Médiateur‖ sauvait ses habitants.Avec sa suite obscure‖ et comme lui bannie,Jésus avait quitté‖ les murs de Béthanie ;À travers la campagne‖ il fuyait d'un pas lent,Quelquefois s'arrêtait,‖ priant et consolant,Assis au bord d'un champ‖ le prenait pour symbole,Ou du Samaritain‖ disait la parabole,La brebis égarée,‖ ou le mauvais pasteur,Ou le sépulcre blanc‖ pareil à l'imposteur ;Et, de là, poursuivant‖ sa paisible conquête,De la Chananéenne‖ écoutait la requête,À la fille sans guide‖ enseignait ses chemins,Puis aux petits enfants‖ il imposait les mains.L'aveugle-né voyait,‖ sans pouvoir le comprendre,Le lépreux et le sourd‖ se toucher et s'entendre,Et tous, lui consacrant‖ des larmes pour adieu,Ils quittaient le désert‖ où l'on exilait Dieu.Fils de l'homme et sujet‖ aux maux de la naissance,Il les commençait tous‖ par le plus grand, l'absence,Abandonnant sa ville‖ et subissant l'Édit,Pour accomplir en tout‖ ce qu'on avait prédit.
Or, pendant ces temps-là,‖ ses amis en JudéeVoyaient venir leur fin‖ qu'il avait retardée :Lazare, qu'il aimait‖ et ne visitait plus,Vint à mourir, ses jours‖ étant tous révolus.Mais l'amitié de Dieu‖ n'est-elle pas la vie ?Il partit dans la nuit ;‖ sa marche était suiviePar les deux jeunes sœurs‖ du malade expiré,Chez qui dans ses périls‖ il s'était retiré.C'étaient Marthe et Marie ;‖ or Marie était celleQui versa les parfums‖ et fit blâmer son zèle.Tous s'affligeaient ; Jésus‖ disait en vain : « Il dort. »Et lui-même, en voyant‖ le linceul et le mort,Il pleura. Larme sainte‖ à l'amitié donnée,Oh ! vous ne fûtes point‖ aux vents abandonnée !Des Séraphins penchés‖ l'urne de diamant,Invisible aux mortels,‖ vous reçut mollement,Et comme une merveille,‖ au Ciel même étonnante,Aux pieds de l'Éternel‖ vous porta rayonnante.De l'œil toujours ouvert‖ un regard complaisantÉmut et fit briller‖ l'ineffable présent ;Et l'Esprit-Saint sur elle‖ épanchant sa puissance,Donna l'âme et la vie‖ à la divine essence.Comme l'encens qui brûle‖ aux rayons du soleilSe change en un feu pur,‖ éclatant et vermeil,On vit alors du sein‖ de l'urne éblouissanteS'élever une forme‖ et blanche et grandissante,Une voix s'entendit‖ qui disait : « Éloa ! »Et l'Ange apparaissant‖ répondit : « Me voilà. »
Toute parée, aux yeux‖ du Ciel qui la contemple,Elle marche vers Dieu‖ comme une épouse au Temple ;Son beau front est serein‖ et pur comme un beau lis,Et d'un voile d'azur‖ il soulève les plis ;Ses cheveux, partagés‖ comme des gerbes blondes,Dans les vapeurs de l'air‖ perdent leurs molles ondes,Comme on voit la comète‖ errante dans les cieuxFondre au sein de la nuit‖ ses rayons gracieux ;Une rose aux lueurs‖ de l'aube matinaleN'a pas de son teint frais‖ la rougeur virginale ;Et la lune, des bois‖ éclairant l'épaisseur,D'un de ses doux regards‖ n'atteint pas la douceur.Ses ailes sont d'argent ;‖ sous une pâle robe,Son pied blanc tour à tour‖ se montre et se dérobe,Et son sein agité,‖ mais à peine aperçu,Soulève les contours‖ du céleste tissu.C'est une femme aussi,‖ c'est une Ange charmante ;Car ce peuple d'Esprits,‖ cette famille aimante,Qui, pour nous, près de nous,‖ prie et veille toujours,Unit sa pure essence‖ en de saintes amours :L'Archange Raphaël,‖ lorsqu'il vint sur la Terre,Sous le berceau d'Éden‖ conta ce doux mystère.Mais nulle de ces sœurs‖ que Dieu créa pour euxN'apporta plus de joie‖ au ciel des Bienheureux.
Les Chérubins brûlants‖ qu'enveloppent six ailes,Les tendres Séraphins,‖ dieux des amours fidèles,Les Trônes, les Vertus,‖ les Princes, les Ardeurs,Les Dominations,‖ les Gardiens, les Splendeurs,Et les Rêves pieux,‖ et les saintes Louanges,Et tous les Anges purs,‖ et tous les grands Archanges,Et tout ce que le Ciel‖ renferme d'habitants,Tous, de leurs ailes d'or‖ voilés en même temps,Abaissèrent leurs fronts‖ jusqu'à ses pieds de neige,Et les Vierges ses sœurs,‖ s'unissant en cortège,Comme autour de la Lune‖ on voit les feux du soir,Se tenant par la main,‖ coururent pour la voir.Des harpes d'or pendaient‖ à leur chaste ceinture ;Et des fleurs qu'au Ciel seul‖ fit germer la nature,Des fleurs qu'on ne voit pas‖ dans l'Été des humains,Comme une large pluie‖ abondaient sous leurs mains.
« Heureux, chantaient alors‖ des voix incomparables,Heureux le monde offert‖ à ses pas secourables !Quand elle aura passé‖ parmi les malheureux,L'esprit consolateur‖ se répandra sur eux.Quel globe attend ses pas ?‖ Quel siècle la demande ?Naîtra-t-il d'autres cieux‖ afin qu'elle y commande ? »
Un jour… (Comment oser‖ nommer du nom de jourCe qui n'a pas de fuite‖ et n'a pas de retour ?Des langages humains‖ défiant l'indigence,L'éternité se voile‖ à notre intelligence,Et, pour nous faire entendre‖ un de ces courts instants,Il faut chercher pour eux‖ un nom parmi les temps…)Un jour, les habitants‖ de l'immortel empire,Imprudents une fois,‖ s'unissaient pour l'instruire.« Éloa, disaient-ils,‖ oh ! veillez bien sur vous :Un Ange peut tomber ;‖ le plus beau de nous tousN'est plus ici : pourtant‖ dans sa vertu premièreOn le nommait celui‖ qui porte la lumière ;Car il portait l'amour‖ et la vie en tout lieu,Aux astres il portait‖ tous les ordres de Dieu ;La terre consacrait‖ sa beauté sans égale,Appelant Lucifer‖ l'étoile matinale,Diamant radieux,‖ que sur son front vermeil,Parmi ses cheveux d'or‖ a posé le soleil.Mais on dit qu'à présent‖ il est sans diadème,Qu'il gémit, qu'il est seul,‖ que personne ne l'aime,Que la noirceur d'un crime‖ appesantit ses yeux,Qu'il ne sait plus parler‖ le langage des Cieux ;La mort est dans les mots‖ que prononce sa bouche ;Il brûle ce qu'il voit,‖ il flétrit ce qu'il touche ;Il ne peut plus sentir‖ le mal ni les bienfaits ;Il est même sans joie‖ aux malheurs qu'il a faits.Le Ciel qu'il habita‖ se trouble à sa mémoire,Nul ange n'oserait‖ vous conter son histoire,Nul ange n'oserait‖ dire une fois son nom. »Et l'on crut qu'Éloa‖ le maudirait ; mais non,L'effroi n'altéra point‖ son paisible visage,Et ce fut pour le Ciel‖ un alarmant présage.Son premier mouvement‖ ne fut pas de frémir,Mais plutôt d'approcher‖ comme pour secourir ;La tristesse apparut‖ sur sa lèvre glacéeAussitôt qu'un malheur‖ s'offrit à sa pensée ;Elle apprit à rêver,‖ et son front innocentDe ce trouble inconnu‖ rougit en s'abaissant ;Une larme brillait‖ auprès de sa paupière.Heureux ceux dont le cœur‖ verse ainsi la première !
Un ange eut ces ennuis‖ qui troublent tant nos jours,Et poursuivent les grands‖ dans la pompe des cours ;Mais, au sein des banquets,‖ parmi la multitude,Un homme qui gémit‖ trouve la solitude ;Le bruit des nations,‖ le bruit que font les rois,Rien n'éteint dans son cœur‖ une plus forte voix.Harpes du Paradis,‖ vous étiez sans prodiges !Chars vivants dont les yeux‖ ont d'éclatants prestiges !Armures du Seigneur,‖ pavillons du saint lieu,Étoiles des bergers‖ tombant des doigts de Dieu,Saphirs des encensoirs,‖ or du céleste dôme,Délices du nebel,‖ senteurs du cinnamome,Vos bruits harmonieux,‖ vos splendeurs, vos parfumsPour un ange attristé‖ devenaient importuns ;Les cantiques sacrés‖ troublaient sa rêverie,Car rien n'y répondait‖ à son âme attendrieEt soit lorsque Dieu même,‖ appelant les esprits,Dévoilait sa grandeur‖ à leurs regards surpris,Et montrait dans les cieux,‖ foyer de la naissance,Les profondeurs sans nom‖ de sa triple puissance,Soit quand les chérubins‖ représentaient entre euxOu les actes du Christ‖ ou ceux des bienheureux,Et répétaient au Ciel‖ chaque nouveau mystèreQui, dans les mêmes temps,‖ se passait sur la terre,La crèche offerte aux yeux‖ des mages étrangers,La famille au désert,‖ le salut des bergers,Éloa, s'écartant‖ de ce divin spectacle,Loin de leur foule et loin‖ du brillant tabernacle,Cherchait quelque nuage‖ où dans l'obscuritéElle pourrait du moins‖ rêver en liberté.
Les anges ont des nuits‖ comme la nuit humaine.Il est dans le Ciel même‖ une pure fontaine ;Une eau brillante y court‖ sur un sable vermeil ;Quand un ange la puise,‖ il dort, mais d'un sommeilTel que le plus aimé‖ des amants de la terreN'en voudrait pas quitter‖ le charme solitaire,Pas même pour revoir‖ dormant auprès de luiLa beauté dont la tête‖ a son bras pour appui.Mais en vain Éloa‖ s'abreuvait dans son onde,Sa douleur inquiète‖ en était plus profonde ;Et toujours dans la nuit‖ un rêve lui montraitUn ange malheureux‖ qui de loin l'implorait.Les vierges quelquefois,‖ pour connaître sa peine,Formant une prière‖ inentendue et vaine,L'entouraient, et, prenant‖ ces soins qui font souffrir,Demandaient quels trésors‖ il lui fallait offrir,Et de quel prix serait‖ son éternelle vie,Si le bonheur du Ciel‖ flattait peu son envie ;Et pourquoi son regard‖ ne cherchait pas enfinLes regards d'un archange‖ ou ceux d'un séraphin.Éloa répondait‖ une seule parole :« Aucun d'eux n'a besoin‖ de celle qui console.On dit qu'il en est un…‖ » Mais détournant leurs pas,Les vierges s'enfuyaient‖ et ne le nommaient pas.
Cependant, seule, un jour,‖ leur timide compagne,Regarde autour de soi‖ la céleste campagne,Étend l'aile et sourit,‖ s'envole, et dans les airsCherche sa terre amie‖ ou des astres déserts.
Ainsi dans les forêts‖ de la Louisiane,Bercé sous les bambous‖ et la longue liane,Ayant rompu l'œuf d'or‖ par le soleil mûri,Sort de son lit de fleurs‖ l'éclatant Colibri ;Une verte émeraude‖ a couronné sa tête,Des ailes sur son dos‖ la pourpre est déjà prête,La cuirasse d'azur‖ garnit son jeune cœur,Pour les luttes de l'air‖ l'oiseau part en vainqueur…Il promène en des lieux‖ voisins de la lumièreSes plumes de corail‖ qui craignent la poussière ;Sous son abri sauvage‖ étonnant le ramier,Le hardi voyageur‖ visite le palmier.La plaine des parfums‖ est d'abord délaissée ;Il passe, ambitieux,‖ de l'érable à l'alcée,Et de tous ses festins‖ croit trouver les apprêtsSur le front du palmiste‖ ou les bras du cyprès ;Mais les bois sont trop grands‖ pour ses ailes naissantes.Et les fleurs du berceau‖ de ces lieux sont absentes ;Sur la verte savane‖ il descend les chercher ;Les serpents-oiseleurs‖ qu'elles pourraient cacherL'effarouchent bien moins‖ que les forêts arides.Il poursuit près des eaux‖ le jasmin des Florides,La nonpareille au fond‖ de ses chastes prisons,Et la fraise embaumée‖ au milieu des gazons.
C'est ainsi qu'Éloa,‖ forte dès sa naissance,De son aile argentée‖ essayant la puissance,Passant la blanche voie‖ où des feux immortelsBrûlent aux pieds de Dieu‖ comme un amas d'autels,Tantôt se balançant‖ sur deux jeunes planètes,Tantôt posant ses pieds‖ sur le front des comètes,Afin de découvrir‖ les êtres nés ailleurs,Arriva seule au fond‖ des Cieux inférieurs.
L'Éther a ses degrés,‖ d'une grandeur immense,Jusqu'à l'ombre éternelle‖ où le chaos commence.Sitôt qu'un ange a fui‖ l'azur illimité,Coupole de saphirs‖ qu'emplit la Trinité,Il trouve un air moins pur ;‖ là passent des nuages,La tournent des vapeurs,‖ serpentent des orages,Comme une garde agile,‖ et dont la profondeurDe l'air que Dieu respire‖ éteint pour nous l'ardeur.Mais, après nos soleils‖ et sous les atmosphèresOù, dans leur cercle étroit,‖ se balancent nos sphères,L'espace est désert, triste,‖ obscur, et sillonnéPar un noir tourbillon‖ lentement entraîné.Un jour douteux et pâle‖ éclaire en vain la nue,Sous elle est le chaos‖ et la nuit inconnue ;Et, lorsqu'un vent de feu‖ brise son sein profond,On devine le vide‖ impalpable et sans fond.
Jamais les purs esprits,‖ enfants de la lumière,De ces trois régions‖ n'atteignent la dernière ;Et jamais ne s'égare‖ aucun beau séraphinSur ces degrés confus‖ dont l'Enfer est la fin.Même les chérubins,‖ si forts et si fidèles,Craignent que l'air impur‖ ne manque sous leurs ailes,Et qu'ils ne soient forcés,‖ dans ce vol dangereux,De tomber jusqu'au fond‖ du chaos ténébreux.Que deviendrait alors‖ l'exilé sans défense ?Du rire des démons‖ l'inextinguible offense,Leurs mots, leurs jeux railleurs,‖ lent et cruel affront,Feraient baisser ses yeux,‖ feraient rougir son front.Péril plus grand peut-être‖ il lui faudrait entendreQuelque chant d'abandon‖ voluptueux et tendre,Quelque regret du Ciel,‖ un récit douloureuxDit par la douce voix‖ d'un ange malheureux.Et même, en lui prêtant‖ une oreille attendrie,Il pourrait oublier‖ la céleste patrie,Se plaire sous la nuit‖ et dans une amitiéQu'auraient nouée entre eux‖ les chants et la pitié.Et comment remonter‖ à la voûte azurée,Offrant à la lumière‖ éclatante et doréeDes cheveux dont les flots‖ sont épars et ternis,Des ailes sans couleurs,‖ des bras, un col brunis,Un front plus pâle, empreint‖ de traces inconnuesParmi les fronts sereins‖ des habitants des nues,Des yeux dont la rougeur‖ montre qu'ils ont pleuré,Et des pieds noirs encor‖ d'un feu pestiféré ?
Voila pourquoi, toujours‖ prudents et toujours sages,Les anges de ces lieux‖ redoutent les passages.
C'était là cependant,‖ sur la sombre vapeur,Que la vierge Éloa‖ se reposait sans peur ;Elle ne se troubla‖ qu'en voyant sa puissance,Et les bienfaits nouveaux‖ causés par sa présence.Quelques mondes punis‖ semblaient se consoler ;Les globes s'arrêtaient‖ pour l'entendre voler.S'il arrivait aussi‖ qu'en ces routes nouvellesElle touchât l'un d'eux‖ des plumes de ses ailes,Alors tous les chagrins‖ s'y taisaient un moment,Les rivaux s'embrassaient‖ avec étonnement ;Tous les poignards tombaient‖ oubliés par la haine ;Le captif souriant‖ marchait seul et sans chaîne ;Le criminel rentrait‖ au temple de la loi ;Le proscrit s'asseyait‖ au palais de son roi ;L'inquiète insomnie‖ abandonnait sa proie ;Les pleurs cessaient partout,‖ hors les pleurs de la joie ;Et, surpris d'un bonheur‖ rare chez les mortels,Les amants séparés‖ s'unissaient aux autels.
Chant deuxième Séduction
Souvent parmi les monts‖ qui dominent la terreS'ouvre un puits naturel,‖ profond et solitaire ;L'eau qui tombe du ciel‖ s'y garde, obscur miroirOù, dans le jour, on voit‖ les étoiles du soir.Là, quand la villageoise‖ a, sous la corde agile,De l'urne, au fond des eaux,‖ plongé la frêle argile,Elle y demeure oisive,‖ et contemple longtempsCe magique tableau‖ des astres éclatants,Qui semble orner son front,‖ dans l'onde souterraine,D'un bandeau qu'envîraient‖ les cheveux d'une reine.Telle, au fond du chaos‖ qu'observaient ses beaux yeux,La vierge, en se penchant,‖ croyait voir d'autres Cieux.Ses regards, éblouis‖ par les soleils sans nombre,N'apercevaient d'abord‖ qu'un abîme et que l'ombre.Mais elle y vit bientôt‖ des feux errants et bleusTels que des froids marais‖ les éclairs onduleux ;Ils fuyaient, revenaient,‖ puis échappaient encore ;Chaque étoile semblait‖ poursuivre un météore ;Et l'ange, en souriant‖ au spectacle étranger,Suivait des yeux leur vol‖ circulaire et léger.Bientôt il lui sembla‖ qu'une pure harmonieSortait de chaque flamme‖ à l'autre flamme unie :Tel est le choc plaintif‖ et le son vague et clairDes cristaux suspendus‖ au passage de l'air,Pour que, dans son palais,‖ la jeune ItalienneS'endorme en écoutant‖ la harpe éolienne.Ce bruit lointain devint‖ un chant surnaturelQui parut s'approcher‖ de la fille du Ciel ;Et ces feux réunis‖ furent comme l'auroreD'un jour inespéré‖ qui semblait près d'éclore.A sa lueur de rose‖ un nuage embauméMontait en longs détours‖ dans un air enflammé,Puis lentement forma‖ sa couche d'ambroisie,Pareille à ces divans‖ où dort la molle Asie.Là, comme un ange assis,‖ jeune, triste et charmant,Une forme céleste‖ apparut vaguement.
Quelquefois un enfant‖ de la Clyde écumeuse,En bondissant parcourt‖ sa montagne brumeuse,Et chasse un daim léger‖ que son cor étonna,Des glaciers de l'Arven‖ aux brouillards du Crona,Franchit les rocs mousseux,‖ dans les gouffres s'élance,Pour passer le torrent‖ aux arbres se balance,Tombe avec un pied sûr,‖ et s'ouvre des cheminsJusqu'à la neige encor‖ vierge de pas humains ;Mais bientôt, s'égarant‖ an milieu des nuages,Il cherche les sentiers‖ voilés par les orages ;Là, sous un arc-en-ciel‖ qui couronne les eaux,S'il a vu, dans la nue‖ et ses vagues réseaux,Passer le plaid léger‖ d'une Écossaise errante,Et s'il entend sa voix‖ dans les échos mourante,Il s'arrête enchanté,‖ car il croit que ses yeuxViennent d'apercevoir‖ la sœur de ses aïeux,Qui va faire frémir,‖ ombre encore amoureuse,Sous ses doigts transparents‖ la harpe vaporeuse ;Il cherche alors comment‖ Ossian la nomma,Et, debout sur sa roche,‖ appelle Évir-Coma.
Non moins belle apparut,‖ mais non moins incertaine,De l'ange ténébreux‖ la forme encor lointaine,Et des enchantements‖ non moins délicieuxDe la vierge céleste‖ occupèrent les yeux.Comme un cygne endormi‖ qui seul, loin de la rive,Livre son aile blanche‖ à l'onde fugitive,Le jeune homme inconnu‖ mollement s'appuyaitSur ce lit de vapeurs‖ qui sous ses bras fuyait.Sa robe était de pourpre,‖ et, flamboyante ou pâle,Enchantait les regards‖ des teintes de l'opale.Ses cheveux étaient noirs,‖ mais pressés d'un bandeau ;C'était une couronne‖ ou peut-être un fardeau :L'or en était vivant‖ comme ces feux mystiquesQui, tournoyants, brûlaient‖ sur les trépieds antiques.Son aile était ployée,‖ et sa faible couleurDe la brume des soirs‖ imitait la pâleur.Des diamants nombreux‖ rayonnent avec grâceSur ses pieds délicats‖ qu'un cercle d'or embrasse ;Mollement entourés‖ d'anneaux mystérieux,Ses bras et tous ses doigts‖ éblouissent les yeux.Il agite sa main‖ d'un sceptre d'or armée,Comme un roi qui d'un mont‖ voit passer son armée,Et, craignant que ses vœux‖ ne s'accomplissent pas,D'un geste impatient‖ accuse tous ses pas :Son front est inquiet ;‖ mais son regard s'abaisse,Soit que, sachant des yeux‖ la force enchanteresse,Il veuille ne montrer‖ d'abord que par degrésLeurs rayons caressants‖ encor mal assurés,Soit qu'il redoute aussi‖ l'involontaire flammeQui dans un seul regard‖ révèle l'âme à l'âme.Tel que dans la forêt‖ le doux vent du matinCommence ses soupirs‖ par un bruit incertainQui réveille la terre‖ et fait palpiter l'onde ;Élevant lentement‖ sa voix douce et profonde,Et prenant un accent‖ triste comme un adieu,Voici les mots qu'il dit‖ à la fille de Dieu :
« D'où viens-tu, bel Archange ?‖ où vas-tu ? quelle voieSuit ton aile d'argent‖ qui dans l'air se déploie ?Vas-tu, te reposant‖ au centre d'un Soleil,Guider l'ardent foyer‖ de son cercle vermeil ;Ou, troublant les amants‖ d'une crainte idéale,Leur montrer dans la nuit‖ l'Aurore boréale ;Partager la rosée‖ aux calices des fleurs,Ou courber sur les monts‖ l'écharpe aux sept couleurs ?Tes soins ne sont-ils pas‖ de surveiller les âmesEt de parler, le soir,‖ au cœur des jeunes femmes ;De venir comme un rêve‖ en leurs bras te poser,Et de leur apporter‖ un fils dans un baiser ?Tels sont tes doux emplois,‖ si du moins j'en veux croireTa beauté merveilleuse‖ et tes rayons de gloire.Mais plutôt n'es-tu pas‖ un ennemi naissantQu'instruit à me haïr‖ mon rival trop puissant ?Ah ! peut-être est-ce toi‖ qui, m'offensant moi-même,Conduiras mes Païens‖ sous les eaux du baptême ;Car toujours l'ennemi‖ m'oppose triomphantLe regard d'une vierge‖ ou la voix d'un enfant.Je suis un exilé‖ que tu cherchais peut-être :Mais, s'il est vrai, prends garde‖ au Dieu jaloux ton maître ;C'est pour avoir aimé,‖ c'est pour avoir sauvé,Que je suis malheureux,‖ que je suis réprouvé.Chaste beauté ! viens-tu‖ me combattre ou m'absoudre ?Tu descends de ce Ciel‖ qui m'envoya la foudre,Mais si douce à mes yeux,‖ que je ne sais pourquoiTu viens aussi d'en haut,‖ bel Ange, contre moi. »
Ainsi l'esprit parlait.‖ A sa voix caressante,Prestige préparé‖ contre une âme innocente,A ces douces lueurs,‖ au magique appareilDe cet ange si doux,‖ à ses frères pareil,L'habitante des Cieux,‖ de son aile voilée,Montait en reculant‖ sur sa route étoilée,Comme on voit la baigneuse‖ au milieu des roseauxFuir un jeune nageur‖ qu'elle a vu sous les eaux.Mais en vain ses deux pieds‖ s'éloignaient du nuage,Autant que la colombe‖ en deux jours de voyagePeut s'éloigner d'Alep‖ et de la blanche tourD'où la sultane envoie‖ une lettre d'amour :Sous l'éclair d'un regard‖ sa force fut brisée ;Et, dès qu'il vit ployer‖ son aile maîtrisée,L'ennemi séducteur‖ continua tout bas :« Je suis celui qu'on aime‖ et qu'on ne connaît pas.Sur l'homme j'ai fondé‖ mon empire de flamme,Dans les désirs du cœur,‖ dans les rêves de l'âme,Dans les liens des corps,‖ attraits mystérieux,Dans les trésors du sang,‖ dans les regards des yeux.C'est moi qui fais parler‖ l'épouse dans ses songes ;La jeune fille heureuse‖ apprend d'heureux mensonges ;Je leur donne des nuits‖ qui consolent des jours,Je suis le Roi secret‖ des secrètes amours.J'unis les cœurs, je romps‖ les chaînes rigoureuses,Comme le papillon‖ sur ses ailes poudreusesPorte aux gazons émus‖ des peuplades de fleurs,Et leur fait des amours‖ sans périls et sans pleurs.J'ai pris au Créateur‖ sa faible créature ;Nous avons, malgré lui,‖ partagé la Nature :Je le laisse, orgueilleux‖ des bruits du jour vermeil,Cacher des astres d'or‖ sous l'éclat d'un Soleil ;Moi, j'ai l'ombre muette,‖ et je donne à la terreLa volupté des soirs‖ et les biens du mystère.« Es-tu venue, avec‖ quelques Anges des cieux,Admirer de mes nuits‖ le cours délicieux ?As-tu vu leurs trésors ?‖ Sais-tu quelles merveillesDes Anges ténébreux‖ accompagnent les veilles ?
« Sitôt que, balancé‖ sous le pâle horizon,Le soleil rougissant‖ a quitté le gazon,Innombrables Esprits,‖ nous volons dans les ombresEn secouant dans l'air‖ nos chevelures sombres :L'odorante rosée‖ alors jusqu'au matinPleut sur les orangers,‖ les lilas et le thym.La Nature, attentive‖ aux lois de mon empire,M'accueille avec amour,‖ m'écoute et me respire ;Je redeviens son âme,‖ et pour mes doux projetsDu fond des éléments‖ j'évoque mes sujets.Convive accoutumé‖ de ma nocturne fête,Chacun d'eux en chantant‖ à s'y rendre s'apprête.Vers le ciel étoilé,‖ dans l'orgueil de son vol,S'élance, le premier,‖ l'élégant rossignol ;Sa voix sonore, à l'onde,‖ à la terre, à la nue,De mon heure chérie‖ annonce la venue ;Il vante mon approche‖ aux pâles alisiers,Il la redit encore‖ aux humides rosiers ;Héraut harmonieux,‖ partout il me proclame ;Tous les oiseaux de l'ombre‖ ouvrent leurs yeux de flamme.Le vermisseau reluit ;‖ son front de diamantRépète auprès des fleurs‖ les feux du firmament,Et lutte de clartés‖ avec le météoreQui rôde sur les eaux‖ comme une pâle aurore.L'étoile des marais,‖ que détache ma main,Tombe et trace dans l'air‖ un lumineux chemin.
« Dédaignant le remords‖ et sa triste chimère,Si la vierge a quitté‖ la couche de sa mère,Ces flambeaux naturels‖ s'allument sous ses pas,Et leur feu clair la guide‖ et ne la trahit pas.Si sa lèvre s'altère‖ et vient près du rivageChercher comme une coupe‖ un profond coquillage,L'eau soupire et bouillonne,‖ et devant ses pieds nusJette aux bords sablonneux‖ la conque de Vénus.Des esprits lui font voir‖ de merveilleuses choses,Sous des bosquets remplis‖ de la senteur des roses ;Elle aperçoit sur l'herbe,‖ où leur main la conduit,Ces fleurs dont la beauté‖ ne s'ouvre que la nuit,Pour qui l'aube du jour‖ aussi sera cruelle,Et dont le sein modeste‖ a des amours comme elle.Le silence la suit ;‖ tout dort profondément ;L'ombre écoute un mystère‖ avec recueillement.Les vents, des prés voisins,‖ apportent l'ambroisieSur la couche des bois‖ que l'amant a choisie.Bientôt deux jeunes voix‖ murmurent des proposQui des bocages sourds‖ animent le repos.Au fond de l'orme épais‖ dont l'abri les accueille,L'oiseau réveillé chante‖ et bruit sous la feuille.L'hymne de volupté‖ fait tressaillir les airs,Les arbres ont leurs chants,‖ les buissons leurs concerts,Et, sur les bords d'une eau‖ qui gémit et s'écoule,La colombe de nuit‖ languissamment roucoule.
« La voilà sous tes yeux‖ l'œuvre du Malfaiteur ;Ce méchant qu'on accuse‖ est un ConsolateurQui pleure sur l'esclave‖ et le dérobe au maître,Le sauve par l'amour‖ des chagrins de son être,Et, dans le mal commun‖ lui-même enseveli,Lui donne un peu de charme‖ et quelquefois l'oubli. »
Trois fois, durant ces mots,‖ de l'Archange naissanteLa rougeur colora‖ la joue adolescente,Et, luttant par trois fois‖ contre un regard impur,Une paupière d'or‖ voila ses yeux d'azur.
Chant troisième Chute
D'où venez-vous, Pudeur,‖ noble crainte, ô Mystère,Qu'au temps de son enfance‖ a vu naître la terre,Fleurs de ses premiers jours‖ qui germez parmi nous,Rose du Paradis !‖ Pudeur, d'où venez-vous ?Vous pouvez seule encor‖ remplacer l'innocence,Mais l'arbre défendu‖ vous a donné naissance ;Au charme des vertus‖ votre charme est égal,Mais vous êtes aussi‖ le premier pas du mal ;D'un chaste vêtement‖ votre sein se décore :Ève avant le serpent‖ n'en avait pas encore ;Et, si le voile pur‖ orne votre maintien,C'est un voile toujours,‖ et le crime a le sien ;Tout vous trouble, un regard‖ blesse votre paupière,Mais l'enfant ne craint rien,‖ et cherche la lumière.Sous ce pouvoir nouveau,‖ la Vierge fléchissait,Elle tombait déjà,‖ car elle rougissait ;Déjà presque soumise‖ au joug de l'Esprit sombre,Elle descend, remonte,‖ et redescend dans l'ombre.Telle on voit la perdrix‖ voltiger et planerSur des épis brisés‖ qu'elle voudrait glaner,Car tout son nid l'attend ;‖ si son vol se hasarde,Son regard ne peut fuir‖ celui qui la regarde…Et c'est le chien d'arrêt‖ qui, sombre surveillant,La suit, la suit toujours‖ d'un œil fixe et brillant.
Ô des instants d'amour‖ ineffable délire !Le cœur répond au cœur‖ comme l'air à la lyre.Ainsi qu'un jeune amant,‖ interprète adoré,Explique le désir‖ par lui-même inspiré,Et contre la pudeur‖ aidant sa bien-aimée,Entraînant dans ses bras‖ sa faiblesse charmée,Tout enivré d'espoir,‖ plus qu'à demi vainqueur,Prononce les serments‖ qu'elle fait dans son cœur,Le prince des Esprits,‖ d'une voix oppressée,De la Vierge timide‖ expliquait la pensée.Éloa, sans parler,‖ disait : « Je suis à toi ; »Et l'Ange ténébreux‖ dit tout bas : « Sois à moi !« Sois à moi, sois ma sœur,‖ je t'appartiens moi-même ;Je t'ai bien méritée,‖ et dès longtemps je t'aime,Car je t'ai vue un jour.‖ Parmi les fils de l'airJe me mêlais, voilé‖ comme un soleil d'hiver.Je revis une fois‖ l'ineffable contrée,Des peuples lumineux‖ la patrie azurée,Et n'eus pas un regret‖ d'avoir quitté ces lieuxOù la crainte toujours‖ siège parmi les Dieux.Toi seule m'apparus‖ comme une jeune étoileQui de la vaste nuit‖ perce à l'écart le voile ;Toi seule me parus‖ ce qu'on cherche toujours,Ce que l'homme poursuit‖ dans l'ombre de ses jours,Le dieu qui du bonheur‖ connaît seul le mystère,Et la Reine qu'attend‖ mon trône solitaire.Enfin, par ta présence,‖ habile à me charmer,Il me fut révélé‖ que je pouvais aimer.
« Soit que tes yeux, voilés‖ d'une ombre de tristesse,Aient entendu les miens‖ qui les cherchaient sans cesse,Soit que ton origine,‖ aussi douce que toi,T'ait fait une patrie‖ un peu plus près de moi,Je ne sais, mais depuis‖ l'heure qui te vit naître,Dans tout être créé‖ j'ai cru te reconnaître ;J'ai trois fois en pleurant‖ passé dans l'Univers ;Je te cherchais partout :‖ dans un souffle des airs,Dans un rayon tombé‖ du disque de la lune,Dans l'étoile qui fuit‖ le ciel qui l'importune,Dans l'arc-en-ciel, passage‖ aux Anges familier,Ou sur le lit moelleux‖ des neiges du glacier ;Des parfums de ton vol‖ je respirais la trace ;En vain j'interrogeai‖ les globes de l'espace,Du char des astres purs‖ j'obscurcis les essieux,Je voilai leurs rayons‖ pour attirer tes yeux,J'osai même, enhardi‖ par mon nouveau délire,Toucher les fibres d'or‖ de la céleste lyre.Mais tu n'entendis rien,‖ mais tu ne me vis pas.Je revins à la terre,‖ et je glissai mes pasSous les abris de l'homme‖ où tu reçus naissance.Je croyais t'y trouver‖ protégeant l'innocence,Au berceau balancé‖ d'un enfant endormi,Rafraîchissant sa lèvre‖ avec un souffle ami ;Ou bien comme un rideau‖ développant ton aile,Et gardant contre moi,‖ timide sentinelle,Le sommeil de la vierge‖ aux côtés de sa sœur,Qui, rêvant, sur son sein‖ la presse avec douceur.Mais seul je retournai‖ sous ma belle demeure,J'y pleurai comme ici,‖ j'y gémis, jusqu'à l'heureOù le son de ton vol‖ m'émut, me fit trembler,Comme un prêtre qui sent‖ que son Dieu va parler. »
Il disait ; et bientôt‖ comme une jeune reine,Qui rougit de plaisir‖ au nom de souveraine,Et fait à ses sujets‖ un geste gracieux,Ou donne à leurs transports‖ un regard de ses yeux,Éloa, soulevant‖ le voile de sa tête,Avec un doux sourire‖ à lui parler s'apprête,Descend plus près de lui,‖ se penche, et mollementContemple avec orgueil‖ son immortel amant.Son beau sein, comme un flot‖ qui sur la rive expire,Pour la première fois‖ se soulève et soupire ;Son bras, comme un lis blanc‖ sur le lac suspendu,S'approche sans effroi‖ lentement étendu ;Sa bouche parfumée‖ en s'ouvrant semble éclore,Comme la jeune rose‖ aux faveurs de l'aurore,Quand, le matin lui verse‖ une fraîche liqueur,Et qu'un rayon du jour‖ entre jusqu'à son cœur.Elle parle, et sa voix‖ dans un beau son rassembleCe que les plus doux bruits‖ auraient de grâce ensemble ;Et la lyre accordée‖ aux flûtes dans les bois,Et l'oiseau qui se plaint‖ pour la première fois,Et la mer quand ses flots‖ apportent sur la grèveLes chants du soir aux pieds‖ du voyageur qui rêve,Et le vent qui se joue‖ aux cloches des hameaux,Ou fait gémir les joncs‖ de la fuite des eau :
« Puisque vous êtes beau,‖ vous êtes bon, sans doute ;Car, sitôt que des Cieux‖ une âme prend la route,Comme un saint vêtement‖ nous voyons sa bontéLui donner en entrant‖ l'éternelle beauté.Mais pourquoi vos discours‖ m'inspirent-ils la crainte ?Pourquoi sur votre front‖ tant de douleur empreinte ?Comment avez-vous pu‖ descendre du Saint Lieu ?Et comment m'aimez-vous,‖ si vous n'aimez pas Dieu ? »
Le trouble des regards,‖ grâce de la décence,Accompagnait ces mots,‖ forts comme l'innocence ;Ils tombaient de sa bouche,‖ aussi doux, aussi purs,Que la neige en hiver‖ sur les coteaux obscurs ;Et comme, tout nourris‖ de l'essence première,Les anges ont au cœur‖ des sources de lumière,Tandis qu'elle parlait,‖ ses ailes à l'entour,Et son sein et son bras‖ répandirent le jour :Ainsi le diamant‖ luit au milieu des ombres.L'archange s'en effraye,‖ et sous ses cheveux sombresCherche un épais refuge‖ à ses yeux éblouis ;Il pense qu'à la fin‖ des temps évanouis,Il lui faudra de même‖ envisager son maître,Et qu'un regard de Dieu‖ le brisera peut-être ;Il se rappelle aussi‖ tout ce qu'il a souffertAprès avoir tenté‖ Jésus dans le désert.Il tremble ; sur son cœur‖ où l'enfer recommence,Comme un sombre manteau‖ jette son aile immense,Et veut fuir. La terreur‖ réveillait tous ses maux.
Sur la neige des monts,‖ couronne des hameaux,L'Espagnol a blessé‖ l'aigle des Asturies,Dont le vol menaçait‖ ses blanches bergeries ;Hérissé, l'oiseau part‖ et fait pleuvoir le sang,Monte aussi vite au ciel‖ que l'éclair en descend,Regarde son Soleil,‖ d'un bec ouvert l'aspire,Croit reprendre la vie‖ au flamboyant empire ;Dans un fluide d'or‖ il nage puissamment,Et parmi les rayons‖ se balance un moment ;Mais l'homme l'a frappé‖ d'une atteinte trop sûre ;Il sent le plomb chasseur‖ fondre dans sa blessure ;Son aile se dépouille,‖ et son royal manteauVole comme un duvet‖ qu'arrache le couteau.Dépossédé des airs,‖ son poids le précipite ;Dans la neige du mont‖ il s'enfonce et palpite,Et la glace terrestre‖ a d'un pesant sommeilFermé cet œil puissant‖ respecté du Soleil.Tel, retrouvant ses maux‖ au fond de sa mémoire,L'Ange maudit pencha‖ sa chevelure noire,Et se dit, pénétré‖ d'un chagrin infernal :« Triste amour du péché !‖ sombres désirs du mal !De l'orgueil, du savoir‖ gigantesques pensées !Comment ai-je connu‖ vos ardeurs insensées ?Maudit soit le moment‖ où j'ai mesuré Dieu !Simplicité du cœur,‖ à qui j'ai dit adieu !Je tremble devant toi,‖ mais pourtant je t'adore ;Je suis moins criminel‖ puisque je t'aime encore ;Mais dans mon sein flétri‖ tu ne reviendras pas !Loin de ce que j'étais,‖ quoi ! j'ai fait tant de pas !Et de moi-même à moi‖ si grande est la distance,Que je ne comprends plus‖ ce que dit l'innocence ;Je souffre, et mon esprit,‖ par le mal abattu,Ne peut plus remonter‖ jusqu'à tant de vertu.
« Qu'êtes-vous devenus,‖ jours de paix, jours célestes ?Quand j'allais, le premier‖ de ces Anges modestes,Prier à deux genoux‖ devant l'antique loi,Et ne pensais jamais‖ au delà de la foi ?L'éternité pour moi‖ s'ouvrait comme une fête ;Et, des fleurs dans mes mains,‖ des rayons sur ma tête,Je souriais, j'étais…‖ J'aurais peut-être aimé ! »Le Tentateur lui-même‖ était presque charmé ;Il avait oublié‖ son art et sa victime,Et son cœur un moment‖ se reposa du crime.Il répétait tout bas,‖ et le front dans ses mains :« Si je vous connaissais,‖ ô larmes des humains ! »
Ah ! si dans ce moment‖ la Vierge eût pu l'entendre,Si la céleste main‖ qu'elle eût osé lui tendreL'eût saisi repentant,‖ docile à remonter…Qui sait ? le mal peut-être‖ eût cessé d'exister.Mais, sitôt qu'elle vit‖ sur sa tête pensiveDe l'Enfer décelé‖ la douleur convulsive,Étonnée et tremblante,‖ elle éleva ses yeux ;Plus forte, elle parut‖ se souvenir des Cieux,Et souleva deux fois‖ ses ailes argentées,Entr'ouvrant pour gémir‖ ses lèvres enchantées,Ainsi qu'un jeune enfant,‖ s'attachant aux roseaux,Tente de faibles cris‖ étouffés sous les eaux.Il la vit prête à fuir‖ vers les Cieux de lumière.Comme un tigre éveillé‖ bondit dans la poussière,Aussitôt en lui-même,‖ et plus fort désormais,Retrouvant cet esprit‖ qui ne fléchit jamais,Ce noir esprit du mal‖ qu'irrite l'innocence,Il rougit d'avoir pu‖ douter de sa puissance,Il rétablit la paix‖ sur son front radieux,Rallume tout à coup‖ l'audace de ses yeux,Et longtemps en silence‖ il regarde et contempleLa victime du Ciel‖ qu'il destine à son temple ;Comme pour lui montrer‖ qu'elle résiste en vain,Et s'endurcir lui-même‖ à ce regard divin.Sans amours, sans remords,‖ au fond d'un cœur de glace,Des coups qu'il va porter‖ il médite la place,Et, pareil au guerrier‖ qui, tranquille à dessein,Dans les défauts du fer‖ cherche à frapper le sein,Il compose ses traits‖ sur les désirs de l'ange ;Son air, sa voix, son geste‖ et son maintien, tout changeSans venir de son cœur,‖ des pleurs fallacieuxParaissent tout à coup‖ sur le bord de ses yeux.La vierge dans le Ciel‖ n'avait pas vu de larmes,Et s'arrête ; un soupir‖ augmente ses alarmes.Il pleure amèrement‖ comme un homme exilé,Comme une veuve auprès‖ de son fils immolé ;Ses cheveux dénoués‖ sont épars ; rien n'arrêteLes sanglots de son sein‖ qui soulèvent sa tête.Éloa vient et pleure ;‖ ils se parlent ainsi :
« Que vous ai-je donc fait ?‖ Qu'avez-vous ? Me voici.― Tu cherches à me fuir,‖ et pour toujours peut-être.Combien tu me punis‖ de m'être fait connaître !― J'aimerais mieux rester ;‖ mais le Seigneur m'attend.Je veux parler pour vous,‖ souvent il nous entend.― Il ne peut rien sur moi,‖ jamais mon sort ne change,Et toi seule es le Dieu‖ qui peut sauver un Ange.― Que puis-je faire ? Hélas !‖ dites, faut-il rester ?― Oui, descends jusqu'à moi,‖ car je ne puis monter.― Mais quel don voulez-vous ?‖ ― Le plus beau, c'est nous-mêmes.Viens ! ― M'exiler du Ciel ?‖ ― Qu'importe, si tu m'aimes ?Touche ma main. Bientôt‖ dans un mépris égalSe confondront pour nous‖ et le bien et le mal.Tu n'as jamais compris‖ ce qu'on trouve de charmesA présenter son sein‖ pour y cacher des larmes.Viens, il est un bonheur‖ que moi seul t'apprendrai ;Tu m'ouvriras ton âme,‖ et je l'y répandrai.Comme l'aube et la lune‖ au couchant reposéeConfondent leurs rayons,‖ ou comme la roséeDans une perle seule‖ unit deux de ses pleursPour s'empreindre du baume‖ exhalé par les fleurs,Comme un double flambeau‖ réunit ses deux flammes,Non moins étroitement‖ nous unirons nos âmes.― Je t'aime et je descends.‖ Mais que diront les Cieux ? »
En ce moment passa‖ dans l'air, loin de leurs yeux,Un des célestes chœurs,‖ où, parmi les louanges,On entendit ces mots‖ que répétaient des Anges :« Gloire dans l'Univers,‖ dans les Temps, à celuiQui s'immole à jamais‖ pour le salut d'autrui. »Les Cieux semblaient parler.‖ C'en était trop pour elle.
Deux fois encor levant‖ sa paupière infidèle,Promenant des regards‖ encore irrésolus,Elle chercha ses Cieux‖ qu'elle ne voyait plus.
Des Anges au Chaos‖ allaient puiser des mondes.Passant avec terreur‖ dans ses plaines profondes,Tandis qu'ils remplissaient‖ les messages de Dieu,Ils ont tous vu tomber‖ un nuage de feu.Des plaintes de douleur,‖ des réponses cruelles,Se mêlaient dans la flamme‖ au battement des ailes.
« Où me conduisez-vous,‖ bel Ange ? ― Viens toujours.― Que votre voix est triste,‖ et quel sombre discours !N'est-ce pas Éloa‖ qui soulève ta chaîne ?J'ai cru t'avoir sauvé.‖ ― Non, c'est moi qui t'entraîne.― Si nous sommes unis,‖ peu m'importe en quel lieu !Nomme-moi donc encore‖ ou ta sœur ou ton Dieu !― J'enlève mon esclave‖ et je tiens ma victime.― Tu paraissais si bon !‖ Oh ! qu'ai-je fait ? ― Un crime.― Seras-tu plus heureux ?‖ du moins es-tu content ?― Plus triste que jamais.‖ ― Qui donc es-tu ? ― Satan. »
Écrit en 1823, dans les Vosges.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 389((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a temps / habitants masculine, classiqueb bannie / Béthanie féminine, classiquec lent / consolant masculine, classiqued symbole / parabole féminine, classiquee pasteur / l'imposteur masculine, classiquef conquête / requête féminine, classiqueg chemins / mains masculine, classiqueh comprendre / s'entendre féminine, classiquei adieu / Dieu masculine, classiquej naissance / l'absence féminine, classiquek l'Édit / prédit masculine, classiquea Judée / retardée féminine, classiqueb plus / révolus masculine, classiquec vie / suivie féminine, classiqued expiré / retiré masculine, classiquee celle / zèle féminine, classiquef dort / mort masculine, classiqueg donnée / abandonnée féminine, classiqueh diamant / mollement masculine, classiquei étonnante / rayonnante féminine, classiquej complaisant / présent masculine, classiquek puissance / essence féminine, classiquel soleil / vermeil masculine, classiquem éblouissante / grandissante féminine, classiquen Éloa / voilà masculine, classiquea contemple / Temple féminine, classiqueb lis / plis masculine, classiquec blondes / ondes féminine, classiqued cieux / gracieux masculine, classiquee matinale / virginale féminine, classiquef l'épaisseur / douceur masculine, classiqueg robe / dérobe féminine, classiqueh aperçu / tissu masculine, classiquei charmante / aimante féminine, classiquej toujours / amours masculine, classiquek Terre / mystère féminine, classiquel eux / Bienheureux masculine, classiquea ailes / fidèles féminine, classiqueb Ardeurs / Splendeurs masculine, classiquec Louanges / Archanges féminine, classiqued d'habitants / temps masculine, classiquee neige / cortège féminine, classiquef soir / voir masculine, classiqueg ceinture / nature féminine, classiqueh humains / mains masculine, classiquea incomparables / secourables féminine, classiqueb malheureux / eux masculine, classiquec demande / commande féminine, classiquea jour / retour masculine, classiqueb l'indigence / intelligence féminine, classiquec instants / temps masculine, classiqued empire / l'instruire féminine, classiquee vous / tous masculine, classiquef première / lumière féminine, classiqueg lieu / Dieu masculine, classiqueh égale / matinale féminine, classiquei vermeil / soleil masculine, classiquej diadème / l'aime féminine, classiquek yeux / Cieux masculine, classiquel bouche / touche féminine, classiquem bienfaits / faits masculine, classiquen mémoire / histoire féminine, classiqueo nom / non masculine, classiquep visage / présage féminine, classiqueq frémir / secourir masculine, classiquer glacée / pensée féminine, classiques innocent / s'abaissant masculine, classiquet paupière / première féminine, classiquea jours / cours masculine, classiqueb multitude / solitude féminine, classiquec rois / voix masculine, classiqued prodiges / prestiges féminine, classiquef dôme / cinnamome féminine, classiqueg parfums / importuns masculine, classiqueh rêverie / attendrie féminine, classiquei esprits / surpris masculine, classiquej naissance / puissance féminine, classiquek eux / bienheureux masculine, classiquel mystère / terre féminine, classiquem étrangers / bergers masculine, classiquen spectacle / tabernacle féminine, classiqueo l'obscurité / liberté masculine, classiquea humaine / fontaine féminine, classiqueb vermeil / sommeil masculine, classiquec terre / solitaire féminine, classiqued lui / appui masculine, classiquee onde / profonde féminine, classiquef montrait / l'implorait masculine, classiqueg peine / vaine féminine, classiqueh souffrir / offrir masculine, classiquei vie / envie féminine, classiquej enfin / séraphin masculine, classiquek parole / console féminine, classiquel pas masculine, classiquea compagne / campagne féminine, classiqueb airs / déserts masculine, classiquea Louisiane / liane féminine, classiqueb mûri / Colibri masculine, classiquec tête / prête féminine, classiqued cœur / vainqueur masculine, classiquee lumière / poussière féminine, classiquef ramier / palmier masculine, classiqueg délaissée / l'alcée féminine, classiqueh apprêts / cyprès masculine, classiquei naissantes / absentes féminine, classiquej chercher / cacher masculine, classiquek arides / Florides féminine, classiquel prisons / gazons masculine, classiqueb immortels / d'autels masculine, classiquec planètes / comètes féminine, classiqued ailleurs / inférieurs masculine, classiquea immense / commence féminine, classiqueb illimité / Trinité masculine, classiquec nuages / orages féminine, classiqued profondeur / l'ardeur masculine, classiquee atmosphères / sphères féminine, classiquef sillonné / entraîné masculine, classiqueg nue / inconnue féminine, classiqueh profond / fond masculine, classiquea lumière / dernière féminine, classiqueb séraphin / fin masculine, classiquec fidèles / ailes féminine, classiqued dangereux / ténébreux masculine, classiquee défense / offense féminine, classiquef affront / front masculine, classiqueg entendre / tendre féminine, classiqueh douloureux / malheureux masculine, classiquei attendrie / patrie féminine, classiquej amitié / pitié masculine, classiquek azurée / dorée féminine, classiquel ternis / brunis masculine, classiquem inconnues / nues féminine, classiquen pleuré / pestiféré masculine, classiquea sages / passages féminine, classiquea vapeur / peur masculine, classiqueb puissance / présence féminine, classiquec consoler / voler masculine, classiqued nouvelles / ailes féminine, classiquee moment / étonnement masculine, classiquef haine / chaîne féminine, classiqueg loi / roi masculine, classiqueh proie / joie féminine, classiquei mortels / autels masculine, classiqueb miroir / soir masculine, classiquec agile / argile féminine, classiqued longtemps / éclatants masculine, classiquee souterraine / reine féminine, classiqueg nombre / l'ombre féminine, classiqueh bleus / onduleux masculine, classiquei encore / météore féminine, classiquej étranger / léger masculine, classiquek harmonie / unie féminine, classiquel clair / l'air masculine, classiquem Italienne / éolienne féminine, classiquen surnaturel / Ciel masculine, classiqueo l'aurore / d'éclore féminine, classiquep embaumé / enflammé masculine, classiqueq d'ambroisie / Asie féminine, classiquer charmant / vaguement masculine, classiquea écumeuse / brumeuse féminine, classiqueb étonna / Crona masculine, classiquec s'élance / balance féminine, classiqued chemins / humains masculine, classiquef eaux / réseaux masculine, classiqueg errante / mourante féminine, classiqueh yeux / aïeux masculine, classiquei amoureuse / vaporeuse féminine, classiquej nomma / Évir-Coma masculine, classiquea incertaine / lointaine féminine, classiqueb délicieux / yeux masculine, classiquec rive / fugitive féminine, classiqued s'appuyait / fuyait masculine, classiquee pâle / l'opale féminine, classiquef bandeau / fardeau masculine, classiqueg mystiques / antiques féminine, classiqueh couleur / pâleur masculine, classiquei grâce / embrasse féminine, classiquej mystérieux / yeux masculine, classiquek armée féminine, classiquem s'abaisse / enchanteresse féminine, classiquen degrés / assurés masculine, classiqueo flamme / l'âme féminine, classiquep matin / incertain masculine, classiqueq l'onde / profonde féminine, classiquea voie / déploie féminine, classiqueb Soleil / vermeil masculine, classiquec idéale / boréale féminine, classiqued fleurs / couleurs masculine, classiquee âmes / femmes féminine, classiquef poser / baiser masculine, classiqueg croire / gloire féminine, classiqueh naissant / puissant masculine, classiquei moi-même / baptême féminine, classiquej triomphant / enfant masculine, classiquek peut-être / maître féminine, classiquel sauvé / réprouvé masculine, classiquem m'absoudre / foudre féminine, classiquen pourquoi / moi masculine, classiquea caressante / innocente féminine, classiqueb appareil / pareil masculine, classiquec voilée / étoilée féminine, classiqued roseaux / eaux masculine, classiquee nuage / voyage féminine, classiquef tour / 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coquillage féminine, classiqued nus / Vénus masculine, classiquee choses / roses féminine, classiquef conduit / nuit masculine, classiqueg cruelle / elle féminine, classiqueh profondément / recueillement masculine, classiquei l'ambroisie / choisie féminine, classiquej propos / repos masculine, classiquek accueille / feuille féminine, classiquel airs / concerts masculine, classiquem s'écoule / roucoule féminine, classiquea Malfaiteur / Consolateur masculine, classiqueb maître / être féminine, classiquec enseveli / l'oubli masculine, classiquea naissante / adolescente féminine, classiqueb impur / d'azur masculine, classiquea Mystère / terre féminine, classiqueb nous / venez-vous masculine, classiquec l'innocence / naissance féminine, classiqued égal / mal masculine, classiquee décore / encore féminine, classiquef maintien / sien masculine, classiqueg paupière / lumière féminine, classiqueh fléchissait / rougissait masculine, classiquei sombre / l'ombre féminine, classiquej planer / 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Anges féminine, classiquec celui / d'autrui masculine, classiqued elle / infidèle féminine, classiqueb irrésolus / plus masculine, classiquea mondes / profondes féminine, classiqueb Dieu / feu masculine, classiquec cruelles / ailes féminine, classiquea toujours / discours masculine, classiqueb chaîne / t'entraîne féminine, classiquee content / Satan masculine, non classique
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778 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, MDCCCLXXXIII· numérisation abu.cnam.fr· Sources