Poèmes antiques et modernes, 1826· Œuvres posthumes Les destinées Poèmes philosophiques
La Maison du berger
À Éva
I
Si ton cœur, gémissant‖ du poids de notre vie,Se traîne et se débat‖ comme un aigle blessé,Portant comme le mien,‖ sur son aile asservie,Tout un monde fatal,‖ écrasant et glacé ;S'il ne bat qu'en saignant‖ par sa plaie immortelle,S'il ne voit plus l'amour,‖ son étoile fidèle,Éclairer pour lui seul‖ l'horizon effacé ;
Si ton âme enchaînée,‖ ainsi que l'est mon âme,Lasse de son boulet‖ et de son pain amer,Sur sa galère en deuil‖ laisse tomber la rame,Penche sa tête pâle‖ et pleure sur la mer,Et, cherchant dans les flots‖ une route inconnue,Y voit, en frissonnant,‖ sur son épaule nue,La lettre sociale‖ écrite avec le fer ;
Si ton corps, frémissant‖ des passions secrètes,S'indigne des regards,‖ timide et palpitant ;S'il cherche à sa beauté‖ de profondes retraitesPour la mieux dérober‖ au profane insultant ;Si ta lèvre se sèche‖ au poison des mensonges,Si ton beau front rougit‖ de passer dans les songesD'un impur inconnu‖ qui te voit et t'entend :
Pars courageusement,‖ laisse toutes les villes ;Ne ternis plus tes pieds‖ aux poudres du chemin ;Du haut de nos pensers‖ vois les cités servilesComme les rocs fatals‖ de l'esclavage humain.Les grands bois et les champs‖ sont de vastes asiles,Libres comme la mer‖ autour des sombres îles.Marche à travers les champs‖ une fleur à la main.
La Nature t'attend‖ dans un silence austère ;L'herbe élève à tes pieds‖ son nuage des soirs,Et le soupir d'adieu‖ du soleil à la terreBalance les beaux lis‖ comme des encensoirs.La forêt a voilé‖ ses colonnes profondes,La montagne se cache,‖ et sur les pâles ondesLe saule a suspendu‖ ses chastes reposoirs.
Le crépuscule ami‖ s'endort dans la valléeSur l'herbe d'émeraude‖ et sur l'or du gazon,Sous les timides joncs‖ de la source isoléeEt sous le bois rêveur‖ qui tremble à l'horizon,Se balance en fuyant‖ dans les grappes sauvages,Jette son manteau gris‖ sur le bord des rivages,Et des fleurs de la nuit‖ entr'ouvre la prison.
Il est sur ma montagne‖ une épaisse bruyèreOù les pas du chasseur‖ ont peine à se plonger,Qui plus haut que nos fronts‖ lève sa tête altière,Et garde dans la nuit‖ le pâtre et l'étranger.Viens y cacher l'amour‖ et ta divine faute ;Si l'herbe est agitée‖ ou n'est pas assez haute,J'y roulerai pour toi‖ la Maison du Berger.
Elle va doucement‖ avec ses quatre roues,Son toit n'est pas plus haut‖ que ton front et tes yeux ;La couleur du corail‖ et celle de tes jouesTeignent le char nocturne‖ et ses muets essieux.Le seuil est parfumé,‖ l'alcôve est large et sombre,Et, là, parmi les fleurs,‖ nous trouverons dans l'ombre,Pour nos cheveux unis,‖ un lit silencieux.
Je verrai, si tu veux,‖ les pays de la neige,Ceux où l'astre amoureux‖ dévore et resplendit,Ceux que heurtent les vents,‖ ceux que la mer assiège,Ceux où le pôle obscur‖ sous sa glace est maudit.Nous suivrons du hasard‖ la course vagabonde.Que m'importe le jour ?‖ que m'importe le monde ?Je dirai qu'ils sont beaux‖ quand tes yeux l'auront dit.
Que Dieu guide à son but‖ la vapeur foudroyanteSur le fer des chemins‖ qui traversent les monts,Qu'un Ange soit debout‖ sur sa forge bruyante,Quand elle va sous terre‖ ou fait trembler les pontsEt, de ses dents de feu‖ dévorant ses chaudières,Transperce les cités‖ et saute les rivières,Plus vite que le cerf‖ dans l'ardeur de ses bonds !
Oui, si l'Ange aux yeux bleus‖ ne veille sur sa route,Et le glaive à la main‖ ne plane et la défend,S'il n'a compté les coups‖ du levier, s'il n'écouteChaque tour de la roue‖ en son cours triomphant,S'il n'a l'œil sur les eaux‖ et la main sur la braise,Pour jeter en éclats‖ la magique fournaise,Il suffira toujours‖ du caillou d'un enfant.
Sur ce taureau de fer‖ qui fume, souffle et beugle,L'homme a monté trop tôt.‖ Nul ne connaît encorQuels orages en lui‖ porte ce rude aveugle,Et le gai voyageur‖ lui livre son trésor,Son vieux père et ses fils,‖ il les jette en otageDans le ventre brûlant‖ du taureau de Carthage,Qui les rejette en cendre‖ aux pieds du dieu de l'or.
Mais il faut triompher‖ du temps et de l'espace,Arriver ou mourir.‖ Les marchands sont jaloux.L'or pleut sous les charbons‖ de la vapeur qui passe,Le moment et le but‖ sont l'univers pour nous.Tous se sont dit : « Allons !‖ » mais aucun n'est le maîtreDu dragon mugissant‖ qu'un savant a fait naître ;Nous nous sommes joués‖ à plus fort que nous tous.
Eh bien ! que tout circule‖ et que les grandes causesSur les ailes de feu‖ lancent les actions,Pourvu qu'ouverts toujours‖ aux généreuses choses,Les chemins du vendeur‖ servent les passions !Béni soit le Commerce‖ au hardi caducée,Si l'Amour que tourmente‖ une sombre penséePeut franchir en un jour‖ deux grandes nations !
Mais, à moins qu'un ami‖ menacé dans sa vieNe jette, en appelant,‖ le cri du désespoir,Ou qu'avec son clairon‖ la France nous convieAux fêtes du combat,‖ aux luttes du savoir ;À moins qu'au lit de mort‖ une mère éploréeNe veuille encor poser‖ sur sa race adoréeCes yeux tristes et doux‖ qu'on ne doit plus revoir,
Évitons ces chemins.‖ ― Leur voyage est sans grâces,Puisqu'il est aussi prompt,‖ sur ses lignes de fer,Que la flèche lancée‖ à travers les espacesQui va de l'arc au but‖ en faisant siffler l'air,Ainsi jetée au loin,‖ l'humaine créatureNe respire et ne voit,‖ dans toute la nature,Qu'un brouillard étouffant‖ que traverse un éclair.
On n'entendra jamais‖ piaffer sur une routeLe pied vif du cheval‖ sur les pavés en feu :Adieu, voyages lents,‖ bruits lointains qu'on écoute,Le rire du passant,‖ les retards de l'essieu,Les détours imprévus‖ des pentes variées,Un ami rencontré,‖ les heures oubliées,L'espoir d'arriver tard‖ dans un sauvage lieu.
La distance et le temps‖ sont vaincus. La scienceTrace autour de la terre‖ un chemin triste et droit.Le Monde est rétréci‖ par notre expérience,Et l'équateur n'est plus‖ qu'un anneau trop étroit.Plus de hasard. Chacun‖ glissera sur sa ligne,Immobile au seul rang‖ que le départ assigne,Plongé dans un calcul‖ silencieux et froid.
Jamais la Rêverie‖ amoureuse et paisibleN'y verra sans horreur‖ son pied blanc attaché ;Car il faut que ses yeux‖ sur chaque objet visibleVersent un long regard,‖ comme un fleuve épanché,Qu'elle interroge tout‖ avec inquiétude,Et, des secrets divins‖ se faisant une étude,Marche, s'arrête et marche‖ avec le col penché.
II
Poésie ! ô trésor !‖ perle de la pensée !Les tumultes du cœur,‖ comme ceux de la mer,Ne sauraient empêcher‖ ta robe nuancéeD'amasser les couleurs‖ qui doivent te former.Mais, sitôt qu'il te voit‖ briller sur un front mâle,Troublé de ta lueur‖ mystérieuse et pâle,Le vulgaire effrayé‖ commence à blasphémer.
Le pur enthousiasme‖ est craint des faibles âmesQui ne sauraient porter‖ son ardeur ni son poids.Pourquoi le fuir ? ― La vie‖ est double dans les flammes.D'autres flambeaux divins‖ nous brûlent quelquefois :C'est le Soleil du ciel,‖ c'est l'Amour, c'est la Vie ;Mais qui de les éteindre‖ a jamais eu l'envie ?Tout en les maudissant,‖ on les chérit tous trois.
La Muse a mérité‖ les insolents souriresEt les soupçons moqueurs‖ qu'éveille son aspect.Dès que son œil chercha‖ le regard des satyres,Sa parole trembla,‖ son serment fut suspect ;Il lui fut interdit‖ d'enseigner la sagesse.Au passant du chemin‖ elle criait : « Largesse ! »Le passant lui donna‖ sans crainte et sans respect.
Ah ! fille sans pudeur,‖ fille du saint Orphée,Que n'as-tu conservé‖ ta belle gravité !Tu n'irais pas ainsi,‖ d'une voix étouffée,Chanter aux carrefours‖ impurs de la cité ;Tu n'aurais pas collé‖ sur le coin de ta boucheLe coquet madrigal,‖ piquant comme une mouche,Et, près de ton œil bleu,‖ l'équivoque effronté.
Tu tombas dès l'enfance,‖ et, dans la folle Grèce,Un vieillard, t'enivrant‖ de son baiser jaloux,Releva le premier‖ ta robe de prêtresse,Et, parmi les garçons,‖ t'assit sur ses genoux.De ce baiser mordant‖ ton front porte la trace ;Tu chantas en buvant‖ dans les banquets d'Horace,Et Voltaire à la cour‖ te traîna devant nous.
Vestale aux feux éteints !‖ les hommes les plus gravesNe posent qu'à demi‖ ta couronne à leur front ;Ils se croient arrêtés,‖ marchant dans tes entraves,Et n'être que poète‖ est pour eux un affront.Ils jettent leurs pensers‖ aux vents de la tribune,Et, ces vents, aveuglés‖ comme l'est la Fortune,Les rouleront comme elle‖ et les emporteront.
Ils sont fiers et hautains‖ dans leur fausse attitude,Mais le sol tremble aux pieds‖ de ces tribuns romains.Leurs discours passagers‖ flattent avec étudeLa foule qui les presse‖ et qui leur bat des mains ;Toujours renouvelé‖ sous ses étroits portiques,Ce parterre ne jette‖ aux acteurs politiquesQue des fleurs sans parfums,‖ souvent sans lendemains.
Ils ont pour horizon‖ leur salle de spectacle ;La chambre où ces élus‖ donnent leurs faux combatsJette en vain, dans son temple,‖ un incertain oracle ;Le peuple entend de loin‖ le bruit de leurs débats,Mais il regarde encor‖ le jeu des assembléesDe l'œil dont ses enfants‖ et ses femmes troubléesVoient le terrible essai‖ des vapeurs aux cent bras.
L'ombrageux paysan‖ gronde à voir qu'on dételle,Et que pour le scrutin‖ on quitte le labour.Cependant le dédain‖ de la chose immortelleTient jusqu'au fond du cœur‖ quelque avocat d'un jour.Lui qui doute de l'âme,‖ il croit à ses paroles.Poésie, il se rit‖ de tes graves symboles,Ô toi des vrais penseurs‖ impérissable amour !
Comment se garderaient‖ les profondes penséesSans rassembler leurs feux‖ dans ton diamant pur,Qui conserve si bien‖ leurs splendeurs condensées ?Ce fin miroir solide,‖ étincelant et dur,Reste de nations‖ mortes, durable pierreQu'on trouve sous ses pieds‖ lorsque dans la poussièreOn cherche les cités‖ sans en voir un seul mur.
Diamant sans rival,‖ que tes feux illuminentLes pas lents et tardifs‖ de l'humaine Raison !Il faut, pour voir de loin‖ les peuples qui cheminent,Que le berger t'enchâsse‖ au toit de sa maison.― Le jour n'est pas levé.‖ ― Nous en sommes encoreAu premier rayon blanc‖ qui précède l'auroreEt dessine la terre‖ aux bords de l'horizon.
Les peuples tout enfants‖ à peine se découvrentPar-dessus les buissons‖ nés pendant leur sommeil,Et leur main, à travers‖ les ronces qu'ils entr'ouvrent,Met aux coups mutuels‖ le premier appareil.― La Barbarie encor‖ tient nos pieds dans sa gaine.Le marbre des vieux temps‖ jusqu'aux reins nous enchaîne,Et tout homme énergique‖ au dieu Terme est pareil.
Mais notre esprit rapide‖ en mouvements abonde ;Ouvrons tout l'arsenal‖ de ses puissants ressorts.L'Invisible est réel.‖ Les âmes ont leur mondeOù sont accumulés‖ d'impalpables trésors.Le Seigneur contient tout‖ dans ses deux bras immenses,Son Verbe est le séjour‖ de nos intelligences,Comme ici-bas l'espace‖ est celui de nos corps.
III
Éva, qui donc es-tu ?‖ Sais-tu bien ta nature ?Sais-tu quel est ici‖ ton but et ton devoir ?Sais-tu que, pour punir‖ l'homme, sa créature,D'avoir porté la main‖ sur l'arbre du savoir,Dieu permit qu'avant tout,‖ de l'amour de soi-mêmeEn tout temps, à tout âge,‖ il fît son bien suprême,Tourmenté de s'aimer,‖ tourmenté de se voir ?
Mais, si Dieu près de lui‖ t'a voulu mettre, ô femme !Compagne délicate !‖ Éva ! sais-tu pourquoi ?C'est pour qu'il se regarde‖ au miroir d'une autre âme,Qu'il entende ce chant‖ qui ne vient que de toi :― L'Enthousiasme pur‖ dans une voix suave.C'est afin que tu sois‖ son juge et son esclaveEt règnes sur sa vie‖ en vivant sous sa loi.
Ta parole joyeuse‖ a des mots despotiques ;Tes yeux sont si puissants,‖ ton aspect est si fortQue les rois d'Orient‖ ont dit dans leurs cantiquesTon regard redoutable‖ à l'égal de la mort ;Chacun cherche à fléchir‖ tes jugements rapides…― Mais ton cœur, qui dément‖ tes formes intrépides,Cède sans coup férir‖ aux rudesses du sort.
Ta pensée a des bonds‖ comme ceux des gazelles,Mais ne saurait marcher‖ sans guide et sans appui.Le sol meurtrit ses pieds,‖ l'air fatigue ses ailes,Son œil se ferme au jour‖ dès que le jour a lui ;Parfois, sur les hauts lieux‖ d'un seul élan posée,Troublée au bruit des vents,‖ ta mobile penséeNe peut seule y veiller‖ sans crainte et sans ennui.
Mais aussi tu n'as rien‖ de nos lâches prudences,Ton cœur vibre et résonne‖ au cri de l'opprimé,Comme dans une église‖ aux austères silencesL'orgue entend un soupir‖ et soupire alarmé.Tes paroles de feu‖ meuvent les multitudes,Tes pleurs lavent l'injure‖ et les ingratitudes,Tu pousses par le bras‖ l'homme… Il se lève armé.
C'est à toi qu'il convient‖ d'ouïr les grandes plaintesQue l'humanité triste‖ exhale sourdement.Quand le cœur est gonflé‖ d'indignations saintes,L'air des cités l'étouffe‖ à chaque battement.Mais de loin les soupirs‖ des tourmentes civiles,S'unissant au-dessus‖ du charbon noir des villes,Ne forment qu'un grand mot‖ qu'on entend clairement.
Viens donc ! le ciel pour moi‖ n'est plus qu'une auréoleQui t'entoure d'azur,‖ t'éclaire et te défend ;La montagne est ton temple‖ et le bois sa coupole ;L'oiseau n'est sur la fleur‖ balancé par le vent,Et la fleur ne parfume‖ et l'oiseau ne soupireQue pour mieux enchanter‖ l'air que ton sein respire ;La terre est le tapis‖ de tes beaux pieds d'enfant.
Éva, j'aimerai tout‖ dans les choses créées,Je les contemplerai‖ dans ton regard rêveurQui partout répandra‖ ses flammes colorées,Son repos gracieux,‖ sa magique saveur ;Sur mon cœur déchiré‖ viens poser ta main pure,Ne me laisse jamais‖ seul avec la Nature,Car je la connais trop‖ pour n'en pas avoir peur.
Elle me dit : « Je suis‖ l'impassible théâtreQue ne peut remuer‖ le pied de ses acteurs ;Mes marches d'émeraude‖ et mes parvis d'albâtre,Mes colonnes de marbre‖ ont les dieux pour sculpteurs.Je n'entends ni vos cris‖ ni vos soupirs ; à peineJe sens passer sur moi‖ la comédie humaineQui cherche en vain au ciel‖ ses muets spectateurs.
« Je roule avec dédain,‖ sans voir et sans entendre,À côté des fourmis‖ les populations ;Je ne distingue pas‖ leur terrier de leur cendre,J'ignore en les portant‖ les noms des nations.On me dit une mère,‖ et je suis une tombe.Mon hiver prend vos morts‖ comme son hécatombe,Mon printemps ne sent pas‖ vos adorations.
« Avant vous, j'étais belle‖ et toujours parfumée,J'abandonnais au vent‖ mes cheveux tout entiers ;Je suivais dans les cieux‖ ma route accoutumée,Sur l'axe harmonieux‖ des divins balanciers.― Après vous, traversant‖ l'espace où tout s'élance,J'irai seule et sereine,‖ en un chaste silenceJe fendrai l'air du front‖ et de mes seins altiers. »
C'est là ce que me dit‖ sa voix triste et superbe,Et dans mon cœur alors‖ je la hais, et je voisNotre sang dans son onde‖ et nos morts sous son herbeNourrissant de leurs sucs‖ la racine des bois.Et je dis à mes yeux‖ qui lui trouvaient des charmes :« Ailleurs tous vos regards,‖ ailleurs toutes vos larmes,Aimez ce que jamais‖ on ne verra deux fois. »
Oh ! qui verra deux fois‖ ta grâce et ta tendresse,Ange doux et plaintif‖ qui parle en soupirant ?Qui naîtra comme toi‖ portant une caresseDans chaque éclair tombé‖ de ton regard mourant,Dans les balancements‖ de ta tête penchée,Dans ta taille indolente‖ et mollement couchée,Et dans ton pur sourire‖ amoureux et souffrant ?
Vivez, froide Nature,‖ et revivez sans cesseSous nos pieds, sur nos fronts,‖ puisque c'est votre loi ;Vivez, et dédaignez,‖ si vous êtes déesse,L'homme, humble passager,‖ qui dut vous être un Roi ;Plus que tout votre règne‖ et que ses splendeurs vaines,J'aime la majesté‖ des souffrances humaines ;Vous ne recevrez pas‖ un cri d'amour de moi.
Mais toi, ne veux-tu pas,‖ voyageuse indolente,Rêver sur mon épaule,‖ en y posant ton front ?Viens du paisible seuil‖ de la maison roulanteVoir ceux qui sont passés‖ et ceux qui passeront.Tous les tableaux humains‖ qu'un Esprit pur m'apporteS'animeront pour toi‖ quand, devant notre porte,Les grands pays muets‖ longuement s'étendront.
Nous marcherons ainsi,‖ ne laissant que notre ombreSur cette terre ingrate‖ où les morts ont passé ;Nous nous parlerons d'eux‖ à l'heure où tout est sombre,Où tu te plais à suivre‖ un chemin effacé,À rêver, appuyée‖ aux branches incertaines,Pleurant, comme Diane‖ au bord de ses fontaines,Ton amour taciturne‖ et toujours menacé.
Versification
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a vie / asservie féminine, classiqueb blessé / glacé / effacé masculine, classiquec immortelle / fidèle féminine, classiquea âme / rame féminine, classiqueb amer / mer / fer masculine, classiquec inconnue / nue féminine, classiquea secrètes / retraites féminine, classiqueb palpitant / insultant / t'entend masculine, classiquec mensonges / songes féminine, classiquea villes / serviles féminine, classiqueb chemin / humain / main masculine, classiquec asiles / îles féminine, classiquea austère / terre féminine, classiqueb soirs / encensoirs / reposoirs masculine, classiquec profondes / ondes féminine, classiquea vallée / isolée féminine, classiqueb gazon / l'horizon / prison masculine, classiquec sauvages / rivages féminine, classiquea bruyère / altière féminine, classiqueb plonger / l'étranger / Berger / mer masculine, classiquec faute / haute féminine, classiquea roues / joues féminine, classiqueb yeux / essieux / silencieux masculine, classiquec sombre / l'ombre féminine, classiquea neige / assiège féminine, classiqueb resplendit / maudit / dit masculine, classiquec vagabonde / monde féminine, classiquea foudroyante / bruyante féminine, classiqueb monts / ponts / bonds masculine, classiquec chaudières / rivières féminine, classiquea route / n'écoute féminine, classiqueb défend / triomphant / enfant masculine, classiquec braise / fournaise féminine, classiquea beugle / aveugle féminine, classiqueb encor / trésor / l'or masculine, classiquec otage / Carthage féminine, classiquea l'espace / passe féminine, classiqueb jaloux / nous / tous masculine, classiquec maître / naître féminine, classiquea causes / choses féminine, classiqueb actions / passions / nations masculine, classiquec caducée / pensée féminine, classiquea vie / convie féminine, classiqueb désespoir / savoir / revoir masculine, classiquec éplorée / adorée féminine, classiquea grâces / espaces féminine, équivalenteb fer / l'air / éclair masculine, classiquec créature / nature féminine, classiquea route / écoute féminine, classiqueb feu / l'essieu / lieu masculine, classiquec variées / oubliées féminine, classiquea science / expérience féminine, classiqueb droit / étroit / froid masculine, classiquec ligne / assigne féminine, classiquea paisible / visible féminine, classiqueb attaché / épanché / penché masculine, classiquec inquiétude / étude féminine, classiquea pensée / nuancée féminine, classiquec former / blasphémer masculine, classiqued mâle / pâle féminine, classiquea âmes / flammes féminine, classiqueb poids / quelquefois / trois masculine, classiquec Vie / l'envie féminine, classiquea sourires / satyres féminine, classiqueb aspect / suspect / respect masculine, classiquec sagesse / Largesse féminine, classiquea Orphée / étouffée féminine, classiqueb gravité / cité / effronté masculine, classiquec bouche / mouche féminine, classiquea Grèce / prêtresse féminine, classiqueb jaloux / genoux / nous masculine, classiquec trace / d'Horace féminine, classiquea graves / entraves féminine, classiqueb front / affront / emporteront masculine, classiquec tribune / Fortune féminine, classiquea attitude / étude féminine, classiqueb romains / mains / lendemains masculine, classiquec portiques / politiques féminine, classiquea spectacle / oracle féminine, équivalenteb combats / débats / bras masculine, classiquec assemblées / troublées féminine, classiquea dételle / immortelle féminine, classiqueb labour / jour / amour masculine, classiquec paroles / symboles féminine, classiquea pensées / condensées féminine, classiqueb pur / dur / mur masculine, classiquec pierre / poussière féminine, classiquea illuminent / cheminent féminine, classiqueb Raison / maison / l'horizon masculine, classiquec encore / l'aurore féminine, classiquea découvrent / entr'ouvrent féminine, classiqueb sommeil / appareil / pareil masculine, classiquec gaine / enchaîne féminine, classiquea abonde / monde féminine, classiqueb ressorts / trésors / corps masculine, classiquec immenses / intelligences féminine, classiquea nature / créature féminine, classiqueb devoir / savoir / voir masculine, classiquec soi-même / suprême féminine, classiquea femme / âme féminine, classiqueb pourquoi / toi / loi masculine, classiquec suave / esclave féminine, classiquea despotiques / cantiques féminine, classiqueb fort / mort / sort masculine, classiquec rapides / intrépides féminine, classiquea gazelles / ailes féminine, classiqueb appui / lui / ennui masculine, classiquec posée / pensée féminine, classiquea prudences / silences féminine, classiqueb l'opprimé / alarmé / armé masculine, classiquec multitudes / ingratitudes féminine, classiquea plaintes / saintes féminine, classiqueb sourdement / battement masculine, classiquec civiles / villes féminine, classiqued clairement / défend masculine, classiquea auréole / coupole féminine, classiquec vent / d'enfant masculine, classiqued soupire / respire féminine, classiquea créées / colorées féminine, classiqueb rêveur / saveur masculine, classiquec pure / Nature féminine, classiqued peur / acteurs masculine, classiquea théâtre / d'albâtre féminine, classiquec sculpteurs / spectateurs masculine, classiqued peine / humaine féminine, classiquea entendre / cendre féminine, classiqueb populations / nations / adorations masculine, classiquec tombe / hécatombe féminine, classiquea parfumée / accoutumée féminine, classiqueb entiers / balanciers / altiers masculine, classiquec s'élance / silence féminine, classiquea superbe / herbe féminine, classiqueb vois / bois / fois masculine, classiquec charmes / larmes féminine, classiquea tendresse / caresse féminine, classiqueb soupirant / mourant / souffrant masculine, classiquec penchée / couchée féminine, classiquea cesse / déesse féminine, classiqueb loi / Roi / moi masculine, classiquec vaines / humaines féminine, classiquea indolente / roulante féminine, classiqueb front / passeront / s'étendront masculine, classiquec m'apporte / porte féminine, classiquea ombre / sombre féminine, classiqueb passé / effacé / menacé masculine, classiquec incertaines / fontaines féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
336 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, MDCCCLXXXIII· numérisation abu.cnam.fr· Sources