Études et Préludes, 1901
L’éternelle vengeance
Dalila, courtisane‖ au front mystérieux,Aux mains de sortilège‖ et de ruse, aux longs yeuxOù luttaient le soleil,‖ l’orage et la nuée,Rêvait :« Je suis l’esclave et la prostituée,La fleur que l’on effeuille‖ au festin du désir,La musique d’une heure‖ et le chant d’un loisir,Ce qui charme, ce qu’on‖ enlace et qu’on oublie.Mon corps sans volupté‖ se pâme et ploie et plieAu signe impérieux‖ des passagers amants.Parmi ces inconnus‖ qui, repus et dormants,Après la laide nuit‖ dont l’ombre pleure encore,De leur souffle lascif‖ souillent l’air de l’aurore,C’est toi le plus haï,‖ Samson, fils d’Israël !Mon sourire passif‖ répond à ton appel,Mon corps, divin éclair‖ et baiser sans empreinte,À rempli de parfums‖ ta détestable étreinte :Mais, malgré les aveux‖ et les sanglots surpris,Ne crois pas que ma haine‖ ait moins d’âpres mépris,Car, dans le lit léger‖ des feintes allégresses,Dans l’amère moiteur‖ des cruelles caresses,J’ai préparé le piège‖ où tu succomberas,Moi, le contentement‖ bestial de tes bras ! »
Elle le supplia‖ sur la couche d’ivoire :« Astre sanglant, dis-moi‖ le secret de ta gloire. »
Mais l’amant de ses nuits‖ sans amour lui mentit.
Et la soif des vaincus‖ la brûla sans répit.Elle fut le regard‖ et l’ouïe et l’attente,La chaude obsession‖ qui ravit et tourmente,Et, patient péril‖ aux froids destins pareil,Sa vengeance épia‖ le souffle du sommeil.
Un soir que la Beauté‖ brillait plus claire en elle,Par l’enveloppement‖ de l’humide prunelle,Par le geste des bras‖ défaillant et livréTorturé tendrement,‖ — savamment enivréDe souples seins, de flancs‖ fiévreux, de lèvres lasses,De murmures mourants‖ et de musiques basses,Sous les yeux de la femme,‖ implacablement doux,Dans l’ombre et dans l’odeur‖ de ses ardents genoux,Sans souvenir, cédant‖ à l’éternelle amorce,L’homme lui soupira‖ le secret de sa force.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 20((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a mystérieux / yeux masculine, classiqueb nuée / Rêvait / prostituée féminine, classiquec désir / loisir masculine, classiqued oublie / plie féminine, classiquee amants / dormants masculine, classiquef encore / l’aurore féminine, classiqueg d’Israël / appel masculine, classiqueh empreinte / étreinte féminine, classiquei surpris / mépris masculine, classiquej allégresses / caresses féminine, classiquek succomberas / bras masculine, classiquea d’ivoire / gloire féminine, classiquea mentit / répit masculine, classiqueb l’attente / tourmente féminine, classiquec pareil / sommeil masculine, classiquea elle / prunelle féminine, classiqueb livré / enivré masculine, classiquec lasses / basses féminine, classiqued doux / genoux masculine, classiquee amorce / force féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
41 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Études et Préludes, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1901· numérisation wikisource.org· Sources