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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La Pucelle d’Orléans, 1752

Chant X

Voltaire· strophe unique, décasyllabes, 427 vers

Argument Agnès Sorel poursuivie par l’aumônier de Jean Chandos. Regrets de son amant, etc. Ce qui advint à la belle Agnès dans un couvent.

Eh quoi ! toujours‖ clouer une préfaceA tous mes chants !‖ la morale me lasse ;Un simple fait‖ conté naïvement,Ne contenant‖ que la vérité pure,Narré succinct,‖ sans frivole ornement,Point trop d'esprit,‖ aucun raffinement,Voilà de quoi‖ désarmer la censure.Allons au fait,‖ lecteur, tout rondement,C'est mon avis.‖ Tableau d'après nature,S'il est bien fait,‖ n'a besoin de bordure.Le bon roi Charle,‖ allant vers Orléans,Enflait le cœur‖ de ses fiers combattants,Les remplissait‖ de joie et d'espérance,Et relevait‖ le destin de la France.Il ne parlait‖ que d'aller aux combats,Il étalait‖ une fière allégresse ;Mais en secret‖ il soupirait tout bas,Car il était‖ absent de sa maîtresse.L'avoir laissée,‖ avoir pu seulementDe son Agnès‖ s'écarter un moment,C'était un trait‖ d'une vertu suprême,C'était quitter‖ la moitié de soi-même.Lorsqu'il se fut‖ au logis renfermé,Et qu'en son cœur‖ il eut un peu calméL'emportement‖ du démon de la gloire,L'autre démon‖ qui préside à l'amourVint à ses sens‖ s'expliquer à son tour ;Il plaidait mieux :‖ il gagna la victoire.D'un air distrait,‖ le bon prince écoutaTous les propos‖ dont on le tourmenta :Puis en sa chambre‖ en secret il alla,Où, d'un cœur triste‖ et d'une main tremblante,Il écrivit‖ une lettre touchante,Que de ses pleurs‖ tendrement il mouilla ;Pour les sécher‖ Bonneau n'était pas là.Certain butor,‖ gentilhomme ordinaire,Fut dépêché,‖ chargé du doux billet.Une heure après,‖ ô douleur trop amère !Notre courrier‖ rapporte le poulet.Le roi, saisi‖ d'une alarme mortelle,Lui dit : « Hélas !‖ pourquoi donc reviens-tu ?Quoi ! mon billet ?‖… — Sire, tout est perdu ;Sire, armez-vous‖ de force et de vertu.Les Anglais… Sire…‖ ah ! tout est confondu ;Sire… ils ont pris‖ Agnès et la Pucelle. »A ce propos‖ dit sans ménagement,Le roi tomba,‖ perdit tout sentiment,Et de ses sens‖ il ne reprit l'usageQue pour sentir‖ l'effet de son tourment.Contre un tel coup‖ quiconque a du courageN'est pas, sans doute,‖ un véritable amant :Le roi l'était ;‖ un tel événementLe transperçait‖ de douleur et de rage.Ses chevaliers‖ perdirent tous leurs soinsA l'arracher‖ à sa douleur cruelle ;Charles fut prêt‖ d'en perdre la cervelle :Son père, hélas !‖ devint fou pour bien moins.« Ah ! cria-t-il,‖ que l'on m'enlève Jeanne,Mes chevaliers,‖ tous mes gens à soutane,Mon directeur‖ et le peu de paysQue m'ont laissé‖ mes destins ennemis !Cruels Anglais,‖ ôte-moi plus encore,Mais laissez-moi‖ ce que mon cœur adore.Amour, Agnès,‖ monarque malheureux !Que fais-je ici,‖ m'arrachant les cheveux ?Je l'ai perdue,‖ il faudra que j'en meure ;Je l'ai perdue,‖ et pendant que je pleure,Peut-être, hélas !‖ quelque insolent AnglaisA son plaisir‖ subjugue ses attraits,Nés seulement‖ pour des baisers français.Une autre bouche‖ à tes lèvres charmantesPourrait ravir‖ ces faveurs si touchantes !Une autre main‖ caresser tes beautés !Un autre… ô ciel !‖ que de calamités !Et qui sait même,‖ en ce moment terrible,A leurs plaisirs‖ si tu n'es pas sensible ?Qui sait, hélas !‖ si ton tempéramentNe trahit pas‖ ton malheureux amant ? »Le triste roi,‖ de cette incertitudeNe pouvant plus‖ souffrir l'inquiétude,Va sur ce cas‖ consulter les docteurs,Nécromanciens,‖ devins, sorboniqueurs,Juifs, jacobins,‖ quiconque savait lire.« Messieurs, dit-il,‖ il convient de me direSi mon Agnès‖ est fidèle à sa foi,Si pour moi seul‖ sa belle âme soupire :Gardez-vous bien‖ de tromper votre roi ;Dites-moi tout ;‖ de tout il faut m'instruire. »Eux bien payés‖ consultèrent soudainEn grec, hébreu,‖ syriaque, latin :L'un du roi Charle‖ examine la main,L'autre en carré‖ dessine une figure ;Un autre observe‖ et Vénus, et Mercure ;Un autre va,‖ son psautier parcourant,Disant amen,‖ et tout bas murmurant ;Cet autre-ci‖ regarde au fond d'un verre,Et celui-là‖ fait des cercles à terre :Car c'est ainsi‖ que dans l'antiquitéOn a toujours‖ cherché la vérité.Aux yeux du prince‖ ils travaillent, ils suent ;Puis, louant Dieu,‖ tous ensemble ils concluentQue ce grand roi‖ peut dormir en repos,Qu'il est le seul,‖ parmi tous les héros,A qui le ciel,‖ par sa grâce infinie,Daigne octroyer‖ une fidèle amie ;Qu'Agnès est sage,‖ et fuit tous les amants :Puis fiez-vous‖ à messieurs les savants !Cet aumônier‖ terrible, inexorable,Avait saisi‖ le moment favorable :Malgré les cris,‖ malgré les pleurs d'Agnès,Il triomphait‖ de ses jeunes attraits,Il ravissait‖ des plaisirs imparfaits ;Transports grossiers,‖ volupté sans tendresse,Triste union‖ sans douceur, sans caresse,Plaisirs honteux‖ qu'Amour ne connaît pas :Car qui voudrait‖ tenir entre ses brasUne beauté‖ qui détourne la bouche,Qui de ses pleurs‖ inonde votre couche ?Un honnête homme‖ a bien d'autres désirs :Il n'est heureux‖ qu'en donnant des plaisirs.Un aumônier‖ n'est pas si difficile ;Il va piquant‖ sa monture indocile,Sans s'informer‖ si le jeune tendronSous son empire‖ a du plaisir ou non.Le page aimable,‖ amoureux et timide,Qui dans le bourg‖ était allé courir,Pour dignement‖ honorer et servirLa déité‖ qui de son sort décide,Revint enfin.‖ Las ! il revint trop tard.Il entre, il voit‖ le damné de frappart,Qui, tout en feu,‖ dans sa brutale joieSe démenait‖ et dévorait sa proie.Le beau Monrose,‖ à cet objet fatal,Le fer en main,‖ vole sur l'animal.Du chapelain‖ l'impudique furieCède au besoin‖ de défendre sa vie ;Du lit il saute,‖ il empoigne un bâton,Il s'en escrime,‖ il accole le page.Chacun des deux‖ est brave champion ;Monrose est plein‖ d'amour et de courage,Et l'aumônier‖ de luxure et de rage.Les gens heureux‖ qui goûtent dans les champsLa douce paix‖ fruit des jours innocents,Ont vu souvent,‖ près de quelque bocage,Un loup cruel,‖ affamé de carnage,Qui de ses dents‖ déchire la toisonEt boit le sang‖ d'un malheureux mouton.Si quelque chien,‖ à l'oreille écourtée,Au cœur superbe,‖ à la gueule endentée,Vient comme un trait,‖ tout prêt à guerroyer,Incontinent‖ l'animal carnassierLaisse tomber‖ de sa gueule écumanteSur le gazon‖ la victime innocente ;Il court au chien,‖ qui, sur lui s'élançant,A l'ennemi‖ livre un combat sanglant ;Le loup mordu,‖ tout bouillant de colère,Croit étrangler‖ son superbe adversaire ;Et le mouton,‖ palpitant auprès d'eux,Fait pour le chien‖ de très-sincères vœux.C'était ainsi‖ que l'aumônier nerveux,D'un cœur farouche‖ et d'un bras formidable,Se débattait‖ contre le page aimable ;Tandis qu'Agnès,‖ demi-morte de peur,Restait au lit,‖ digne prix du vainqueur.L'hôte et l'hôtesse,‖ et toute la famille,Et les valets,‖ et la petite fille,Montent au bruit ;‖ on se jette entre-deux :On fit sortit‖ l'aumônier scandaleux ;Et contre lui‖ chacun fut pour le page :Jeunesse et grâce‖ ont partout l'avantage.Le beau Monrose‖ eut donc la libertéDe rester seul‖ auprès de sa beauté ;Et son rival,‖ hardi dans sa détresse,Sans s'étonner‖ alla chanter sa messe.Agnès honteuse,‖ Agnès au désespoirQu'un sacristain‖ à ce point l'eût pollue,Et plus encor‖ qu'un beau page l'eût vueDans le combat‖ indignement vaincue,Versait des pleurs,‖ et n'osait plus le voir.Elle eût voulu‖ que la mort la plus prompteFermât ses yeux‖ et terminât sa honte ;Elle disait,‖ dans son grand désarroi,Pour tout discours :‖ « Ah ! monsieur, tuez-moi.— Qui, vous, mourir !‖ lui répondit Monrose ;Je vous perdrais !‖ ce prêtre en serait cause !Ah ! croyez-moi,‖ si vous aviez péché,Il faudrait vivre‖ et prendre patience :Est-ce à nous deux‖ de faire pénitence ?D'un vain remords‖ votre cœur est touché,Divine Agnès :‖ quelle erreur est la vôtre,De vous punir‖ pour le péché d'un autre ! »Si son discours‖ n'était pas éloquent,Ses yeux l'étaient ;‖ un feu tendre et touchantInsinuait‖ à la belle attendrieQuelque désir‖ de conserver la vie.Fallut dîner :‖ car malgré nos chagrins(Chétif mortel,‖ j'en ai l'expérience),Les malheureux‖ ne font point abstinence ;En enrageant‖ on fait encor bombance ;Voilà pourquoi‖ tous ces auteurs divins,Ce bon Virgile,‖ et ce bavard Homère,Que tout savant,‖ même en bâillant, révère,Ne manquent point,‖ au milieu des combats,L'occasion‖ de parler d'un repas.La belle Agnès‖ dîna donc tête à tête,Près de son lit,‖ avec ce page honnête.Tous deux d'abord,‖ également honteux,Sur leur assiette‖ arrêtaient leurs beaux yeux ;Puis enhardis‖ tous deux se regardèrent,Et puis enfin‖ tous deux ils se lorgnèrent.Vous savez bien‖ que dans la fleur des ans,Quand la santé‖ brille dans tous vos sens,Qu'un bon dîner‖ fait couler dans vos veinesDes passions‖ les semences soudaines,Tout votre cœur‖ cède au besoin d'aimer ;Vous vous sentez‖ doucement enflammerD'une chaleur‖ bénigne et pétillante ;La chair est faible,‖ et le diable vous tente.Le beau Monrose,‖ en ces temps dangereuxNe pouvant plus‖ commander à ses feux,Se jette aux pieds‖ de la belle éplorée :« O cher objet !‖ ô maîtresse adorée !C'est à moi seul‖ désormais de mourir ;Ayez pitié‖ d'un cœur soumis et tendre :Quoi ! mon amour‖ ne saurait obtenirCe qu'un barbare‖ a bien osé vous prendre !Ah ! si le crime‖ a pu le rendre heureux,Que devez-vous‖ à l'amour vertueux !C'est lui qui parle,‖ et vous devez l'entendre. »Cet argument‖ paraissait assez bon ;Agnès sentit‖ le poids de la raison.Une heure encore‖ elle osa se défendre ;Elle voulut‖ reculer son bonheur,Pour accorder‖ le plaisir et l'honneur,Sachant très-bien‖ qu'un peu de résistanceVaut encor mieux‖ que trop de complaisance.Monrose enfin,‖ Monrose fortunéEut tous les droits‖ d'un amant couronné ;Du vrai bonheur‖ il eut la jouissance.Du prince Anglais‖ la gloire et la puissanceNe s'étendait‖ que sur des rois vaincus,Le fier Henri‖ n'avait pris que la France,Le lot du page‖ était bien au-dessus.Mais que la joie‖ est trompeuse et légère !Que le bonheur‖ est chose passagère !Le charmant page‖ à peine avait goûtéDe ce torrent‖ de pure volupté,Que des Anglais‖ arrive une cohorte.On monte, on entre,‖ on enfonce la porte.Couple enivré‖ de caresses d'amour,C'est l'aumônier‖ qui vous joua ce tour.Le douce Agnès,‖ de crainte évanouie,Avec Monrose‖ est aussitôt saisie ;C'est à Chandos‖ on prétend les mener.A quoi Chandos‖ va-t-il les condamner ?Tendres amants,‖ vous craignez sa vengeance ;Vous savez trop‖ par votre expérience,Que cet Anglais‖ est sans compassion.Dans leurs beaux yeux‖ est la confusion ;Le désespoir‖ les presse et les dévore ;Et cependant‖ ils se lorgnaient encore :Ils rougissaient‖ de s'être faits heureux ;A Jean Chandos‖ que diront-ils tous deux ?Dans le chemin‖ advint que de fortuneCe corps anglais‖ rencontra sur la bruneVingt chevaliers‖ qui pour Charles tenaient,Et qui de nuit‖ en ces quartiers rôdaient,Pour découvrir‖ si l'on avait nouvelleTouchant Agnès,‖ et touchant la Pucelle.Quand deux mâtins,‖ deux coqs et deux amants,Nez contre nez,‖ se rencontrent aux champs ;Lorsqu'un suppôt‖ de la grâce efficaceTrouve un cou tors‖ de l'école d'Ignace ;Quand un enfant‖ de Luther ou CalvinVoit par hasard‖ un prêtre ultramontain,Sans perdre temps‖ un grand combat commence,A coups de gueule,‖ ou de plume, ou de lance.Semblablement‖ les gendarmes de France,Tout du plus loin‖ qu'ils virent les Bretons,Fondent dessus,‖ légers comme faucons.Les gens anglais‖ sont gens qui se défendent ;Mille beaux coups‖ se donnent et se rendent.Le fier coursier‖ qui notre Agnès portaitÉtait actif,‖ jeune, fringant comme elle ;Il se cabrait,‖ il ruait, il tournait ;Après allait,‖ sautillant sur la selle.Bientôt au bruit‖ des cruels combattantsIl s'effarouche,‖ il prend le mord aux dents.Agnès en vain‖ veut d'une main timideLe gouverner‖ dans sa course rapide ;Elle est trop faible :‖ il lui fallut enfinA son cheval‖ remettre son destin.Le beau Monrose,‖ au fort de la mêlée,Ne peut savoir‖ où sa nymphe est allée ;Le coursier vole‖ aussi prompt que le vent ;Et sans relâche‖ ayant couru six mille,Il s'arrêta‖ dans un vallon tranquilleTout vis-à-vis‖ la porte d'un couvent.Un bois était‖ près de ce monastère :Auprès du bois‖ une onde vive et claireFuit et revient,‖ et par de longs détoursParmi des fleurs,‖ elle poursuit son cours.Plus loin s'élève‖ une colline verte,A chaque automne‖ enrichie et couverteDes doux présents‖ dont Noé nous dota,Lorsqu'à la fin‖ son grand coffre il quitta,Pour réparer‖ du genre humain la perte,Et que, lassé‖ du spectacle de l'eau,Il fit du vin‖ par un art tout nouveau.Flore et Pomone,‖ et la féconde haleineDes doux zéphyrs‖ parfument ces beaux champs ;Sans se lasser,‖ l'œil charmé s'y promène.Le paradis‖ de nos premiers parentsN'avait point eu‖ de vallons plus riants,Plus fortunés ;‖ et jamais la natureNe fut plus belle,‖ et plus riche et plus pure.L'air qu'on respire‖ en ces lieux écartésPorte la paix‖ dans les cœurs agités,Et, des chagrins‖ calmant l'inquiétude,Fait aux mondains‖ aimer la solitude.Au bord de l'onde‖ Agnès se reposa,Sur le couvent‖ ses deux beaux yeux fixa,Et de ses sens‖ le trouble s'apaisa.C'était, lecteur,‖ un couvent de nonnettes.« Ah ! dit Agnès,‖ adorables retraites !Lieux où le ciel‖ a versé ses bienfaits !Séjour heureux‖ d'innocence et de paix !Hélas ! du ciel‖ la faveur infiniePeut-être ici‖ me conduit tout exprès,Pour y pleurer‖ les erreurs de ma vie.De chastes sœurs,‖ épouses de leur Dieu,De leurs vertus‖ embaument ce beau lieu ;Et moi, fameuse‖ entre les pécheresses,J'ai consumé‖ mes jours dans les faiblesses. »Agnès ainsi,‖ parlant à haute voix,Sur le portail‖ aperçut une croix :Elle adora,‖ d'humilité profonde,Ce signe heureux‖ du salut de ce monde ;Et, se sentant‖ quelque componction,Elle comptait‖ s'en aller à confesse ;Car de l'amour‖ à la dévotionIl n'est qu'un pas ;‖ l'un et l'autre est faiblesse.Or du moutier‖ la vénérable abbesseDepuis deux jours‖ était allée à Blois,Pour du couvent‖ y soutenir les droits.Ma sœur Besogne‖ avait en son absenceDu saint troupeau‖ la bénigne intendance.Elle accourut‖ au plus vite au parloir,Puis fit ouvrir‖ pour Agnès recevoir.« Entrez, dit-elle,‖ aimable voyageuse ;Quel bon patron,‖ quelle fête joyeusePeut amener‖ aux pieds de nos autelsCette beauté‖ dangereuse aux mortels ?Seriez-vous point‖ quelque ange ou quelque sainteQui des hauts cieux‖ abandonne l'enceinte,Pour ici-bas‖ nous faire la faveurDe consoler‖ les filles du Seigneur ? »Agnès répond :‖ « C'est pour moi trop d'honneur.Je suis, ma sœur,‖ une pauvre mondaine ;De grands péchés‖ mes beaux jours sont ourdis ;Et si jamais‖ je vais en paradis,Je n'y serais‖ qu'auprès de Magdeleine.De mon destin‖ le caprice fatal,Dieu, mon bon ange,‖ et surtout mon cheval,Ne sais comment,‖ en ces lieux m'ont portée.De grands remords‖ mon âme est agitée ;Mon cœur n'est point‖ dans le crime endurci ;J'aime le bien,‖ j'en ai perdu la trace,Je la retrouve,‖ et je sens que la grâcePour mon salut‖ veut que je couche ici. »Ma sœur Besogne,‖ avec douceur prudente,Encouragea‖ la belle pénitente :Et, de la grâce‖ exaltant les attraits,Dans sa cellule‖ elle conduit Agnès ;Cellule propre‖ et bien illuminée,Pleine de fleurs,‖ et galamment ornée,Lit ample et doux :‖ on dirait que l'AmourA de ses mains‖ arrangé ce séjour.Agnès tout bas‖ louant la Providence,Vit qu'il est doux‖ de faire pénitence.Après souper‖ (car je n'omettrai pointDans mes récits‖ ce noble et digne point),Besogne dit‖ à la belle étrangère :« Il est nuit close,‖ et vous savez, ma chère,Que c'est le temps‖ où les esprits malinsRôdent partout,‖ et vont tenter les saints.Il nous faut faire‖ une œuvre profitable ;Couchons ensemble,‖ afin que si le diableVeut contre nous‖ faire ici quelque effort,Nous trouvant deux,‖ le diable en soit moins fort. »La dame errante‖ accepta la partie :Elle se couche,‖ et croit faire œuvre pie,Croit qu'elle est sainte,‖ et que le ciel l'absout ;Mais son destin‖ la poursuivait partout.Puis-je au lecteur‖ raconter sans vergogneCe que c'était‖ que cette sœur Besogne ?Il faut le dire,‖ il faut tout publier.Ma sœur Besogne‖ était un bachelierQui d'un Hercule‖ eut la force en partageEt d'Adonis‖ le gracieux visage,N'ayant encor‖ que vingt ans et demi,Blanc comme lait,‖ et frais comme rosée.La dame abbesse,‖ en personne avisée,En avait fait‖ depuis peu son ami.Sœur bachelier‖ vivait dans l'abbaye,En cultivant‖ son ouaille jolie :Ainsi qu'Achille,‖ en fille déguisé,Chez Lycomède‖ était favoriséDes doux baisers‖ de sa Déidamie.La pénitente‖ était à peine au lit,Avec sa sœur,‖ soudain elle sentitDans la nonnain‖ métamorphose étrange.Assurément‖ elle gagnait au change.Crier, se plaindre,‖ éveiller le couvent,N'aurait été‖ qu'un scandale imprudent.Souffrir en paix,‖ soupirer et se taire,Se résigner‖ est tout ce qu'on peut faire ;Puis rarement‖ en telle occasionOn a le temps‖ de la réflexion.Quand sœur Besogne‖ à sa fureur claustrale(Car on se lasse‖) eut mis quelque intervalle,La belle Agnès,‖ non sans contrition,Fit en secret‖ cette réflexion :« C'est donc en vain‖ que j'eus toujours en têteLe beau projet‖ d'être une femme honnête ;C'est donc en vain‖ que l'on fait ce qu'on peut :N'est pas toujours‖ femme de bien qui veut. »

Versification

Forme
Strophe unique
Mètre
Décasyllabes· profil 4+6
Mots à la rime
a préface / lasse féminine, classiqueb naïvement / ornement masculine, classiquec pure / censure féminine, classiqued raffinement / rondement masculine, classiquee nature / bordure féminine, classiquef Orléans / combattants masculine, classiqueg d'espérance / France féminine, classiqueh combats / bas masculine, classiquei allégresse / maîtresse féminine, classiquej seulement / moment masculine, classiquek suprême / soi-même féminine, classiquel renfermé / calmé masculine, classiquem gloire / victoire féminine, classiquen l'amour / tour masculine, classiqueo écouta / tourmenta masculine, classiquep alla / mouilla / là masculine, classiqueq tremblante / touchante féminine, classiquer ordinaire / amère féminine, classiques billet / poulet masculine, classiquet mortelle / Pucelle féminine, classiqueu reviens-tu / perdu masculine, classiquev vertu / confondu masculine, classiquew ménagement / sentiment masculine, classiquex l'usage / courage / rage féminine, classiquey tourment / amant / événement masculine, classiquez soins / moins masculine, classiquea cruelle / cervelle féminine, classiqueb Jeanne / soutane féminine, classiquec pays / ennemis masculine, classiqued encore / adore féminine, classiquee malheureux / cheveux masculine, classiquef meure / pleure féminine, classiqueg Anglais / attraits / français masculine, classiqueh charmantes / touchantes féminine, classiquei beautés / calamités masculine, classiquej terrible / sensible féminine, classiquek tempérament / amant masculine, classiquel incertitude / l'inquiétude féminine, classiquem docteurs / sorboniqueurs masculine, classiquen lire / dire féminine, classiqueo foi / roi masculine, classiquep soupire / m'instruire féminine, classiqueq soudain / latin / main masculine, classiquer figure / Mercure féminine, classiques parcourant / murmurant masculine, classiquet verre / terre féminine, classiqueu l'antiquité / vérité masculine, classiquev suent / concluent féminine, classiquew repos / héros masculine, classiquex infinie / amie féminine, classiquey amants / savants masculine, classiquez inexorable / favorable féminine, classiquea d'Agnès / attraits / imparfaits masculine, classiqueb tendresse / caresse féminine, classiquec pas / bras masculine, classiqued bouche / couche féminine, classiquee désirs / plaisirs masculine, classiquef difficile / indocile féminine, classiqueg tendron / non masculine, classiqueh timide / décide féminine, classiquei courir / servir masculine, classiquej tard / frappart masculine, classiquek joie / proie féminine, classiquel fatal / l'animal masculine, classiquem furie / vie féminine, classiquen bâton / champion masculine, classiqueo page / courage féminine, classiquep rage / bocage / carnage féminine, classiqueq champs / innocents masculine, classiquer toison / mouton masculine, classiques écourtée / endentée féminine, classiquet guerroyer / carnassier masculine, classiqueu écumante / innocente féminine, classiquev s'élançant / sanglant masculine, classiquew colère / adversaire féminine, classiquex d'eux / vœux / nerveux masculine, classiquey formidable / aimable féminine, classiquez peur / vainqueur masculine, classiquea famille / fille féminine, classiqueb entre-deux / scandaleux masculine, classiquec page / l'avantage féminine, classiqued liberté / beauté masculine, classiquee détresse / messe féminine, classiquef désespoir / voir masculine, classiqueg pollue / vue / vaincue féminine, classiqueh prompte / honte féminine, classiquei désarroi / tuez-moi masculine, classiquej Monrose / cause féminine, classiquek péché / touché masculine, classiquel patience / pénitence féminine, classiquem vôtre / autre féminine, classiquen éloquent / touchant masculine, classiqueo attendrie / vie féminine, classiquep chagrins / divins masculine, classiqueq l'expérience / abstinence / bombance féminine, classiquer Homère / révère féminine, classiques combats / repas masculine, classiquet tête / honnête féminine, classiqueu honteux / yeux masculine, classiquev regardèrent / lorgnèrent féminine, classiquew ans / sens masculine, classiquex veines / soudaines féminine, classiquey d'aimer / enflammer masculine, classiquez pétillante / tente féminine, classiquea dangereux / feux masculine, classiqueb éplorée / adorée féminine, classiquec mourir / obtenir masculine, classiqued tendre / prendre féminine, classiquee heureux / vertueux masculine, classiquef l'entendre / défendre féminine, classiqueg bon / raison masculine, classiqueh bonheur / l'honneur masculine, classiquei résistance / complaisance féminine, classiquej fortuné / couronné masculine, classiquek jouissance / puissance / France féminine, classiquel vaincus / au-dessus masculine, classiquem légère / passagère féminine, classiquen goûté / volupté masculine, classiqueo cohorte / porte féminine, classiquep d'amour / tour masculine, classiqueq évanouie / saisie féminine, classiquer mener / condamner masculine, classiques vengeance / expérience féminine, classiquet compassion / confusion masculine, classiqueu dévore / encore féminine, classiquev heureux / deux masculine, classiquew fortune / brune féminine, classiquex tenaient / rôdaient masculine, classiquey nouvelle / Pucelle féminine, classiquez amants / champs masculine, classiquea efficace / d'Ignace féminine, classiqueb Calvin / ultramontain masculine, classiquec commence / lance / France féminine, classiqued Bretons / faucons masculine, classiquee défendent / rendent féminine, classiquef portait / tournait masculine, classiqueg elle / selle féminine, classiqueh combattants / dents masculine, classiquei timide / rapide féminine, classiquej enfin / destin masculine, classiquek mêlée / allée féminine, classiquel vent / couvent masculine, classiquem mille / tranquille féminine, classiquen monastère / claire féminine, classiqueo détours / cours masculine, classiquep verte / couverte / perte féminine, classiqueq dota / quitta masculine, classiquer l'eau / nouveau masculine, classiques haleine / promène féminine, classiquet champs / parents / riants masculine, classiqueu nature / pure féminine, classiquev écartés / agités masculine, classiquew l'inquiétude / solitude féminine, classiquex reposa / fixa / s'apaisa masculine, classiquey nonnettes / retraites féminine, classiquez bienfaits / paix / exprès masculine, classiquea infinie / vie féminine, classiqueb Dieu / lieu masculine, classiquec pécheresses / faiblesses féminine, classiqued voix / croix masculine, classiquee profonde / monde féminine, classiquef componction / dévotion masculine, classiqueg confesse / faiblesse / abbesse féminine, classiqueh Blois / droits masculine, classiquei absence / intendance féminine, classiquej parloir / recevoir masculine, classiquek voyageuse / joyeuse féminine, classiquel autels / mortels masculine, classiquem sainte / l'enceinte féminine, classiquen faveur / Seigneur / d'honneur masculine, classiqueo mondaine / Magdeleine féminine, classiquep ourdis / paradis masculine, classiqueq fatal / cheval masculine, classiquer portée / agitée féminine, classiques endurci / ici masculine, classiquet trace / grâce féminine, classiqueu prudente / pénitente féminine, classiquev attraits / Agnès masculine, classiquew illuminée / ornée féminine, classiquex l'Amour / séjour masculine, classiquey Providence / pénitence féminine, classiquez point masculine, classiquea étrangère / chère féminine, classiqueb malins / saints masculine, classiquec profitable / diable féminine, classiqued effort / fort masculine, classiquee partie / pie féminine, classiquef l'absout / partout masculine, classiqueg vergogne / Besogne féminine, classiqueh publier / bachelier masculine, classiquei partage / visage féminine, classiquej demi / ami masculine, classiquek rosée / avisée féminine, classiquel l'abbaye / jolie / Déidamie féminine, classiquem déguisé / favorisé masculine, classiquen lit / sentit masculine, classiqueo étrange / change féminine, classiquep couvent / imprudent masculine, classiqueq taire / faire féminine, classiquer occasion / réflexion masculine, classiques claustrale / intervalle féminine, classiquet contrition / réflexion masculine, classiquev peut / veut masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

427 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète de Voltaire, Paris, Furne, Libraire-Éditeur, 1835· numérisation poesies.net· Sources