La Pucelle d’Orléans, 1752
Chant Viii
Argument Comment le charmant La Trimouille rencontra un Anglais à Notre-Dame de Lorette, et ce qui s’ensuivit avec sa Dorothée.
Que cette histoire‖ est sage, intéressante !Comme elle forme‖ et l'esprit et le cœur !Comme on y voit‖ la vertu triomphante,Des chevaliers‖ le courage et l'honneur,Les droits des rois,‖ des belles la pudeur !C'est un jardin‖ dont tout le tour m'enchantePar sa culture‖ et sa variété.J'y vois surtout‖ l'aimable chasteté,Des belles fleurs‖ la fleur la plus brillante,Comme un lis blanc‖ que le ciel a planté,Levant sans tache‖ une tête éclatante.Filles, garçons,‖ lisez assidûmentDe la vertu‖ ce divin rudiment :Il fut écrit‖ par notre abbé Trithème,Savant Picard,‖ de son siècle ornement ;Il prit Agnès‖ et Jeanne pour son thème.Que je l'admire,‖ et que je me sais gréD'avoir toujours‖ hautement préféréCette lecture‖ honnête et profitableA ce fatras‖ d'insipides romansQue je vois naître‖ et mourir tous les ans,De cerveaux creux‖ avortons languissants !De Jeanne d'Arc‖ l'histoire véritableTriomphera‖ de l'envie et du temps.Le vrai me plaît,‖ le vrai seul est durable.De Jeanne d'Arc‖ cependant, cher lecteur,En ce moment‖ je ne puis rendre compte ;Car Dorothée,‖ et Dunois son vengeur,Et La Trimouille,‖ objet de son ardeur,Ont de grands droits ;‖ et j'avouerai sans honteQu'avec raison‖ vous vouliez être instruitDes beaux effets‖ que leur amour produit.Près d'Orléans‖ vous avez souvenanceQue La Trimouille,‖ ornement du Poitou,Pour son bon roi‖ signalant sa vaillance,Dans un fossé‖ fut plongé jusqu'au cou.Ses écuyers‖ tirèrent avec peine,Du sale fond‖ de la fangeuse arène,Notre héros,‖ en cent endroits froissé,Un bras démis,‖ le coude fracassé.Vers les remparts‖ de la ville assiégéeOn reportait‖ sa figure affligée ;Mais de Talbot‖ les efforts vigilantsAvaient fermé‖ les chemins d'Orléans.On transporta,‖ de crainte de surprise,Mon paladin‖ par de secrets détours,Sur un brancard,‖ en la cité de Tours,Cité fidèle,‖ au roi Charles soumise.Un charlatan,‖ arrivé de Venise,Adroitement‖ remit son radius,Dont le pivot‖ rejoignit l'humérus.Son écuyer‖ lui fit bientôt connaîtreQu'il ne pouvait‖ retourner vers son maître,Que les chemins‖ étaient fermés pour lui.Le chevalier,‖ fidèle à sa tendresse,Se résolut,‖ dans son cuisant ennui,D'aller au moins‖ rejoindre sa maîtresse.Il courut donc,‖ à travers cent hasards,Au beau pays‖ conquis par les Lombards.En arrivant‖ aux portes de la ville,Le Poitevin‖ est entouré, heurté.Pressé des flots‖ d'une foule imbécile,Qui d'un pas lourd,‖ et d'un œil hébété,Court à Milan‖ des campagnes voisines ;Bourgeois, manants,‖ moines, bénédictines,Mères, enfants ;‖ c'est un bruit, un concours,Un chamaillis ;‖ chacun se précipite ;On tombe, on crie :‖ « Arrivons, entrons vite :Nous n'aurons pas‖ tels plaisirs tous les jours. »Le paladin‖ sut bientôt quelle fêteAllait chômer‖ ce bon peuple lombard,Et quel spectacle‖ à ses yeux on apprête.« Ma Dorothée !‖ ô ciel ! » Il dit, et part ;Et son coursier,‖ s'élançant sur la têteDes curieux,‖ le porte en quatre bondsDans les faubourgs,‖ dans la ville, à la placeOù du bâtard‖ la généreuse audaceA dissipé‖ tous ces monstres félons ;Où Dorothée,‖ interdite, éperdue,Osait à peine‖ encor lever la vue.L'abbé Trithème,‖ avec tout son talent,N'eût pu jamais‖ nous faire la peintureDe la surprise‖ et du saisissement,Et des transports‖ dont cette âme si pureFut pénétrée‖ en voyant son amant.Quel coloris,‖ quel pinceau pourrait rendreCe doux mélange‖ et si vif et si tendre,L'impression‖ d'un reste de douleur,La douce joie‖ où se livrait son cœur,Son embarras,‖ sa pudeur, et sa honte,Que par degrés‖ la tendresse surmonte ?Son La Trimouille,‖ ardent, ivre d'amour,Entre ses bras‖ la tient longtemps serrée,Faible, attendrie,‖ encor tout éplorée ;Il embrassait,‖ il baisait tour à tourLe grand Dunois,‖ et sa maîtresse, et l'âne.Tout le beau sexe,‖ aux fenêtres penché,Battait des mains,‖ de tendresse touché ;On voyait fuir‖ tous les gens à soutaneSur les débris‖ du bûcher renversé,Qui dans le sang‖ nage au loin dispersé,Sur ces débris‖ le bâtard intrépideDe Dorothée‖ affermissant les pas,A l'air, le port,‖ et le maintien d'Alcide,Qui, sous ses pieds‖ enchaînant le trépas,Le triple chien,‖ et la triple Euménide,Remit Alceste‖ à son dolent époux,Quoique en secret‖ il fût un peu jaloux.Avec honneur‖ la belle DorothéeFut en litière‖ à son logis portée,Des deux héros‖ noblement escortée.Le lendemain,‖ le bâtard généreuxVint près du lit‖ du beau couple amoureux.« Je sens, dit-il,‖ que je suis inutileAux doux plaisirs‖ que vous goûtez tous deuxIl me convient‖ de sortir de la ville ;Jeanne et mon roi‖ me rappellent près d'eux ;Il faut les joindre,‖ et je sens trop que JeanneDoit regretter‖ la perte de son âne.Le grand Denys,‖ le patron de nos lois,M'a cette nuit‖ présenté sa figure :J'ai vu Denys‖ tout comme je vous vois.Il me prêta‖ sa divine monture,Pour secourir‖ les dames et les rois :Denys m'enjoint‖ de revoir ma patrie.Grâces au ciel,‖ Dorothée est servie ;Je dois servir‖ Charles sept à son tour.Goûtez les fruits‖ de votre tendre amour.A mon bon roi‖ je vais donner ma vie ;Le temps me presse,‖ et mon âne m'attend.— Sur mon cheval‖ je vous suis à l'instant,Lui répliqua‖ l'aimable La Trimouille.La belle dit :‖ « C'est aussi mon projet ;Un désir vif‖ dès longtemps me chatouilleDe contempler‖ la cour de Charles sept,Sa cour si belle,‖ en héros si féconde,Sa tendre Agnès,‖ qui gouverne son cœur,Sa fière Jeanne,‖ en qui valeur abonde.Mon cher amant,‖ mon cher libérateur,Me conduiraient‖ jusques au bout du monde.Mais sur le point‖ d'être cuite en ce lieu,En récitant‖ ma prière secrète,Je fis tout bas‖ à la Vierge un beau vœuDe visiter‖ sa maison de Lorette,S'il lui plaisait‖ de me tirer du feu.Tout aussitôt‖ la mère du bon DieuVous députa‖ sur votre âne céleste ;Vous me sauvez‖ de ce bûcher funeste,Je vis par vous :‖ mon vœu doit se tenir,Sans quoi la Vierge‖ a droit de me punir.— Votre discours‖ est très-juste et très-sage,Dit La Trimouille ;‖ et ce pèlerinageEst à mes yeux‖ un devoir bien sacré ;Vous permettrez‖ que je sois du voyage.J'aime Lorette,‖ et je vous conduirai.Allez, Dunois,‖ par la plaine étoilée,Fendez les airs,‖ volez aux champs de Blois ;Nous vous joindrons‖ avant qu'il soit un mois.Et vous, madame,‖ à Lorette appelée,Venez remplir‖ votre vœu si pieux ;Moi j'en fais un‖ digne de vos beaux yeux :C'est de prouver‖ à toute heure, en tous lieux,A tout venant,‖ par l'épée et la lance,Que vous devez‖ avoir la préférenceSur toute fille‖ ou femme de renom ;Que nulle n'est‖ et si sage et si belle. »Elle rougit.‖ Cependant le grisonFrappe du pied,‖ s'élève sur son aile,Plane dans l'air,‖ et, laissant l'horizon,Porte Dunois‖ vers les sources du Rhône.Le Poitevin‖ prend le chemin d'AncôneAvec sa dame,‖ un bourdon dans la main,Portant tous deux‖ chapeau de pèlerin,Bien relevé‖ de coquilles bénies.A leur ceinture‖ un rosaire pendaitDe beaux grains d'or‖ et de perles unies.Le paladin‖ souvent le récitait,Disait Ave :‖ la belle répondaitPar des soupirs‖ et par des litanies ;Et je vous aime‖ était le doux refrainDes oremus‖ qu'ils chantaient en chemin.Ils vont à Parme,‖ à Plaisance, à Modène,Dans Urbino,‖ dans la tour de Césène,Toujours logés‖ dans de très-beaux châteauxDe princes, ducs,‖ comtes, et cardinaux.Le paladin‖ eut partout l'avantageDe soutenir‖ que dans le monde entierIl n'est beauté‖ plus aimable et plus sageQue Dorothée ;‖ et nul n'osa nierCe qu'avançait‖ un si grand personnage :Tant les seigneurs‖ de tout ce beau cantonAvaient d'égards‖ et de discrétion.Enfin portés‖ sur les bords du Musône,Près Ricanate‖ en la Marche d'Ancône,Les pèlerins‖ virent briller de loinCette maison‖ de la sainte Madone,Ces murs divins‖ de qui le ciel prend soin ;Murs convoités‖ des avides corsaires,Et qu'autrefois‖ des anges tutélairesFirent voler‖ dans les plaines des airs,Comme un vaisseau‖ qui fend le sein des mers.A Loretto‖ les anges s'arrêtèrent ;Les murs sacrés‖ d'eux-mêmes se fondèrent ;Et ce que l'art‖ a de plus précieux,De plus brillant,‖ de plus industrieux,Fut employé‖ depuis par les saints pères,Maîtres du monde,‖ et du ciel grands vicaires,A l'ornement‖ de ces augustes lieux.Les deux amants‖ de cheval descendirent,D'un cœur contrit‖ à deux genoux se mirent ;Puis chacun d'eux,‖ pour accomplir son vœu,Offrit des dons‖ pleins de magnificence,Tous acceptés‖ avec reconnaissancePar la Madone‖ et les moines du lieu.Au cabaret‖ les deux amants dînèrent ;Et ce fut là‖ qu'à table ils rencontrèrentUn brave Anglais,‖ fier, dur, et sans souci,Qui venait voir‖ la sainte Vierge aussiPar passe-temps,‖ se moquant dans son âmeEt de Lorette,‖ et de sa Notre-Dame :Parfait Anglais,‖ voyageant sans dessein,Achetant cher‖ de modernes antiques,Regardant tout‖ avec un air hautain,Et méprisant‖ les saints et leurs reliques.De tout Français‖ c'est l'ennemi mortel,Et son nom est‖ Christophe d'Arondel.Il parcourait‖ tristement l'Italie ;Et se sentant‖ fort sujet à l'ennui,Il amenait‖ sa maîtresse avec lui,Plus dédaigneuse‖ encor, plus impolie,Parlant fort peu,‖ mais belle, faite au tour,Douce la nuit,‖ insolente le jour,A table, au lit,‖ par caprice emportée,Et le contraire‖ en tout de Dorothée.Le beau baron,‖ du Poitou l'ornement,Lui fit d'abord‖ un petit compliment,Sans recevoir‖ aucune repartie ;Puis il parla‖ de la vierge Marie ;Puis il conta‖ comme il avait promis,Chez les Lombards,‖ à monsieur saint Denys,De soutenir‖ en tout lieu la sagesseEt la beauté‖ de sa chère maîtresse.« Je crois, dit-il‖ au dédaigneux Breton,Que votre dame‖ est noble et d'un grand nom,Qu'elle est surtout‖ aussi sage que belle ;Je crois encor,‖ quoiqu'elle n'ait rien dit,Que dans le fond‖ elle a beaucoup d'esprit :Mais Dorothée‖ est fort au-dessus d'elle,Vous l'avouerez ;‖ on peut, sans l'abaisser,Au second rang‖ dignement la placer. »Le fier Anglais,‖ à ce discours honnête,Le regarda‖ des pieds jusqu'à la tête.« Pardieu, dit-il,‖ il m'importe fort peuQue vous ayez‖ à Denys fait un vœu ;Et peu me chaut‖ que votre damoiselleSoit sage ou folle,‖ et soit ou laide ou belleChacun se doit‖ contenter de son bienTout uniment,‖ sans se vanter de rien.Mais puisqu'ici‖ vous avez l'impudenceD'oser prétendre‖ à quelque préférenceSur un Anglais,‖ je vous enseigneraiVotre devoir,‖ et je vous prouveraiQue tout Anglais,‖ en affaires pareilles,A tout Français‖ donne sur les oreilles ;Que ma maîtresse,‖ en figure, en couleur,En gorge, en bras,‖ cuisses, taille, rondeur,Même en sagesse,‖ en sentiments d'honneur,Vaut cent fois mieux‖ que votre pèlerine ;Et que mon roi‖ (dont je fais peu de cas),Quand il voudra,‖ saura bien mettre à basEt votre maître,‖ et sa grosse héroïne.— Eh bien ! reprit‖ le noble Poitevin,Sortons de table,‖ éprouvons-nous soudain ;A vos dépens‖ je soutiendrai peut-êtreMon tendre amour,‖ mon pays, et mon maître.Mais comme il faut‖ être toujours courtois,De deux combats‖ je vous laisse le choix,Soit à cheval,‖ soit à pied ; l'un et l'autreMe sont égaux :‖ mon choix suivra le vôtre.— A pied, mordieu !‖ dit le rude Breton ;Je n'aime point‖ qu'un cheval ait la gloireDe partager‖ ma peine et ma victoire.Point de cuirasse,‖ et point de morion ;C'est, à mon sens,‖ une arme de poltron ;Il fait trop chaud,‖ j'aime à combattre à l'aise.Je veux tout nu‖ vous soutenir ma thèse :Nos deux beautés‖ jugeront mieux des coups.— Très-volontiers,‖ » dit d'un ton noble et douxLe beau Français.‖ Sa chère DorothéeFrémit de crainte‖ à ce défi cruel,Quoique en secret‖ son âme fût flattéeD'être l'objet‖ d'un si noble duel.Elle tremblait‖ que Christophe ArondelNe transperçât‖ de quelque coup mortelLa douce peau‖ de son cher La Trimouille,Que de ses pleurs‖ tendrement elle mouille.La dame anglaise‖ animait son AnglaisD'un coup d'œil fier‖ et sûr de ses attraits.Elle n'avait‖ jamais versé de larmes ;Son cœur altier‖ se plaisait aux alarmes ;Et les combats‖ des coqs de son paysAvaient été‖ ses passe-temps chéris.Son nom était‖ Judith de Rosamore,Cher à Bristol,‖ et que Cambridge honore.Voilà déjà‖ nos braves paladinsDans un champ clos,‖ près d'en venir aux mains :Tous deux charmés,‖ dans leurs nobles querellesDe soutenir‖ leur patrie et leurs belles.La tête haute,‖ et le fer de droit fil,Le bras tendu,‖ le corps en son profil,En tierce, en quarte,‖ ils joignent leurs épées,L'une par l'autre‖ à tout moment frappées.C'est un plaisir‖ de les voir se baisser,Se relever,‖ reculer, avancer,Parer, sauter,‖ se ménager des feintes,Et se porter‖ les plus rudes atteintes.Ainsi l'on voit‖ dans une belle nuit,Sous le lion‖ ou sous la canicule,Tout l'horizon‖ qui s'enflamme et qui brûleDe mille feux‖ dont notre œil s'éblouit :Un éclair passe,‖ un autre éclair le suit.Le Poitevin‖ adresse une apostropheDroit au menton‖ du superbe Christophe ;Puis en arrière‖ il saute allègrement,Toujours en garde ;‖ et Christophe à l'instantEngage en tierce,‖ et, serrant la mesure,Au ferrailleur‖ inflige une blessureSur une cuisse ;‖ et de sang empourpréCe bel ivoire‖ est teint et bigarré.Ils s'acharnaient‖ à cette noble escrime,Voulant mourir‖ pour jouir de l'estimeDe leur maîtresse,‖ et pour bien déciderQuelle beauté‖ doit à l'autre céder ;Lorsqu'un bandit‖ des États du saint-pèreAvec sa troupe‖ entra dans ces cantonsPour s'acquitter‖ de ses dévotions.Le scélérat‖ se nommait Martinguerre,Voleur de jour,‖ voleur de nuit, corsaire,Mais saintement‖ à la Vierge attaché,Et sans manquer‖ récitant son rosaire,Pour être pur‖ et net de tout péché.Il aperçut‖ sur le pré les deux belles,Et leurs chevaux,‖ et leurs brillantes selles,Et leurs mulets‖ chargés d'or et d'agnus.Dès qu'il les vit,‖ on ne les revit plus.Il vous enlève‖ et Judith Rosamore,Et Dorothée,‖ et le bagage encore,Mulets, chevaux,‖ et part comme un éclair.Les champions‖ tenaient toujours en l'air,A poing fermé,‖ leurs brandissantes lames,Et ferraillaient‖ pour l'honneur de ces dames.Le Poitevin‖ s'avise le premierQue sa maîtresse‖ est comme disparue.Il voit de loin‖ courir son écuyer ;Il s'ébahit,‖ et son arme pointueReste en sa main‖ sans force et sans effet.Sire Arondel‖ demeure stupéfait.Tous deux restaient‖ la prunelle effarée,Bouche béante,‖ et la mine égarée,L'un contre l'autre.‖ » Oh ! oh ! dit le Breton,Dieu me pardonne,‖ on nous a pris nos belles ;Nous nous donnons‖ cent coups d'estramaçonTrès-sottement ;‖ courons vite après elles,Reprenons-les,‖ et nous nous rebattronsPour leurs beaux yeux‖ quand nous les trouverons. »L'autre en convient,‖ et, différant la fête,En bons amis‖ ils se mettent en quêteDe leur maîtresse.‖ A peine ils font cent pas,Que l'un s'écrie :‖ « Ah ! la cuisse ! ah ! le bras ! »L'autre criait‖ la poitrine et la tête ;Et n'ayant plus‖ ces esprits animauxQui vont au cœur‖ et qui font les héros,Ayant perdu‖ cette ardeur enflamméeAvec leur sang‖ au combat consumée,Tous deux meurtris,‖ faibles, et languissants,Sur le gazon‖ tombent en même tempsEt de leur sang‖ ils rougissent la terre.Leurs écuyers,‖ qui suivaient Martinguerre,Vont à sa piste,‖ et gagnent le pays.Les deux héros,‖ sans valets, sans habits,Et sans argent,‖ étendus dans la plaine,Manquant de tout,‖ croyaient leur fin prochaine ;Lorsqu'une vieille,‖ en passant vers ces lieux,Les voyant nus,‖ s'approcha plus près d'eux,Et eut pitié,‖ les fit sur des civièresPorter chez elle,‖ et par des restaurantsEn moins de rien‖ leur rendit tous leurs sens,Leur coloris,‖ et leurs forces premières.La bonne vieille,‖ en ce lieu respecté,Est en odeur‖ qu'on dit de sainteté.Devers Ancône‖ il n'est point de béate,Point d'âme sainte‖ en qui la grâce éclatePar des bienfaits‖ plus signalés, plus grands.Elle prédit‖ la pluie et le beau temps ;Elle guérit‖ les blessures légèresAvec de l'huile‖ et de saintes prières ;Elle a parfois‖ converti des méchants.Les paladins‖ à la vieille contèrentLeur aventure,‖ et conseil demandèrent.La décrépite‖ alors se recueillit,Pria Marie,‖ ouvrit la bouche, et dit :« Allez en paix,‖ aimez tous deux vos belles,Mais que ce soit‖ à bonne intention ;Et gardez-vous‖ de vous tuer pour elles.Les doux objets‖ de votre affectionSont maintenant‖ à des épreuves rudes ;Je plains leurs maux‖ et vos sollicitudes.Habillez-vous ;‖ prenez des chevaux frais,Ne manquez pas‖ le chemin qu'il faut prendre ;Le ciel par moi‖ daigne ici vous apprendre,Pour les trouver,‖ qu'il faut courir après. »Le Poitevin‖ admira l'énergieDe ce discours ;‖ et le Breton pensif,Lui dit : « Je crois‖ à votre prophétie,Nous poursuivrons‖ le voleur fugitif,Quand nous aurons‖ retrouvé des montures,Et des pourpoints,‖ et surtout des armures. »La vieille dit :‖ « On vous en fournira. »Un circoncis‖ par bonheur était là,Enfant barbu‖ d'Isâc et de Juda,Dont la belle âme,‖ à servir empressée,Faisait fleurir‖ la gent déprépucée.Le digne Hébreu‖ leur prêta galammentDeux mille écus‖ à quarante pour cent,Selon les us‖ de la race béniteEn Canaan‖ par Moïse conduite ;Et le profit‖ que le Juif s'arrogeaEntre la sainte‖ et lui se partagea.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Mètre
- Décasyllabes· profil 4+6
- Mots à la rime
- a intéressante / triomphante féminine, classiqueb cœur / l'honneur / pudeur masculine, classiquec m'enchante / brillante / éclatante féminine, classiqued variété / chasteté / planté masculine, classiquee assidûment / rudiment / ornement masculine, classiquef Trithème / thème féminine, classiqueg gré / préféré masculine, classiqueh profitable / véritable / durable féminine, classiquei romans / ans masculine, classiquej languissants / temps masculine, classiquek lecteur / vengeur / ardeur masculine, classiquel compte / honte féminine, classiquem instruit / produit masculine, classiquen souvenance / vaillance féminine, classiqueo Poitou / cou masculine, classiquep peine / arène féminine, classiqueq froissé / fracassé masculine, classiquer assiégée / affligée féminine, classiques vigilants / d'Orléans masculine, classiquet surprise / soumise / Venise féminine, classiqueu détours / Tours masculine, classiquev radius / l'humérus masculine, classiquew connaître / maître féminine, classiquex lui / ennui masculine, classiquey tendresse / maîtresse féminine, classiquez hasards / Lombards masculine, classiquea ville / imbécile féminine, classiqueb heurté / hébété masculine, classiquec voisines / bénédictines féminine, classiqued concours / jours masculine, classiquee précipite / vite féminine, classiquef fête / apprête / tête féminine, classiqueg lombard / part masculine, classiqueh bonds / félons masculine, classiquei place / audace féminine, classiquej éperdue / vue féminine, classiquek talent / saisissement / amant masculine, classiquel peinture / pure féminine, classiquem rendre / tendre féminine, classiquen douleur / cœur masculine, classiqueo honte / surmonte féminine, classiquep d'amour / tour masculine, classiqueq serrée / éplorée féminine, classiquer l'âne / soutane féminine, classiques penché / touché masculine, classiquet renversé / dispersé masculine, classiqueu intrépide / d'Alcide / Euménide féminine, classiquev pas / trépas masculine, classiquew époux / jaloux masculine, classiquex Dorothée / portée / escortée féminine, classiquey généreux / amoureux masculine, classiquez inutile / ville féminine, classiquea deux / d'eux masculine, classiqueb Jeanne / âne féminine, classiquec lois / vois / rois masculine, classiqued figure / monture féminine, classiquee patrie / servie / vie féminine, classiquef tour / amour masculine, classiqueg m'attend / l'instant masculine, classiqueh Trimouille / chatouille féminine, classiquei projet / sept masculine, classiquej féconde / abonde / monde féminine, classiquek cœur / libérateur masculine, classiquel lieu / vœu masculine, classiquem secrète / Lorette féminine, classiquen feu / Dieu masculine, classiqueo céleste / funeste féminine, classiquep tenir / punir masculine, classiqueq très-sage / pèlerinage / voyage féminine, classiquer sacré / conduirai masculine, classiques étoilée / appelée féminine, classiquet Blois / mois masculine, classiqueu pieux / yeux / lieux masculine, classiquev lance / préférence féminine, classiquew renom / grison / l'horizon masculine, classiquex belle / aile féminine, classiquey Rhône / d'Ancône féminine, classiquez main / pèlerin masculine, classiquea bénies / unies / litanies féminine, classiqueb pendait / récitait / répondait masculine, classiquec refrain / chemin masculine, classiqued Modène / Césène féminine, classiquee châteaux / cardinaux masculine, classiquef l'avantage / sage / personnage féminine, classiqueg entier / nier masculine, équivalenteh canton / discrétion masculine, classiquei Musône / d'Ancône / Madone féminine, classiquej loin / soin masculine, classiquek corsaires / tutélaires féminine, classiquel airs / mers masculine, classiquem s'arrêtèrent / fondèrent féminine, classiquen précieux / industrieux masculine, classiqueo pères / vicaires féminine, classiquep lieux / vœu / lieu masculine, classiqueq descendirent / mirent féminine, classiquer magnificence / reconnaissance féminine, classiques dînèrent / rencontrèrent féminine, classiquet souci / aussi masculine, classiqueu âme / Notre-Dame féminine, classiquev dessein / hautain masculine, classiquew antiques / reliques féminine, classiquex mortel / d'Arondel masculine, classiquey l'Italie / impolie féminine, classiquez l'ennui / lui masculine, classiquea tour / jour masculine, classiqueb emportée / Dorothée féminine, classiquec l'ornement / compliment masculine, classiqued repartie / Marie féminine, classiquee promis / Denys masculine, classiquef sagesse / maîtresse féminine, équivalenteg Breton / nom masculine, classiqueh belle / d'elle féminine, classiquei dit / d'esprit masculine, classiquej l'abaisser / placer masculine, classiquek honnête / tête féminine, classiquel peu / vœu masculine, non classiquem damoiselle / belle féminine, classiquen bien / rien masculine, classiqueo l'impudence / préférence féminine, classiquep enseignerai / prouverai masculine, classiqueq pareilles / oreilles féminine, classiquer couleur / rondeur / d'honneur masculine, classiques pèlerine / héroïne féminine, classiquet cas / bas masculine, classiqueu Poitevin / soudain masculine, classiquev peut-être / maître féminine, classiquew courtois / choix masculine, classiquex l'autre / vôtre féminine, classiquey Breton / morion / poltron masculine, classiquez gloire / victoire féminine, classiquea l'aise / thèse féminine, classiqueb coups / doux masculine, classiquec Dorothée / flattée féminine, classiqued cruel / duel masculine, classiquee Arondel / mortel masculine, classiquef Trimouille / mouille féminine, classiqueg Anglais / attraits masculine, classiqueh larmes / alarmes féminine, classiquei pays / chéris masculine, classiquej Rosamore / honore féminine, classiquek paladins / mains masculine, classiquel querelles / belles féminine, classiquem fil / profil masculine, classiquen épées / frappées féminine, classiqueo baisser / avancer masculine, classiquep feintes / atteintes féminine, classiqueq nuit / s'éblouit / suit masculine, classiquer canicule / brûle féminine, classiques apostrophe / Christophe féminine, classiquet allègrement / l'instant masculine, classiqueu mesure / blessure féminine, classiquev empourpré / bigarré masculine, classiquew escrime / l'estime féminine, classiquex décider / céder masculine, classiquey saint-père / Martinguerre féminine, classiquez cantons / dévotions masculine, classiquea corsaire / rosaire féminine, classiqueb attaché / péché masculine, classiquec belles / selles féminine, classiqued d'agnus / plus masculine, classiquee Rosamore / encore féminine, classiquef éclair / l'air masculine, classiqueg lames / dames féminine, classiqueh premier / écuyer masculine, classiquei disparue / pointue féminine, classiquej effet / stupéfait masculine, classiquek effarée / égarée féminine, classiquel Breton / d'estramaçon masculine, classiquem belles / elles féminine, classiquen rebattrons / trouverons masculine, classiqueo fête / quête / tête féminine, classiquep pas / bras masculine, classiqueq animaux / héros masculine, classiquer enflammée / consumée féminine, classiquet terre / Martinguerre féminine, classiqueu pays / habits masculine, classiquev plaine / prochaine féminine, classiquew lieux / d'eux masculine, classiquex civières / premières féminine, classiquey restaurants / sens masculine, classiquez respecté / sainteté masculine, classiquea béate / éclate féminine, classiqueb grands / temps / méchants masculine, classiquec légères / prières féminine, classiqued contèrent / demandèrent féminine, classiquee recueillit / dit masculine, classiqueg intention / affection masculine, classiqueh rudes / sollicitudes féminine, classiquei frais / après masculine, classiquej prendre / apprendre féminine, classiquek l'énergie / prophétie féminine, classiquel pensif / fugitif masculine, classiquem montures / armures féminine, classiquen fournira / là / Juda masculine, classiqueo empressée / déprépucée féminine, classiquep galamment / cent masculine, classiqueq bénite / conduite féminine, classiquer s'arrogea / partagea masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
428 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète de Voltaire, Paris, Furne, Libraire-Éditeur, 1835· numérisation poesies.net· Sources