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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La henriade, 1723

Chant neuvième

Voltaire· 23 distiquess, alexandrins, 366 vers

ARGUMENT Description du temple de l’Amour : la Discorde implore son pouvoir pour amollir le courage de Henri IV. Ce héros est retenu quelque temps auprès de Mme d’Estrées, si célèbre sous le nom de la belle Gabrielle. Mornay l’arrache à son amour, et le roi retourne à son armée.

Sur les bords fortunés‖ de l’antique Idalie,Lieux où finit l’Europe‖ et commence l’Asie,S’élève un vieux palais‖ respecté par les temps :La Nature en posa‖ les premiers fondements ;Et l’art, ornant depuis‖ sa simple architecture,Par ses travaux hardis‖ surpassa la nature.Là, tous les champs voisins,‖ peuplés de myrtes verts,N’ont jamais ressenti‖ l’outrage des hivers.Partout on voit mûrir,‖ partout on voit écloreEt les fruits de Pomone‖ et les présents de Flore ;Et la terre n’attend,‖ pour donner ses moissons,Ni les vœux des humains,‖ ni l’ordre des saisons.L’homme y semble goûter,‖ dans une paix profonde,Tout ce que la nature,‖ aux premiers jours du monde,De sa main bienfaisante‖ accordait aux humains,Un éternel repos,‖ des jours purs et sereins,Les douceurs, les plaisirs‖ que promet l’abondance,Les biens du premier âge,‖ hors la seule innocence.On entend, pour tout bruit,‖ des concerts enchanteursDont la molle harmonie‖ inspire les langueurs ;Les voix de mille amants,‖ les chants de leurs maîtressesQui célèbrent leur honte,‖ et vantent leurs faiblesses.Chaque jour on les voit,‖ le front paré de fleurs,De leur aimable maître‖ implorer les faveurs ;Et, dans l’art dangereux‖ de plaire et de séduire,Dans son temple à l’envi‖ s’empressent de s’instruire.La flatteuse Espérance,‖ au front toujours serein,À l’autel de l’Amour‖ les conduit par la main.Près du temple sacré‖ les Grâces demi-nuesAccordent à leurs voix‖ leurs danses ingénues,La molle Volupté,‖ sur un lit de gazons,Satisfaite et tranquille,‖ écoute leurs chansons.On voit à ses côtés‖ le Mystère en silence,Le Sourire enchanteur,‖ les Soins, la Complaisance,Les Plaisirs amoureux,‖ et les tendres Désirs,Plus doux, plus séduisants‖ encor que les Plaisirs.De ce temple fameux‖ telle est l’aimable entrée.Mais, lorsqu’en avançant‖ sous la voûte sacrée,On porte au sanctuaire‖ un pas audacieux,Quel spectacle funeste‖ épouvante les yeux !Ce n’est plus des Plaisirs‖ la troupe aimable et tendre :Leurs concerts amoureux‖ ne s’y font plus entendre.Les Plaintes, les Dégoûts,‖ l’Imprudence, la Peur,Font de ce beau séjour‖ un séjour plein d’horreur.La sombre Jalousie,‖ au teint pâle et livide,Suit d’un pied chancelant‖ le Soupçon qui la guide :La Haine et le Courroux,‖ répandant leur venin,Marchent devant ses pas,‖ un poignard à la main.La Malice les voit,‖ et d’un souris perfideApplaudit, en passant,‖ à leur troupe homicide.Le Repentir les suit,‖ détestant leurs fureurs,Et baisse en soupirant‖ ses yeux mouillés de pleurs.

C’est là, c’est au milieu‖ de cette cour affreuse,Des plaisirs des humains‖ compagne malheureuse,Que l’Amour a choisi‖ son séjour éternel.Ce dangereux enfant,‖ si tendre et si cruel,Porte en sa faible main‖ les destins de la terre,Donne, avec un souris,‖ ou la paix, ou la guerre,Et, répandant partout‖ ses trompeuses douceurs,Anime l’univers,‖ et vit dans tous les cœurs.Sur un trône éclatant‖ contemplant ses conquêtes,Il foulait à ses pieds‖ les plus superbes têtes ;Fier de ses cruautés‖ plus que de ses bienfaits,Il semblait s’applaudir‖ des maux qu’il avait faits.

La Discorde soudain,‖ conduite par la Rage,Écarte les Plaisirs,‖ s’ouvre un libre passage,Secouant dans ses mains‖ ses flambeaux allumés,Le front couvert de sang,‖ et les yeux enflammés :Mon frère, lui dit-elle,‖ où sont tes traits terribles ?Pour qui réserves-tu‖ tes flèches invincibles ?Ah ! si de la Discorde‖ allumant le tison,Jamais à tes fureurs‖ tu mêlas mon poison ;Si tant de fois pour toi‖ j’ai troublé la nature,Viens, vole sur mes pas,‖ viens venger mon injure :Un roi victorieux‖ écrase mes serpents ;Ses mains joignent l’olive‖ aux lauriers triomphants :La Clémence avec lui‖ marchant d’un pas tranquille,Au sein tumultueux‖ de la guerre civile,Va sous ses étendards,‖ flottants de tous côtés,Réunir tous les cœurs‖ par moi seul écartés :Encore une victoire,‖ et mon trône est en poudre.Aux remparts de Paris‖ Henri porte la foudre :Ce héros va combattre,‖ et vaincre, et pardonner ;De cent chaînes d’airain‖ son bras va m’enchaîner.C’est à toi d’arrêter‖ ce torrent dans sa course ;Va de tant de hauts faits‖ empoisonner la source ;Que sous ton joug, Amour,‖ il gémisse abattu ;Va dompter son courage‖ au sein de la vertu.C’est toi, tu t’en souviens,‖ toi dont la main fataleFit tomber sans effort‖ Hercule aux pieds d’Omphale.Ne vit-on pas Antoine‖ amolli dans tes fers,Abandonnant pour toi‖ les soins de l’univers,Fuyant devant Auguste,‖ et, te suivant sur l’onde,Préférer Cléopâtre‖ à l’empire du monde ?Henri te reste à vaincre,‖ après tant de guerriers :Dans ses superbes mains‖ va flétrir ses lauriers ;Va du myrte amoureux‖ ceindre sa tête altière ;Endors entre tes bras‖ son audace guerrière ;À mon trône ébranlé‖ cours servir de soutien :Viens, ma cause est la tienne,‖ et ton règne est le mien. »

Ainsi parlait ce monstre ;‖ et la voûte tremblanteRépétait les accents‖ de sa voix effrayante.L’Amour, qui l’écoutait,‖ couché parmi des fleurs,D’un souris fier et doux‖ répond à ses fureurs.Il s’arme cependant‖ de ses flèches dorées :Il fend des vastes cieux‖ les voûtes azurées,Et, précédé des Jeux,‖ des Grâces, des Plaisirs,Il vole aux champs français‖ sur l’aile des Zéphyrs.

Dans sa course d’abord‖ il découvre avec joieLe faible Simoïs,‖ et les champs où fut Troie ;Il rit en contemplant,‖ dans ces lieux renommés,La cendre des palais‖ par ses mains consumés.Il aperçoit de loin‖ ces murs bâtis sur l’onde,Ces remparts orgueilleux,‖ ce prodige du monde,Venise, dont Neptune‖ admire le destin,Et qui commande aux flots‖ renfermés dans son sein.

Il descend, il s’arrête‖ aux champs de la Sicile,Où lui-même inspira‖ Théocrite et Virgile,Où l’on dit qu’autrefois,‖ par des chemins nouveaux,De l’amoureux Alphée‖ il conduisit les eaux.Bientôt, quittant les bords‖ de l’aimable Aréthuse,Dans les champs de Provence‖ il vole vers Vaucluse,Asile encor plus doux,‖ lieux où, dans ses beaux jours,Pétrarque soupira‖ ses vers et ses amours.Il voit les murs d’Anet,‖ bâtis aux bords de l’Eure ;Lui-même en ordonna‖ la superbe structure :Par ses adroites mains‖ avec art enlacés,Les chiffres de Diane‖ y sont encor tracés.Sur sa tombe, en passant,‖ les Plaisirs et les GrâcesRépandirent les fleurs‖ qui naissaient sur leurs traces.

Aux campagnes d’Ivry‖ l’Amour arrive enfin.Le roi, près d’en partir‖ pour un plus grand dessein,Mêlant à ses plaisirs‖ l’image de la guerre,Laissait pour un moment‖ reposer son tonnerre.Mille jeunes guerriers,‖ à travers les guérets,Poursuivaient avec lui‖ les hôtes des forêts.L’Amour sent, à sa vue,‖ une joie inhumaine ;Il aiguise ses traits,‖ il prépare sa chaîne ;Il agite les airs‖ que lui-même a calmés ;Il parle, on voit soudain‖ les éléments armés.D’un bout du monde à l’autre‖ appelant les orages,Sa voix commande aux vents‖ d’assembler les nuages,De verser ces torrents‖ suspendus dans les airs,Et d’apporter la nuit,‖ la foudre, et les éclairs.

Déjà les Aquilons,‖ à ses ordres fidèles,Dans les cieux obscurcis‖ ont déployé leurs ailes ;La plus affreuse nuit‖ succède au plus beau jour ;La Nature en gémit,‖ et reconnaît l’Amour.

Dans les sillons fangeux‖ de la campagne humide ;Le roi marche incertain,‖ sans escorte et sans guide ;L’Amour, en ce moment,‖ allumant son flambeau,Fait briller devant lui‖ ce prodige nouveau.Abandonné des siens,‖ le roi, dans ces bois sombres,Suit cet astre ennemi,‖ brillant parmi les ombres :Comme on voit quelquefois‖ les voyageurs troublésSuivre ces feux ardents‖ de la terre exhalés,Ces feux dont la vapeur‖ maligne et passagèreConduit au précipice,‖ à l’instant qu’elle éclaire.

Depuis peu la fortune,‖ en ces tristes climats,D’une illustre mortelle‖ avait conduit les pas.Dans le fond d’un château‖ tranquille et solitaire,Loin du bruit des combats‖ elle attendait son père,Qui, fidèle à ses rois,‖ vieilli dans les hasards,Avait du grand Henri‖ suivi les étendards.D’Estrée était son nom :‖ la main de la natureDe ses aimables dons‖ la combla sans mesure.Telle ne brillait point,‖ aux bords de l’Eurotas,La coupable beauté‖ qui trahit Ménélas ;Moins touchante et moins belle‖ à Tarse on vit paraîtreCelle qui des Romains‖ avait dompté le maître,Lorsque les habitants‖ des rives du Cydnus,L’encensoir à la main,‖ la prirent pour Vénus.Elle entrait dans cet âge,‖ hélas ! trop redoutable,Qui rend des passions‖ le joug inévitable.Son cœur, né pour aimer,‖ mais fier et généreux,D’aucun amant encor‖ n’avait reçu les vœux :Semblable en son printemps‖ à la rose nouvelle,Qui renferme en naissant‖ sa beauté naturelle,Cache aux vents amoureux‖ les trésors de son sein,Et s’ouvre aux doux rayons‖ d’un jour pur et serein.

L’Amour, qui cependant‖ s’apprête à la surprendre,Sous un nom supposé‖ vient près d’elle se rendre :Il paraît sans flambeau,‖ sans flèches, sans carquois ;Il prend d’un simple enfant‖ la figure et la voix.« On a vu, lui dit-il,‖ sur la rive prochaine,S’avancer vers ces lieux‖ le vainqueur de Mayenne. »Il glissait dans son cœur,‖ en lui disant ces mots,Un désir inconnu‖ de plaire à ce héros.Son teint fut animé‖ d’une grâce nouvelle.L’Amour s’applaudissait‖ en la voyant si belle :Que n’espérait-il point,‖ aidé de tant d’appas !Au-devant du monarque‖ il conduisit ses pas.L’art simple dont lui-même‖ a formé sa parureParaît aux yeux séduits‖ l’effet de la nature :L’or de ses blonds cheveux,‖ qui flotte au gré des vents,Tantôt couvre sa gorge‖ et ses trésors naissants,Tantôt expose aux yeux‖ leur charme inexprimable.Sa modestie encor‖ la rendait plus aimable :Non pas cette farouche‖ et triste austéritéQui fait fuir les Amours,‖ et même la beauté ;Mais cette pudeur douce,‖ innocente, enfantine,Qui colore le front‖ d’une rougeur divine,Inspire le respect,‖ enflamme les désirs,Et de qui la peut vaincre‖ augmente les plaisirs.

Il fait plus (à l’Amour‖ tout miracle est possible) ;Il enchante ces lieux‖ par un charme invincible.Des myrtes enlacés,‖ que d’un prodigue seinLa terre obéissante‖ a fait naître soudain,Dans les lieux d’alentour‖ étendent leur feuillage :À peine a-t-on passé‖ sous leur fatal ombrage,Par des liens secrets‖ on se sent arrêter ;On s’y plaît, on s’y trouble,‖ on ne peut les quitter.On voit fuir sous cette ombre‖ une onde enchanteresse ;Les amants fortunés,‖ pleins d’une douce ivresse,Y boivent à longs traits‖ l’oubli de leur devoir.L’Amour dans tous ces lieux‖ fait sentir son pouvoir :Tout y paraît changé ;‖ tous les cœurs y soupirent :Tous sont empoisonnés‖ du charme qu’ils respirent :Tout y parle d’amour.‖ Les oiseaux dans les champsRedoublent leurs baisers,‖ leurs caresses, leurs chants.Le moissonneur ardent,‖ qui court avant l’auroreCouper les blonds épis‖ que l’été fait éclore,S’arrête, s’inquiète,‖ et pousse des soupirs :Son cœur est étonné‖ de ses nouveaux désirs :Il demeure enchanté‖ dans ces belles retraites,Et laisse, en soupirant,‖ ses moissons imparfaites.Près de lui, la bergère,‖ oubliant ses troupeaux,De sa tremblante main‖ sent tomber ses fuseaux.Contre un pouvoir si grand‖ qu’eût pu faire d’Estrée ?Par un charme indomptable‖ elle était attirée ;Elle avait à combattre,‖ en ce funeste jour,Sa jeunesse, son cœur,‖ un héros, et l’Amour.

Quelque temps de Henri‖ la valeur immortelleVers ses drapeaux vainqueurs‖ en secret le rappelle :Une invisible main‖ le retient malgré lui.Dans sa vertu première‖ il cherche un vain appui :Sa vertu l’abandonne,‖ et son âme enivréeN’aime, ne voit, n’entend,‖ ne connaît que d’Estrée.

Loin de lui cependant‖ tous ses chefs étonnésSe demandent leur prince,‖ et restent consternés.Ils tremblaient pour ses jours ;‖ aucun d’eux n’eût pu croireQu’on eût, dans ce moment,‖ dû craindre pour sa gloire :On le cherchait en vain ;‖ ses soldats abattus,Ne marchant plus sous lui,‖ semblaient déjà vaincus.

Mais le génie heureux‖ qui préside à la FranceNe souffrit pas longtemps‖ sa dangereuse absence :Il descendit des cieux‖ à la voix de Louis,Et vint d’un vol rapide‖ au secours de son fils.

Quand il fut descendu‖ vers ce triste hémisphère,Pour y trouver un sage‖ il regarda la terre.Il ne le chercha point‖ dans ces lieux révérés,À l’étude, au silence,‖ au jeûne consacrés ;Il alla dans Ivry :‖ là, parmi la licenceOù du soldat vainqueur‖ s’emporte l’insolence,L’ange heureux des Français‖ fixa son vol divinAu milieu des drapeaux‖ des enfants de Calvin :Il s’adresse à Mornay.‖ C’était pour nous instruireQue souvent la raison‖ suffit à nous conduire,Ainsi qu’elle guida,‖ chez des peuples païens,Marc-Aurèle, ou Platon,‖ la honte des chrétiens.

Non moins prudent ami‖ que philosophe austère,Mornay sut l’art discret‖ de reprendre et de plaire :Son exemple instruisait‖ bien mieux que ses discours :Les solides vertus‖ furent ses seuls amours.Avide de travaux,‖ insensible aux délices,Il marchait d’un pas ferme‖ au bord des précipices.Jamais l’air de la cour,‖ et son souffle infecté,N’altéra de son cœur‖ l’austère pureté.Belle Aréthuse, ainsi‖ ton onde fortunéeRoule, au sein furieux‖ d’Amphitrite étonnée,Un cristal toujours pur,‖ et des flots toujours clairs,Que jamais ne corrompt‖ l’amertume des mers.

Le généreux Mornay,‖ conduit par la Sagesse,Part, et vole en ces lieux‖ où la douce MollesseRetenait dans ses bras‖ le vainqueur des humains,Et de la France en lui‖ maîtrisait les destins.L’Amour, à chaque instant,‖ redoublant sa victoire,Le rendait plus heureux,‖ pour mieux flétrir sa gloire.Les plaisirs, qui souvent‖ ont des termes si courts,Partageaient ses moments‖ et remplissaient ses jours.

L’Amour, au milieu d’eux,‖ découvre avec colère,À côté de Mornay,‖ la Sagesse sévère :Il veut sur ce guerrier‖ lancer un trait vengeur ;Il croit charmer ses sens,‖ il croit blesser son cœur :Mais Mornay méprisait‖ sa colère et ses charmes ;Tous ses traits impuissants‖ s’émoussaient sur ses armes.Il attend qu’en secret‖ le roi s’offre à ses yeux,Et d’un œil irrité‖ contemple ces beaux lieux.

Au fond de ces jardins,‖ au bord d’une onde claire,Sous un myrte amoureux,‖ asile du mystère,D’Estrée à son amant‖ prodiguait ses appas ;Il languissait près d’elle,‖ il brûlait dans ses bras.De leurs doux entretiens‖ rien n’altérait les charmes :Leurs yeux étaient remplis‖ de ces heureuses larmes,De ces larmes qui font‖ les plaisirs des amants :Ils sentaient cette ivresse‖ et ces saisissements,Ces transports, ces fureurs,‖ qu’un tendre amour inspire,Que lui seul fait goûter,‖ que lui seul peut décrire.Les folâtres Plaisirs,‖ dans le sein du repos,Les Amours enfantins‖ désarmaient ce héros :L’un tenait sa cuirasse‖ encor de sang trempée,L’autre avait détaché‖ sa redoutable épée,Et riait, en tenant‖ dans ses débiles mainsCe fer, l’appui du trône‖ et l’effroi des humains.La Discorde de loin‖ insulte à sa faiblesse ;Elle exprime, en grondant,‖ sa barbare allégresse.Sa fière activité‖ ménage ces instants :Elle court de la Ligue‖ irriter les serpents ;Et tandis que Bourbon‖ se repose et sommeille,De tous ses ennemis‖ la rage se réveille.

Enfin dans ces jardins,‖ où sa vertu languit,Il voit Mornay paraître :‖ il le voit, et rougit.L’un de l’autre, en secret,‖ ils craignaient la présence.Le sage, en l’abordant,‖ garde un morne silence ;Mais ce silence même,‖ et ces regards baissés,Se font entendre au prince,‖ et s’expliquent assez.Sur ce visage austère,‖ où régnait la tristesse,Henri lut aisément‖ sa honte et sa faiblesse.Rarement de sa faute‖ on aime le témoin :Tout autre eût de Mornay‖ mal reconnu le soin.« Cher ami, dit le roi,‖ ne crains point ma colère ;Qui m’apprend mon devoir‖ est trop sûr de me plaire :Viens, le cœur de ton prince‖ est digne encor de toi :Je t’ai vu, c’en est fait,‖ et tu me rends à moi ;Je reprends ma vertu,‖ que l’Amour m’a ravie :De ce honteux repos‖ fuyons l’ignominie ;Fuyons ce lieu funeste,‖ où mon cœur mutinéAime encor les liens‖ dont il fut enchaîné.Me vaincre est désormais‖ ma plus belle victoire :Partons, bravons l’Amour‖ dans les bras de la Gloire ;Et bientôt, vers Paris‖ répandant la terreur,Dans le sang espagnol‖ effaçons mon erreur.

À ces mots généreux,‖ Mornay connut son maître.« C’est vous, s’écria-t-il,‖ que je revois paraître ;Vous, de la France entière‖ auguste défenseur ;Vous, vainqueur de vous-même,‖ et roi de votre cœur !L’Amour à votre gloire‖ ajoute un nouveau lustre :Qui l’ignore est heureux,‖ qui le dompte est illustre. »Il dit. Le roi s’apprête‖ à partir de ces lieux.Quelle douleur, ô ciel !‖ attendrit ses adieux !Plein de l’aimable objet‖ qu’il fuit et qu’il adore,En condamnant ses pleurs,‖ il en versait encore.Entraîné par Mornay,‖ par l’Amour attiré,Il s’éloigne, il revient,‖ il part désespéré.Il part. En ce moment‖ d’Estrée, évanouie,Reste sans mouvement,‖ sans couleur, et sans vie ;D’une soudaine nuit‖ ses beaux yeux sont couverts.L’Amour, qui l’aperçut,‖ jette un cri dans les airs ;Il s’épouvante, il craint‖ qu’une nuit éternelleN’enlève à son empire‖ une nymphe si belle,N’efface pour jamais‖ les charmes de ces yeuxQui devaient dans la France‖ allumer tant de feux.Il la prend dans ses bras ;‖ et bientôt cette amanteRouvre, à sa douce voix,‖ sa paupière mourante,Lui nomme son amant,‖ le redemande en vain,Le cherche encor des yeux,‖ et les ferme soudain.L’Amour, baigné des pleurs‖ qu’il répand auprès d’elle,Au jour qu’elle fuyait‖ tendrement la rappelle ;D’un espoir séduisant‖ il lui rend la douceur,Et soulage les maux‖ dont lui seul est l’auteur.

Mornay, toujours sévère‖ et toujours inflexible,Entraînait cependant‖ son maître trop sensible.La Force et la Vertu‖ leur montrent le chemin ;La Gloire les conduit,‖ les lauriers à la main ;Et l’Amour indigné,‖ que le devoir surmonte,Va cacher loin d’Anet‖ sa colère et sa honte.

FIN DU CHANT NEUVIÈME

Versification

Forme
23 distiquess (distiques)
Rimes
183((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
23 distiquess
Mots à la rime
a Idalie / l’Asie féminine, classiqueb temps / fondements masculine, classiquec architecture / nature féminine, classiqued verts / hivers masculine, classiquee éclore / Flore féminine, classiquef moissons / saisons masculine, classiqueg profonde / monde féminine, classiqueh humains / sereins masculine, classiquei l’abondance / innocence féminine, classiquej enchanteurs / langueurs masculine, classiquek maîtresses / faiblesses féminine, classiquel fleurs / faveurs masculine, classiquem séduire / s’instruire féminine, classiquen serein / main masculine, classiqueo demi-nues / ingénues féminine, classiquep gazons / chansons masculine, classiqueq silence / Complaisance féminine, classiquer Désirs / Plaisirs masculine, classiques entrée / sacrée féminine, classiquet audacieux / yeux masculine, classiqueu tendre / entendre féminine, classiquev Peur / d’horreur masculine, classiquew livide / guide féminine, classiquex venin / main masculine, classiquey perfide / homicide féminine, classiquez fureurs / pleurs masculine, classiquea affreuse / malheureuse féminine, classiqueb éternel / cruel masculine, classiquec terre / guerre féminine, classiqued douceurs / cœurs masculine, classiquee conquêtes / têtes féminine, classiquef bienfaits / faits masculine, classiquea Rage / passage féminine, classiqueb allumés / enflammés masculine, classiquec terribles / invincibles féminine, classiqued tison / poison masculine, classiquee nature / injure féminine, classiquef serpents / triomphants masculine, classiqueg tranquille / civile féminine, classiqueh côtés / écartés masculine, classiquei poudre / foudre féminine, classiquej pardonner / m’enchaîner masculine, classiquek course / source féminine, classiquel abattu / vertu masculine, classiquem fatale / d’Omphale féminine, classiquen fers / l’univers masculine, classiqueo l’onde / monde féminine, classiquep guerriers / lauriers masculine, classiqueq altière / guerrière féminine, classiquer soutien / mien masculine, classiquea tremblante / effrayante féminine, classiqueb fleurs / fureurs masculine, classiquec dorées / azurées féminine, classiqued Plaisirs / Zéphyrs masculine, classiquea joie / Troie féminine, classiqueb renommés / consumés masculine, classiqued destin / sein masculine, classiquea Sicile / Virgile féminine, classiqueb nouveaux / eaux masculine, classiquec Aréthuse / Vaucluse féminine, classiqued jours / amours masculine, classiquee l’Eure / structure féminine, équivalentef enlacés / tracés masculine, classiqueg Grâces / traces féminine, classiquea enfin / dessein masculine, classiqueb guerre / tonnerre féminine, classiquec guérets / forêts masculine, classiqued inhumaine / chaîne féminine, classiquee calmés / armés masculine, classiquef orages / nuages féminine, classiqueg airs / éclairs masculine, classiquea fidèles / ailes féminine, classiqueb jour / l’Amour masculine, classiquea humide / guide féminine, classiqueb flambeau / nouveau masculine, classiquec sombres / ombres féminine, classiqued troublés / exhalés masculine, classiquee passagère / éclaire féminine, classiquea climats / pas masculine, classiqueb solitaire / père féminine, classiquec hasards / étendards masculine, classiqued nature / mesure féminine, classiquee l’Eurotas / Ménélas masculine, classiquef paraître / maître féminine, classiqueg Cydnus / Vénus masculine, classiqueh redoutable / inévitable féminine, classiquei généreux / vœux masculine, classiquej nouvelle / naturelle féminine, classiquek sein / serein masculine, classiquea surprendre / rendre féminine, classiqueb carquois / voix masculine, classiquec prochaine / Mayenne féminine, classiqued mots / héros masculine, classiquee nouvelle / belle féminine, classiquef d’appas / pas masculine, classiqueg parure / nature féminine, classiqueh vents / naissants masculine, classiquei inexprimable / aimable féminine, classiquej austérité / beauté masculine, classiquek enfantine / divine féminine, classiquel désirs / plaisirs masculine, classiquea possible / invincible féminine, classiqueb sein / soudain masculine, classiquec feuillage / ombrage féminine, classiqued arrêter / quitter masculine, classiquee enchanteresse / ivresse féminine, classiquef devoir / pouvoir masculine, classiqueg soupirent / respirent féminine, classiqueh champs / chants masculine, classiquei l’aurore / éclore féminine, classiquej soupirs / désirs masculine, classiquek retraites / imparfaites féminine, classiquel troupeaux / fuseaux masculine, classiquem d’Estrée / attirée féminine, classiquea immortelle / rappelle féminine, classiqueb lui / appui masculine, classiquec enivrée / d’Estrée féminine, classiquea étonnés / consternés masculine, classiqueb croire / gloire féminine, classiquec abattus / vaincus masculine, classiquea France / absence féminine, classiqueb Louis / fils masculine, classiquea hémisphère / terre féminine, classiqueb révérés / consacrés masculine, classiquec licence / l’insolence féminine, classiqued divin / Calvin masculine, classiquee instruire / conduire féminine, classiquef païens / chrétiens masculine, classiquea austère / plaire féminine, classiqueb discours / amours masculine, classiquec délices / précipices féminine, classiqued infecté / pureté masculine, classiquee fortunée / étonnée féminine, classiquef clairs / mers masculine, classiquea Sagesse / Mollesse féminine, classiqueb humains / destins masculine, classiquec victoire / gloire féminine, classiqued courts / jours masculine, classiquea colère / sévère féminine, classiqueb vengeur / cœur masculine, classiquec charmes / armes féminine, classiqued yeux / lieux masculine, classiquea claire / mystère féminine, classiqueb appas / bras masculine, classiquec charmes / larmes féminine, classiqued amants / saisissements masculine, classiquee inspire / décrire féminine, classiquef repos / héros masculine, classiqueg trempée / épée féminine, classiqueh mains / humains masculine, classiquei faiblesse / allégresse féminine, classiquej instants / serpents masculine, classiquek sommeille / réveille féminine, classiquea languit / rougit masculine, classiqueb présence / silence féminine, classiquec baissés / assez masculine, classiqued tristesse / faiblesse féminine, classiquee témoin / soin masculine, classiquef colère / plaire féminine, classiqueg toi / moi masculine, classiqueh ravie / l’ignominie féminine, classiquei mutiné / enchaîné masculine, classiquej victoire / Gloire féminine, classiquek terreur / erreur masculine, classiquea maître / paraître féminine, classiqueb défenseur / cœur masculine, classiquec lustre / illustre féminine, classiqued lieux / adieux masculine, classiquee adore / encore féminine, classiquef attiré / désespéré masculine, classiqueg évanouie / vie féminine, classiqueh couverts / airs masculine, classiquei éternelle / belle féminine, classiquej yeux / feux masculine, classiquek amante / mourante féminine, classiquel vain / soudain masculine, classiquem d’elle / rappelle féminine, classiquen douceur / l’auteur masculine, classiquea inflexible / sensible féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquec surmonte / honte féminine, classique
Richesse
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366 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Voltaire, Paris, Garnier, 1877-1883· numérisation wikisource.org· Sources