Poèmes antiques et modernes, 1826· Livre mystique
Le Déluge
" Serait-il dit que vous fassiez
mourir le juste avec le méchant ? "Genèse
I
La Terre était riante‖ et dans sa fleur première ;Le jour avait encor‖ cette même lumièreQui du Ciel embelli‖ couronna les hauteursQuand Dieu la fit tomber‖ de ses doigts créateurs.Rien n'avait dans sa forme‖ altéré la nature,Et des monts réguliers‖ l'immense architectureS'élevait jusqu'aux Cieux‖ par ses degrés égaux,Sans que rien de leur chaîne‖ eût brisé les anneaux.La forêt, plus féconde,‖ ombrageait, sous ses dômes,Des plaines et des fleurs‖ les gracieux royaumes,Et des fleuves aux mers‖ le cours était régléDans un ordre parfait‖ qui n'était pas troublé.Jamais un voyageur‖ n'aurait, sous le feuillage,Rencontré, loin des flots,‖ l'émail du coquillage,Et la perle habitait‖ son palais de cristal :Chaque trésor restait‖ dans l'élément natal,Sans enfreindre jamais‖ la céleste défense ;Et la beauté du monde‖ attestait son enfance ;Tout suivait sa loi douce‖ et son premier penchant,Tout était pur encor.‖ Mais l'homme était méchant.
Les peuples déjà vieux,‖ les races déjà mûres,Avaient vu jusqu'au fond‖ des sciences obscures ;Les mortels savaient tout,‖ et tout les affligeait ;Le prince était sans joie‖ ainsi que le sujet,Trente religions‖ avaient eu leurs prophètes,Leurs martyrs, leurs combats,‖ leurs gloires, leurs défaites,Leur temps d'indifférence‖ et leur siècle d'oubli ;Chaque peuple, à son tour‖ dans l'ombre enseveli,Chantait languissamment‖ ses grandeurs effacées.La mort régnait déjà‖ dans les âmes glacées ;Même plus haut que l'homme‖ atteignaient ses malheurs.D'autres êtres cherchaient‖ ses plaisirs et ses pleurs.Souvent, fruit inconnu‖ d'un orgueilleux mélange,Au sein d’une mortelle on vit le fils d’un ange.Le crime universel‖ s'élevait jusqu'aux cieux.Dieu s'attrista lui-même‖ et détourna les yeux.
Et cependant, un jour,‖ au sommet solitaireDu mont sacré d'Arar,‖ le plus haut de la Terre,Apparut une vierge‖ et près d'elle un pasteur :Tous deux nés dans les champs,‖ loin d'un peuple imposteur,Leur langage était doux,‖ leurs mains étaient uniesComme au jour fortuné‖ des unions bénies ;Ils semblaient, en passant‖ sur ces monts inconnus,Retourner vers le Ciel‖ dont ils étaient venus ;Et, sans l'air de douleur,‖ signe que Dieu nous laisse,Rien n'eût de leur nature‖ indiqué la faiblesse,Tant les traits primitifs‖ et leur simple beautéAvaient sur leur visage‖ empreint de majesté.
Quand du mont orageux‖ ils touchèrent la cime,La campagne à leurs pieds‖ s'ouvrit comme un abîme.C'était l'heure où la nuit‖ laisse le Ciel au jour :Les constellations‖ pâlissaient tour à tour ;Et, jetant à la Terre‖ un regard triste encore,Couraient vers l'Orient‖ se perdre dans l'aurore,Comme si pour toujours‖ elles quittaient les yeuxQui lisaient leur destin‖ sur elles dans les Cieux.Le Soleil, dévoilant‖ sa figure agrandie,S'éleva sur les bois‖ comme un vaste incendie ;Et la Terre aussitôt,‖ s'agitant longuement,Salua son retour‖ par un gémissement.Réunis sur les monts,‖ d'immobiles nuagesSemblaient y préparer‖ l'arsenal des orages ;Et sur leurs fronts noircis‖ qui partageaient les CieuxLuisait incessamment‖ l'éclair silencieux.Tous les oiseaux, poussés‖ par quelque instinct funeste,S'unissaient dans leur vol‖ en un cercle céleste ;Comme des exilés‖ qui se plaignent entre eux,Ils poussaient dans les airs‖ de longs cris douloureux.
La Terre cependant‖ montrait ses lignes sombresAu jour pâle et sanglant‖ qui faisait fuir les ombres ;Mais, si l'homme y passait,‖ on ne pouvait le voir :Chaque cité semblait‖ comme un point vague et noir,Tant le mont s'élevait‖ à des hauteurs immensesEt des fleuves lointains‖ les faibles apparencesRessemblaient au dessin‖ par le vent effacéQue le doigt d'un enfant‖ sur le sable a tracé.
Ce fut là que deux voix,‖ dans le désert perdues,Dans les hauteurs de l'air‖ avec peine entendues,Osèrent un moment‖ prononcer tour à tourCe dernier entretien‖ d'innocence et d'amour :
« Comme la Terre est belle‖ en sa rondeur immense !La vois-tu qui s'étend‖ jusqu'où le Ciel commence ?La vois-tu s'embellir‖ de toutes ses couleurs ?Respire un jour encor‖ le parfum de ses fleurs,Que le vent matinal‖ apporte à nos montagnes.On dirait aujourd'hui‖ que les vastes campagnesÉlèvent leur encens,‖ étalent leur beauté,Pour toucher, s'il se peut,‖ le Seigneur irrité.
Mais les vapeurs du ciel,‖ comme de noirs fantômes,Amènent tous ces bruits,‖ ces lugubres symptômesQui devaient, sans manquer‖ au moment attendu,Annoncer l'agonie‖ à l'univers perdu.Viens, tandis que l'horreur‖ partout nous environne,Et qu'une vaste nuit‖ lentement nous couronne,Viens, ô ma bien-aimée !‖ et, fermant tes beaux yeux,Qu'épouvante l'aspect‖ du désordre des cieux,Sur mon sein, sous mes bras‖ repose encor ta tête,Comme l'oiseau qui dort‖ au sein de la tempête ;Je te dirai l'instant‖ où le ciel sourira,Et durant le péril‖ ma voix te parlera. »
La vierge sur son cœur‖ pencha sa tête blonde ;Un bruit régnait au loin,‖ pareil au bruit de l'onde,Mais tout était paisible‖ et tout dormait dans l'air ;Rien ne semblait vivant,‖ rien, excepté l'éclair.Le pasteur poursuivit‖ d'une voix solennelle :« Adieu, monde sans borne,‖ ô terre maternelle !Formes de l'horizon,‖ ombrages des forêts,Antres de la montagne,‖ embaumés et secrets ;Gazons verts, belles fleurs‖ de l'Oasis chérie,Arbres, rochers connus,‖ aspects de la patrie !Adieu ! tout va finir,‖ tout doit être effacé,Le temps qu'a reçu l'homme‖ est aujourd'hui passé ;Demain rien ne sera.‖ Ce n'est point par l'épée,Postérité d'Adam,‖ que tu seras frappée,Ni par les maux du corps‖ ou les chagrins du cœur ;Non, c'est un élément‖ qui sera ton vainqueur.La Terre va mourir‖ sous des eaux éternelles,Et l'Ange en la cherchant‖ fatiguera ses ailes.Toujours succédera,‖ dans l'Univers sans bruits,Au silence des jours‖ le silence des nuits.L'inutile Soleil,‖ si le matin l'amène,N'entendra plus la voix‖ et la parole humaine ;Et quand sur un flot mort‖ sa flamme aura relui,Le stérile rayon‖ remontera vers lui.Oh ! pourquoi de mes yeux‖ a-t-on levé les voiles ?Comment ai-je connu‖ le secret des étoiles ?Science du désert,‖ annales des pasteurs !Cette nuit, parcourant‖ vos divines hauteursDont l'Égypte et Dieu seul‖ connaissent le mystère,Je cherchais dans le Ciel‖ l'avenir de la terre ;Ma houlette savante,‖ orgueil de nos bergers,Traçait l'ordre éternel‖ sur les sables légers,Comparant, pour fixer‖ l'heure où l'étoile passe,Les cailloux de la plaine‖ aux lueurs de l'espace.
« Mais un ange a paru‖ dans la nuit sans sommeil ;Il avait de son front‖ quitté l'éclat vermeil,Il pleurait, et disait‖ dans sa douleur amère :« Que n'ai-je pu mourir‖ lorsque mourut ta mère !« J'ai failli, je l'aimais.‖ Dieu punit cet amour,« Elle fut enlevée‖ en te laissant au jour.« Le nom d'Emmanuel‖ que la terre te donne,« C'est mon nom. J'ai prié‖ pour que Dieu te pardonne ;« Va seul au mont Arar,‖ prends ses rocs pour autels,« Prie, et seul, sans songer‖ au destin des mortels,« Tiens toujours tes regards‖ plus hauts que sur la Terre ;« La mort de l'Innocence‖ est pour l'homme un mystère ;« Ne t'en étonne pas,‖ n'y porte pas tes yeux ;« La pitié du mortel‖ n'est point celle des Cieux.« Dieu ne fait point de pacte‖ avec la race humaine ;« Qui créa sans amour‖ fera périr sans haine.« Sois seul, si Dieu m'entend,‖ je viens. » Il m'a quitté ;Avec combien de pleurs,‖ hélas ! l'ai-je écouté !J'ai monté sur l'Arar,‖ mais avec une femme. »
Sara lui dit : « Ton âme‖ est semblable à mon âme,Car un mortel m'a dit :‖ « Venez sur Gelboé,« Je me nomme Japhet,‖ et mon père est Noé.« Devenez mon épouse,‖ et vous serez sa fille ;« Tout va périr demain,‖ si ce n'est ma famille. »Et moi je l'ai quitté‖ sans avoir répondu,De peur qu'Emmanuel‖ n'eût longtemps attendu. »Puis tous deux embrassés,‖ ils se dirent ensemble :« Ah ! louons l'Éternel,‖ il punit, mais rassemble ! »Le tonnerre grondait ;‖ et tous deux à genouxS'écrièrent alors :‖ « Ô Seigneur, jugez-nous ! »
II
Tous les vents mugissaient,‖ les montagnes tremblèrent,Des fleuves arrêtés‖ les vagues reculèrent,Et du sombre horizon‖ dépassant la hauteur,Des vengeances de Dieu‖ l'immense exécuteur,L'Océan apparut.‖ Bouillonnant et superbe,Entraînant les forêts‖ comme le sable et l'herbe,De la plaine inondée‖ envahissant le fond,Il se couche en vainqueur‖ dans le désert profond,Apportant avec lui‖ comme de grands trophéesLes débris inconnus‖ des villes étouffées,Et là bientôt plus calme‖ en son accroissement,Semble, dans ses travaux,‖ s'arrêter un moment,Et se plaire à mêler,‖ à briser sur son ondeLes membres arrachés‖ au cadavre du Monde.
Ce fut alors qu'on vit‖ des hôtes inconnusSur les bords étrangers‖ tout à coup survenus ;Le cèdre jusqu'au Nord‖ vint écraser le saule ;Les ours noyés, flottants‖ sur les glaçons du pôle,Heurtèrent l'éléphant‖ près du Nil endormi,Et le monstre, que l'eau‖ soulevait à demi,S'étonna d'écraser,‖ dans sa lutte contre elle,Une vague où nageaient‖ le tigre et la gazelle.En vain des larges flots‖ repoussant les premiers,Sa trompe tournoyante‖ arracha les palmiers ;Il fut roulé comme eux‖ dans les plaines torrides,Regrettant ses roseaux‖ et ses sables arides,Et de ses hauts bambous‖ le lit flexible et vert,Et jusqu'au vent de flamme‖ exilé du désert.
Dans l'effroi général‖ de toute créature,La plus féroce même‖ oubliait sa nature ;Les animaux n'osaient‖ ni ramper ni courir ;Chacun d'eux résigné‖ se coucha pour mourir,En vain fuyant aux cieux‖ l'eau sur ses rocs venueL'aigle tomba des airs,‖ repoussé par la nue.Le péril confondit‖ tous les êtres tremblants.L'homme seul se livrait‖ à des projets sanglants.Quelques rares vaisseaux‖ qui se faisaient la guerre,Se disputaient longtemps‖ les restes de la terre ;Mais, pendant leurs combats,‖ les flots non ralentisEffaçaient à leurs yeux‖ ces restes engloutis.Alors un ennemi‖ plus terrible que l'ondeVint achever partout‖ la défaite du monde ;La faim de tous les cœurs‖ chassa les passions ;Les malheureux, vivants‖ après leurs nations,N'avaient qu'une pensée,‖ effroyable torture,L'approche de la mort,‖ la mort sans sépulture.On vit sur un esquif,‖ de mers en mers jeté,L'œil affamé du fort‖ sur le faible arrêté ;Des femmes, à grands cris,‖ insultant la nature,Y réclamaient du sort‖ leur humaine pâture ;L'athée, épouvanté‖ de voir Dieu triomphant,Puisait un jour de vie‖ aux veines d'un enfant ;Des derniers réprouvés‖ telle fut l'agonie.L'amour survivait seul‖ à la bonté bannie ;Ceux qu'unissaient entre eux‖ des serments mutuels,Et que persécutait‖ la haine des mortels,S'offraient ensemble à l'onde‖ avec un front tranquille,Et contre leurs douleurs‖ trouvaient un même asile.
Mais sur le mont Arar,‖ encor loin du trépas,Pour sauver ses enfants‖ l'ange ne venait pas ;En vain le cherchaient-ils :‖ les vents et les oragesN'apportaient sur leurs fronts‖ que de sombres nuages.
Cependant sous les flots‖ montés égalementTout avait par degrés‖ disparu lentement :Les cités n'étaient plus,‖ rien ne vivait, et l'ondeNe donnait qu'un aspect‖ à la face du monde.Seulement quelquefois‖ sur l'élément profondUn palais englouti‖ montrait l'or de son front ;Quelques dômes, pareils‖ à de magiques îles,Restaient pour attester‖ la splendeur de leurs villes.Là parurent encore‖ un moment deux mortels :L'un, la honte d'un trône,‖ et l'autre, des autels ;L'un se tenant au bras‖ de sa propre statue,L'autre au temple élevé‖ d'une idole abattue.Tous deux jusqu'à la mort‖ s'accusèrent en vainDe l'avoir attirée‖ avec le flot divin.Plus loin, et contemplant‖ la solitude humide,Mourait un autre roi,‖ seul sur sa pyramide.Dans l'immense tombeau,‖ s'était d'abord sauvéTout son peuple ouvrier‖ qui l'avait élevé ;Mais la mer implacable,‖ en fouillant dans les tombes,Avait tout arraché‖ du fond des catacombes ;Les mourants et les dieux,‖ les spectres immortels,Et la race embaumée,‖ et le sphinx des autels ;Et ce roi fut jeté‖ sur les sombres momiesQui dans leurs lits flottants‖ se heurtaient endormies.Expirant, il gémit‖ de voir à son côtéPasser ses demi-dieux‖ sans immortalité,Dérobés à la mort,‖ mais reconquis par elleSous les palais profonds‖ de leur tombe éternelle ;Il eut le temps encor‖ de penser une foisQue nul ne saurait plus‖ le nom de tant de rois,Qu'un seul jour désormais‖ comprendrait leur histoire,Car la postérité‖ mourait avec leur gloire.
L'arche de Dieu passa‖ comme un palais errant.Le voyant assiégé‖ par les flots du courant,Le dernier des enfants‖ de la famille élueLui tendit en secret‖ sa main irrésolue,Mais d'un dernier effort :‖ « Va-t'en, lui cria-t-il :De ton lâche salut‖ je refuse l'exil ;Va, sur quelques rochers‖ qu'aura dédaignés l'onde,Construire tes cités‖ sur le tombeau du monde ;Mon peuple mort est 1à,‖ sous la mer je suis roi.Moins coupables que ceux‖ qui descendront de toi,Pour étonner tes fils‖ sous ces plaines humides,Mes géants glorieux laissent les pyramides ;Et sur le haut des monts‖ leurs vastes ossements,De ces rivaux du Ciel‖ terribles monuments,Trouvés dans les débris‖ de la terre inondée,Viendront humilier‖ ta race dégradée. »Il disait, s'essayant‖ par le geste et la voix,A l'air impérieux‖ des hommes qui sont rois,Quand, roulé sur la pierre‖ et touché par la foudre,Sur sa tombe immobile‖ il fut réduit en poudre.
Mais sur le mont Arar‖ l'ange ne venait pas ;L'eau faisait sur les rocs‖ de gigantesques pas,Et ses flots rugissants‖ vers le mont solitaireApportaient avec eux‖ tous les bruits du tonnerre.
Enfin le fléau lent‖ qui frappait les humainsCouvrit le dernier point‖ des œuvres de leurs mains ;Les montagnes, bientôt‖ par l'onde escaladées,Cachèrent dans son sein‖ leurs têtes inondées.Le volcan s'éteignit,‖ et le feu périssantVoulut en vain y rendre‖ un combat impuissant,A l'élément vainqueur‖ il céda le cratère,Et sortit en fumant‖ des veines de la Terre.
III
Rien ne se voyait plus,‖ pas même des débris ;L'univers écrasé‖ ne jetait plus ses cris.Quand la mer eut des monts‖ chassé tous les nuages,On vit se disperser‖ l'épaisseur des orages ;Et les rayons du jour,‖ dévoilant leur trésor,Lançaient jusqu'à la mer‖ des jets d'opale et d'or ;La vague était paisible,‖ et molle et cadencée,En berceaux de cristal‖ mollement balancée ;Les vents, sans résistance,‖ étaient silencieux ;La foudre, sans échos,‖ expirait dans les cieux ;Les cieux devenaient purs,‖ et, réfléchis dans l'onde,Teignaient d'un azur clair‖ l'immensité profonde.
Tout s'était englouti‖ sous les flots triomphants ;Déplorable spectacle !‖ excepté deux enfants.Sur le sommet d'Arar‖ tous deux étaient encore,Mais par l'onde et les vents‖ battus depuis l'aurore.Sous les lambeaux mouillés‖ des tuniques de lin,La vierge était tombée‖ aux bras de l'orphelin ;Et lui, gardant toujours‖ sa tête évanouie,Mêlait ses pleurs sur elle‖ aux gouttes de la pluie.Cependant, lorsqu'enfin‖ le soleil renaissantFit tomber un rayon‖ sur son front innocent,Par la beauté du jour‖ un moment abusée,Comme un lis abattu,‖ secouant la rosée,Elle entr'ouvrit les yeux‖ et dit : « Emmanuel !Avons-nous obtenu‖ la clémence du Ciel ?J'aperçois dans l'azur‖ la colombe qui passe ;Elle porte un rameau ;‖ Dieu nous a-t-il fait grâce ?― La colombe est passée‖ et ne vient pas à nous.― Emmanuel, la mer‖ a touché mes genoux.― Dieu nous attend ailleurs‖ à l'abri des tempêtes.― Vois-tu l'eau sur nos pieds ?‖ ― Vois le ciel sur nos têtes.― Ton père ne vient pas ;‖ nous serons donc punis ?― Sans doute après la mort‖ nous serons réunis.― Venez, Ange du Ciel,‖ et prêtez-lui vos ailes !― Recevez-la, mon père,‖ aux voûtes éternelles ! »
Ce fut le dernier cri‖ du dernier des humains.Longtemps, sur l'eau croissante‖ élevant ses deux mains.Il soutenait Sara‖ par les flots poursuivie ;Mais, quand il eut perdu‖ sa force avec la vie,Par le ciel et la mer‖ le monde fut rempli,Et l'arc-en-ciel brilla,‖ tout étant accompli.
Écrit à Oloron, dans les Pyrénées, en 1823.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 166((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a première / lumière féminine, classiqueb hauteurs / créateurs masculine, classiquec nature / architecture féminine, classiqued égaux / anneaux masculine, classiquee dômes / royaumes féminine, classiquef réglé / troublé masculine, classiqueg feuillage / coquillage féminine, classiqueh cristal / natal masculine, classiquei défense / enfance féminine, classiquej penchant / méchant masculine, classiquea mûres / obscures féminine, classiqueb affligeait / sujet masculine, classiquec prophètes / défaites féminine, classiqued d'oubli / enseveli masculine, classiquee effacées / glacées féminine, classiquef malheurs / pleurs masculine, classiqueg mélange / ange féminine, classiqueh cieux / yeux masculine, classiquea solitaire / Terre féminine, classiqueb pasteur / imposteur masculine, classiquec unies / bénies féminine, classiqued inconnus / venus masculine, classiquee laisse / faiblesse féminine, classiquef beauté / majesté masculine, classiquea cime / abîme féminine, classiqueb jour / tour masculine, classiquec encore / l'aurore féminine, classiqued yeux / Cieux masculine, classiquee agrandie / incendie féminine, classiquef longuement / gémissement masculine, classiqueg nuages / orages féminine, classiqueh Cieux / silencieux masculine, classiquei funeste / céleste féminine, classiquej eux / douloureux masculine, classiquea sombres / ombres féminine, classiqueb voir / noir masculine, classiquec immenses / apparences féminine, classiqued effacé / tracé masculine, classiquea perdues / entendues féminine, classiqueb tour / d'amour masculine, classiquea immense / commence féminine, classiqueb couleurs / fleurs masculine, classiquec montagnes / campagnes féminine, classiqued beauté / irrité masculine, classiquea fantômes / symptômes féminine, classiqueb attendu / perdu masculine, classiquec environne / couronne féminine, classiqued yeux / cieux masculine, classiquee tête / tempête féminine, classiquef sourira / parlera masculine, classiquea blonde / l'onde féminine, classiqueb l'air / l'éclair masculine, classiquec solennelle / maternelle féminine, classiqued forêts / secrets masculine, classiquee chérie / patrie féminine, classiquef effacé / passé masculine, classiqueg l'épée / frappée féminine, classiqueh cœur / vainqueur masculine, classiquei éternelles / ailes féminine, classiquej bruits / nuits masculine, classiquek l'amène / humaine féminine, classiquel relui / lui masculine, classiquem voiles / étoiles féminine, classiquen pasteurs / hauteurs masculine, classiqueo mystère / terre féminine, classiquep bergers / légers masculine, classiqueq passe / l'espace féminine, classiquea sommeil / vermeil masculine, classiqueb amère / mère féminine, classiquec amour / jour masculine, classiqued donne / pardonne féminine, classiquee autels / mortels masculine, classiquef Terre / mystère féminine, classiqueh humaine / haine féminine, classiquei quitté / écouté masculine, classiquej femme / âme féminine, classiqueb Gelboé / Noé masculine, classiquec fille / famille féminine, classiqued répondu / attendu masculine, classiquee ensemble / rassemble féminine, classiquef genoux / jugez-nous masculine, classiquea tremblèrent / reculèrent féminine, classiqueb hauteur / exécuteur masculine, classiquec superbe / l'herbe féminine, classiqued fond / profond masculine, classiquee trophées / étouffées féminine, classiquef accroissement / moment masculine, classiqueg onde / Monde féminine, classiquea inconnus / survenus masculine, classiqueb saule / pôle féminine, classiquec endormi / demi masculine, classiqued elle / gazelle féminine, classiquee premiers / palmiers masculine, classiquef torrides / arides féminine, classiqueg vert / désert masculine, classiquea créature / nature féminine, classiqueb courir / mourir masculine, classiquec venue / nue féminine, classiqued tremblants / sanglants masculine, classiquee guerre / terre féminine, classiquef ralentis / engloutis masculine, classiqueg l'onde / monde féminine, classiqueh passions / nations masculine, classiquei torture / sépulture féminine, classiquej jeté / arrêté masculine, classiquek nature / pâture féminine, classiquel triomphant / enfant masculine, classiquem l'agonie / bannie féminine, classiquen mutuels / mortels masculine, classiqueo tranquille / asile féminine, classiquea trépas / pas masculine, classiqueb orages / nuages féminine, classiquea également / lentement masculine, classiquec profond / front masculine, classiqued îles / villes féminine, classiquee mortels / autels masculine, classiquef statue / abattue féminine, classiqueg vain / divin masculine, classiqueh humide / pyramide féminine, classiquei sauvé / élevé masculine, classiquej tombes / catacombes féminine, classiquek immortels / autels masculine, classiquel momies / endormies féminine, classiquem côté / immortalité masculine, classiquen elle / éternelle féminine, classiqueo fois / rois masculine, classiquep histoire / gloire féminine, classiquea errant / courant masculine, classiqueb élue / irrésolue féminine, classiquec cria-t-il / l'exil masculine, classiquee roi / toi masculine, classiquef humides / pyramides féminine, classiqueg ossements / monuments masculine, classiqueh inondée / dégradée féminine, classiquei voix / rois masculine, classiquej foudre / poudre féminine, classiquea pas masculine, classiqueb solitaire / tonnerre féminine, classiquea humains / mains masculine, classiqueb escaladées / inondées féminine, classiquec périssant / impuissant masculine, classiqued cratère / Terre féminine, classiquea débris / cris masculine, classiquec trésor / d'or masculine, classiqued cadencée / balancée féminine, classiquee silencieux / cieux masculine, classiquef l'onde / profonde féminine, classiquea triomphants / enfants masculine, classiquec lin / l'orphelin masculine, classiqued évanouie / pluie féminine, classiquee renaissant / innocent masculine, classiquef abusée / rosée féminine, classiqueg Emmanuel / Ciel masculine, classiqueh passe / grâce féminine, classiquei nous / genoux masculine, classiquej tempêtes / têtes féminine, classiquek punis / réunis masculine, classiquel ailes / éternelles féminine, classiqueb poursuivie / vie féminine, classiquec rempli / accompli masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
332 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, MDCCCLXXXIII· numérisation abu.cnam.fr· Sources