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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La Pucelle d’Orléans, 1752

Chant XI

Voltaire· strophe unique, décasyllabes, 418 vers

Argument Les Anglais violent le couvent : combat de saint George, patron d’Angleterre, contre saint Denys, patron de la France.

Je vous dirai,‖ sans harangue inutile,Que le matin‖ nos deux charmants reclus,Lassés tous deux‖ des plaisirs défendus,S'abandonnaient,‖ l'un vers l'autre étendus,Au doux repos‖ d'une ivresse tranquille.Un bruit affreux‖ dérange leur sommeil.De tous côtés‖ le flambeau de la guerre,L'horrible mort‖ éclaire leur réveil ;Près du couvent‖ le sang couvrait la terre.Cet escadrons‖ de malandrins anglaisAvait battu‖ cet escadron français.Ceux-ci s'en vont‖ au travers de la plaine,Le fer en main ;‖ ceux-là volent après,Frappant, tuant,‖ criant tous hors d'haleine :« Mourez sur l'heure,‖ ou rendez-nous Agnès. »Mais aucun d'eux‖ n'en savait de nouvelles.Le vieux Colin,‖ pasteur de ces cantons,Leur dit : « Messieurs,‖ en gardant mes moutons,Je vis hier‖ le miracle des bellesQui vers le soir‖ entrait en ce moutier. »Lors les Anglais‖ se mirent à crier :« Ah ! c'est Agnès,‖ n'en doutons point, c'est elle ;Entrons, amis.‖ » La cohorte cruelleSaute à l'instant‖ dessus ces murs bénis :Voilà les loups‖ au milieu des brebis.Dans le dortoir,‖ de cellule en cellule,A la chapelle,‖ à la cave, en tout lieu,Ces ennemis‖ des servantes de DieuAttaquent tout‖ sans honte et sans scrupule.Ah ! sœur Agnès,‖ sœur Marton, sœur Ursule,Où courez-vous,‖ levant les mains aux cieux,Le trouble au sein,‖ la mort dans vos beaux yeux ?Où fuyez-vous,‖ colombes gémissantes ?Vous embrassez,‖ interdites, tremblantes,Ce saint autel,‖ asile redouté,Sacré garant‖ de votre chasteté.C'est vainement,‖ dans ce péril funeste,Que vous criez‖ à votre époux céleste :A ses yeux même,‖ à ces mêmes autels,Tendre troupeau,‖ vos ravisseurs cruelsVont profaner‖ la foi pure et sacrée,Qu'innocemment‖ votre bouche a jurée.Je sais qu'il est‖ des lecteurs bien mondains,Gens sans pudeur,‖ ennemis des nonnains,Mauvais plaisants,‖ de qui l'esprit frivoleOse insulter‖ aux filles qu'on viole :Laissons-les dire.‖ Hélas ! mes chères sœurs,Qu'il est affreux‖ pour de si jeunes cœurs,Pour des beautés‖ si simples, si timides,De se débattre‖ en des bras homicides ;De recevoir‖ les baisers dégoûtantsDe ces félons‖ de carnage fumants,Qui, d'un effort‖ détestable et farouche,Les yeux en feu,‖ le blasphème à la bouche,Mêlant l'outrage‖ avec la volupté,Vous font l'amour‖ avec férocité ;De qui l'haleine‖ horrible, empoisonnée,La barbe dure,‖ et la main forcenée,Le corps hideux,‖ le bras noir et sanglant,Semblent donner‖ la mort en caressant,Et qu'on prendrait‖ dans leurs fureurs étranges,Pour des démons‖ qui violent des anges !Déjà le crime,‖ aux regards effrontés,A fait rougir‖ ces pudiques beautés.Sœur Rebondi,‖ si dévote et si sage,Au fier Shipunk‖ est tombée en partage ;Le dur Barclay,‖ l'incrédule Warton,Sont tous les deux‖ après sœur Amidon.On pleure, on prie,‖ on jure, on presse, on cogne.Dans le tumulte‖ on voyait sœur BesogneSe débattant‖ contre Bard et Parson :Ils ignoraient‖ que Besogne est garçon,Et la pressaient‖ sans entendre raison.Aimable Agnès,‖ dans la troupe affligéeVous n'étiez pas‖ pour être négligée ;Et votre sort,‖ objet charmant et doux,Est à jamais‖ de pécher malgré vous.Le chef sanglant‖ de la gent sacrilège,Hardi vainqueur,‖ vous presse et vous assiège,Et les soldats,‖ soumis dans leur fureur,Avec respect‖ lui cédaient cet honneur.Le juste ciel,‖ en ses décrets sévères,Met quelquefois‖ un terme à nos misères.Car dans le temps‖ que messieurs d'AlbionAvaient placé‖ l'abominationTout au milieu‖ de la sainte Sion,Du haut des cieux,‖ le patron de la France,Le bon Denys,‖ propice à l'innocence,Crut échapper‖ aux soupçons inquietsDu fier saint George,‖ ennemi des Français.Du Paradis‖ il vint en diligence.Mais, pour descendre‖ au terrestre séjour,Plus ne monta‖ sur un rayon du jour ;Sa marche alors‖ aurait paru trop claire.Il s'en alla‖ vers le dieu du mystère ;Dieu sage et fin,‖ grand ennemi du bruit,Qui partout vole‖ et ne va que de nuit ;Il favorise‖ (et certes c'est dommage)Force fripons,‖ mais il conduit le sage :Il est sans cesse‖ à l'église, à la cour ;Au temps jadis‖ il a guidé l'Amour.Il mit d'abord‖ au milieu d'un nuageLe bon Denys ;‖ puis il fit le voyagePar un chemin‖ solitaire, écarté,Parlant tout bas,‖ et marchant de côté.Des bons Français‖ le protecteur fidèleNon loin de Blois‖ rencontra la Pucelle,Qui sur le dos‖ de son gros muletierGagnait pays‖ par un petit sentier,En priant Dieu‖ qu'une heureuse aventureLui fît enfin‖ retrouver son armure.Tout du plus loin‖ que saint Denys la vit,D'un ton bénin‖ le bon patron lui dit :« O ma Pucelle,‖ ô vierge destinéeA protéger‖ les filles et les rois,Viens secourir‖ la pudeur aux abois,Viens réprimer‖ la rage forcenée,Viens ; que ce bras‖ vengeur des fleurs de lisSoit le sauveur‖ de mes tendrons bénis :Vois ce couvent,‖ le temps presse, on viole ;Viens, ma Pucelle !‖ » Il dit, et Jeanne y vole.Le cher patron,‖ lui servant d'écuyer,A coup de fouet‖ hâtait le muletier.Vous voici, Jeanne,‖ au milieu des infâmesQui tourmentaient‖ ces vénérables dames.Jeanne était nue ;‖ un Anglais impudentVers cet objet‖ tourne soudain la tête ;Il la convoite ;‖ il pense fermementQu'elle venait‖ pour être de la fête.Vers elle il court,‖ et sur sa nuditéIl va cherchant‖ la sale volupté.On lui répond‖ d'un coup de cimeterreDroit sur le nez.‖ L'infâme roule à terre,Jurant ce mot‖ des Français révéré,Mot énergique,‖ au plaisir consacré,Mot que souvent‖ le profane vulgaireIndignement‖ prononce en sa colère.Jeanne, à ses pieds‖ foulant son corps sanglant,Criait tout haut‖ à ce peuple méchant :« Cessez, cruels ;‖ cessez, troupe profane ;O violeurs,‖ craignez Dieu, craignez Jeanne ! »Ces mécréants,‖ au grand œuvre attachés,N'écoutaient rien,‖ sur leurs nonnains juchés :Tels des ânons‖ broutent des fleurs naissantesMalgré les cris‖ du maître et des servantes.Jeanne, qui voit‖ leurs impudents travaux,De grande horreur‖ saintement transportée,Invoquant Dieu,‖ de Denys assistée,Le fer en main,‖ vole de dos en dos,De nuque en nuque,‖ et d'échine en échine,Frappant, perçant‖ de sa pique divine,Pourfendant l'un‖ alors qu'il commençait ;Dépêchant l'autre‖ alors qu'il finissait,Et moissonnant‖ la cohorte félonne ;Si que chacun‖ fut percé sur sa nonne,Et perdant l'âme‖ au fort de son désir,Allait au diable‖ en mourant de plaisir.Isâc Warton,‖ dont la lubrique rageAvait pressé‖ son détestable ouvrage,Ce dur Warton‖ fut le seul écuyerQui de sa nonne‖ osa se délier,Et droit en pied,‖ reprenant son armureAttendit Jeanne,‖ et changea de posture.O vous, grand saint,‖ protecteur de l'État,Bon saint Denys,‖ témoin de ce combat,Daignez redire‖ à ma muse fidèleCe qu'à vos yeux‖ fit alors ma Pucelle.Jeanne d'abord‖ frémit, s'émerveilla :« Mon cher Denys !‖ mon saint ! que vois-je là ?Mon corselet,‖ mon armure céleste,Ce beau présent‖ que tu m'avais donné,Brille à mes yeux‖ au dos de ce damné !Il a mon casque,‖ il a ma soubreveste. »Il était vrai ;‖ la Jeanne avait raison :La belle Agnès,‖ en troquant de jupon,De cette armure‖ en secret habillée,Par Jean Chandos‖ fut bientôt dépouillée.Isâc Warton,‖ écuyer de Chandos,Prit cette armure‖ et s'en couvrit le dos.O Jeanne d'Arc !‖ ô fleur des héroïnes !Tu combattais‖ pour des armes divines,Pour ton grand roi‖ si longtemps outragé,Pour la pudeur‖ de cent bénédictines,Pour saint Denys‖ de leur honneur chargé.Denys la voit‖ qui donne avec audaceCent coups de sabre‖ à sa propre cuirasse,A son armet‖ d'une aigrette ombragé.Au mont Etna,‖ dans leur forge brûlante,Du noir Vulcain‖ les borgnes compagnonsFont retentir‖ l'enclume étincelanteSous des marteaux‖ moins pesants et moins prompts,En préparant‖ au maître du tonnerreSon gros canon‖ trop bravé sur la terre.Le fier Anglais,‖ de fer enharnaché,Recule un pas ;‖ son âme est stupéfaite,Quand il se voit‖ si rudement touchéPar une jeune‖ et fringante brunette.La voyant nue,‖ il sentit des remords ;Sa main tremblait‖ de blesser ce beau corps.Il se défend,‖ et combat en arrière,De l'ennemie‖ admirant les trésors,Et se moquant‖ de sa vertu guerrière.Saint George alors‖ du sein du paradis,Ne voyant plus‖ son confrère Denys,Se douta bien‖ que le saint de la FrancePortait aux siens‖ sa divine assistance.Il promenait‖ ses regards inquietsDans les recoins‖ du céleste palais.Sans balancer‖ aussitôt il demandeSon beau cheval‖ connu dans la Légende.Le cheval vint ;‖ George le bien monté,La lance au poing,‖ et le sabre au côté,Va parcourant‖ cet effroyable espaceQue des humains‖ veut mesurer l'audace ;Ces cieux divers,‖ ces globes lumineuxQue fait tourner‖ René le songe-creuxDans un amas‖ de subtile poussière,Beaux tourbillons‖ que l'on ne prouve guère,Et que Newton,‖ rêveur bien plus fameux,Fait tournoyer‖ sans boussole et sans guideAutour du rien,‖ tout au travers du vide.George, enflammé‖ de dépit et d'orgueil,Franchit ce vide,‖ arrive en un clin d'œilDevers les lieux‖ arrosés par la Loire,Où saint Denys‖ croyait chanter victoire.Ainsi l'on voit‖ dans la profonde nuitUne comète,‖ en sa longue carrière,Étinceler‖ d'une horrible lumière :On voit sa queue,‖ et le peuple frémit ;Le pape en tremble,‖ et la terre étonnéeCroit que les vins‖ vont manquer cette année.Tout du plus loin‖ que saint George aperçutMonsieur Denys,‖ de colère, il s'émut ;Et, brandissant‖ sa lance meurtrière,Il dit ces mots‖ dans le vrai goût d'Homère :« Denys, Denys !‖ rival faible et hargneux,Timide appui‖ d'un parti malheureux,Tu descends donc‖ en secret sur la terrePour égorger‖ mes héros d'Angleterre !Crois-tu changer‖ les ordres du destin,Avec ton âne‖ et ton bras féminin ?Ne crains-tu pas‖ que ma juste vengeancePunisse enfin,‖ toi, ta fille, et la France ?Ton triste chef,‖ branlant sur ton cou tors,S'est vu déjà‖ séparé de ton corps :Je veux t'ôter,‖ aux yeux de ton Église,Ta tête chauve‖ en son lieu mal remise,Et t'envoyer‖ vers les murs de Paris,Digne patron‖ des badauds attendris,Dans ton faubourg,‖ où l'on chôme ta fête,Tenir encor‖ et rebaiser ta tête. »Le bon Denys,‖ levant les mains aux cieux,Lui répondit‖ d'un ton tendre et pieux :« O grand saint George,‖ ô mon puissant confrèreVeux-tu toujours‖ écouter ta colère ?Depuis le temps‖ que nous sommes au ciel,Ton cœur dévot‖ est tout pétri de fiel.Nous faudra-t-il,‖ bienheureux que nous sommes,Saints enchâssés,‖ tant fêtés chez les hommes,Nous qui devons‖ l'exemple aux nations,Nous décrier‖ par nos divisions ?Veux-tu porter‖ une guerre cruelleDans le séjour‖ de la paix éternelle ?Jusques à quand‖ les saints de ton paysMettront-ils donc‖ le trouble en paradis ?O fiers anglais,‖ gens toujours trop hardis,Le ciel un jour,‖ à son tour en colère,Se lassera‖ de vos façons de faire ;Ce ciel n'aura,‖ grâce à vos soins jaloux,Plus de dévots‖ qui viennent de chez vous.Malheureux saint,‖ pieux atrabilaire ;Patron maudit‖ d'un peuple sanguinaire,Sois plus traitable ;‖ et, pour Dieu, laisse-moiSauver la France‖ et secourir mon roi. »A ce discours,‖ George, bouillant de rage,Sentit monter‖ le rouge à son visage ;Et, des badauds‖ contemplant le patron,Il redoubla‖ de force et de courage,Car il prenait‖ Denys pour un poltron.Il fond sur lui,‖ tel qu'un puissant fauconVole de loin‖ sur un tendre pigeon.Denys recule,‖ et prudent il appelleA haute voix‖ son âne si fidèle,Son âne ailé,‖ sa joie et son secours.« Viens, criait-il,‖ viens défendre mes jours. »Ainsi parlant,‖ le bon Denys oublieQue jamais saint‖ n'a pu perdre la vie.Le beau grison‖ revenait d'ItalieEn ce moment ;‖ et moi, conteur succinct,J'ai déjà dit‖ ce qui fit qu'il revint.A son Denys‖ dos et selle il présente.Notre, patron‖ sur son âne élancé,Sentit soudain‖ sa valeur renaissante.Subtilement‖ il avait ramasséLe fer sanglant‖ d'un Anglais trépassé ;Lors, brandissant‖ le fatal cimeterre,Il pousse à George,‖ il le presse, il le serre.George indigné‖ lui fait tomber en brefTrois horions‖ sur son malheureux chef.Tous sont parés ;‖ Denys garde sa tête,Et de ses coups‖ dirige la tempêteSur le cheval‖ et sur le cavalier.Le feu jaillit‖ sur l'élastique acier ;Les fers croisés,‖ et de taille et de pointe,A tout moment‖ vont, au fort du combat,Chercher le cou,‖ le casque, le rabat,Et l'auréole,‖ et l'endroit délicatOù la cuirasse‖ à l'aiguillette est jointe.Ces vains efforts‖ les rendaient plus ardents ;Tous deux tenaient‖ la victoire en suspens,Quand de sa voix‖ terrible et discordanteL'âne entonna‖ son octave écorchante.Le ciel en tremble ;‖ Écho du fond des boisEn frémissant‖ répète cette voix.George pâlit :‖ Denys d'une main lesteFait une feinte,‖ et d'un revers célesteTranche le nez‖ du grand saint d'Albion.Le bout sanglant‖ roule sur son arçon.George, sans nez,‖ mais non pas sans courage,Venge à l'instant‖ l'honneur de son visage,Et jurant Dieu,‖ selon les nobles usDe ses Anglais,‖ d'un coup de cimeterreCoupe à Denys‖ ce que jadis saint Pierre,Certain jeudi,‖ fit tomber à Malchus.A ce spectacle,‖ à la voix ampouléeDe l'âne saint,‖ à ces terribles cris,Tout fut ému‖ dans les divins lambris.Le beau portail‖ de la voûte étoiléeS'ouvrit alors,‖ et des arches du cielOn vit sortir‖ l'archange Gabriel,Qui, soutenu‖ sur ses brillantes ailes,Fend doucement‖ les plaines éternellesPortant en main‖ la verge qu'autrefoisDevers le Nil‖ eut le divin Moïse,Quand dans la mer,‖ suspendue et soumise,Il engloutit‖ les peuples et les rois.« Que vois-je ici ?‖ cria-t-il en colère ;Deux saints patrons,‖ deux enfants de lumière,Du Dieu de paix‖ confidents éternels,Vont s'échiner‖ comme de vils mortels !Laissez, laissez‖ aux sots enfants des femmesLes passions,‖ et le fer, et les flammes ;Abandonnez‖ à leur profane sortLes corps chétifs‖ de ces grossières âmes,Nés dans la fange,‖ et formés pour la mort :Mais vous, enfants,‖ qu'au séjour de la vieLe ciel nourrit‖ de sa pure ambroisie,Êtes-vous las‖ d'être trop fortunés ?Êtes-vous fous ?‖ ciel ! une oreille, un nez !Vous que la grâce‖ et la miséricordeAvaient formés‖ pour prêcher la concorde,Pouvez-vous bien‖ de je ne sais quels roisEn étourdis‖ embrasser la querelle ?Ou renoncez‖ à la voûte éternelle,Ou dans l'instant‖ qu'on se rende à mes lois.Que dans vos cœurs‖ la charité s'éveille.George insolent,‖ ramassez cette oreille,Ramassez, dis-je ;‖ et vous, Monsieur Denys,Prenez ce nez‖ avec vos doigts bénis :Que chaque chose‖ en son lieu soit remise. »Denys soudain‖ va, d'une main soumise,Rendre le bout‖ du nez qu'il fit camus.George à Denys‖ rend l'oreille dévoteQu'il lui coupa.‖ Chacun des deux marmotteA Gabriel‖ un gentil oremus ;Tout se rajuste,‖ et chaque cartilageVa se placer‖ à l'air de son visage.Sang, fibres, chair,‖ tout se consolida ;Et nul vestige‖ aux deux saints ne restaDe nez coupé,‖ ni d'oreille abattue ;Tant les saints ont‖ la chair ferme et dodue !Puis Gabriel‖ d'un ton de président :« Çà qu'on s'embrasse.‖ » Il dit, et dans l'instantLe doux Denys,‖ sans fiel et sans colère,De bonne foi‖ baisa son adversaire :Mais le fier George‖ en l'embrassant jurait,Et promettait‖ que Denys le paierait.Le bel archange,‖ après cette embrassade,Prend mes deux saints,‖ et d'un air gracieuxA ses côtés‖ les fait voguer aux cieux,Où de nectar‖ on leur verse rasade.Peu de lecteurs‖ croiront ce grand combat ;Mais sous les murs‖ qu'arrosait le Scamandre,N'a-t-on pas vu‖ jadis avec éclatLes dieux armés‖ de l'Olympe descendre ?N'a-t-on pas vu‖ chez cet Anglais MiltonD'anges ailés‖ toute une légionRougir de sang‖ les célestes campagnes,Jeter au nez‖ quatre ou cinq cents montagnes,Et, qui pis est,‖ avoir du gros canon ?Or si jadis‖ Michel et le démonSe sont battus,‖ messieurs Denys et GeorgePouvaient sans doute,‖ à plus forte raison,Se rencontrer‖ et se couper la gorge.Mais dans le ciel‖ si la paix revenait,Il en était‖ autrement sur la terre,Séjour maudit‖ de discorde et de guerre.Le bon roi Charle‖ en cent endroits courait,Nommait Agnès,‖ la cherchait, la pleurait.Et cependant‖ Jeanne la foudroyante,De son épée‖ invincible et sanglante,Au fier Warton‖ le trépas préparait :Elle l'atteint‖ vers l'énorme partieDont cet Anglais‖ profana le couvent ;Warton chancelle,‖ et son glaive tranchantQuitte sa main‖ par la mort engourdie ;Il tombe, et meurt‖ en reniant les saints.Le vieux troupeau‖ des antiques nonnains,Voyant aux pieds‖ de l'amazone augusteLe chevalier‖ sanglant et trébuché,Disant Ave,‖ s'écriait : « Il est justeQu'on soit puni‖ par où l'on a péché. »Sœur Rebondi,‖ qui dans la sacristieA succombé‖ sous le vainqueur impie,Pleurait le traître‖ en rendant grâce au ciel ;Et mesurant‖ des yeux le criminel,Elle disait‖ d'une voix charitable :« Hélas ! hélas !‖ nul ne fut plus coupable. »

Versification

Forme
Strophe unique
Mètre
Décasyllabes· profil 4+6
Mots à la rime
a inutile / tranquille féminine, classiqueb reclus / défendus / étendus masculine, classiquec sommeil / réveil masculine, classiqued guerre / terre féminine, classiquee anglais / français masculine, classiquef plaine / d'haleine féminine, classiqueg après / Agnès masculine, classiqueh nouvelles / belles féminine, classiquei cantons / moutons masculine, classiquej moutier / crier masculine, classiquek elle / cruelle féminine, classiquel bénis / brebis masculine, classiquem cellule / scrupule / Ursule féminine, classiquen lieu / Dieu masculine, classiqueo cieux / yeux masculine, classiquep gémissantes / tremblantes féminine, classiqueq redouté / chasteté masculine, classiquer funeste / céleste féminine, classiques autels / cruels masculine, classiquet sacrée / jurée féminine, classiqueu mondains / nonnains masculine, classiquev frivole / viole féminine, classiquew sœurs / cœurs masculine, classiquex timides / homicides féminine, classiquey dégoûtants / fumants masculine, classiquez farouche / bouche féminine, classiquea volupté / férocité masculine, classiqueb empoisonnée / forcenée féminine, classiquec sanglant / caressant masculine, classiqued étranges / anges féminine, classiquee effrontés / beautés masculine, classiquef sage / partage féminine, classiqueg Warton / Amidon masculine, classiqueh cogne / Besogne féminine, classiquei Parson / garçon / raison masculine, classiquej affligée / négligée féminine, classiquek doux / vous masculine, classiquel sacrilège / assiège féminine, classiquem fureur / honneur masculine, classiquen sévères / misères féminine, classiqueo d'Albion / l'abomination / Sion masculine, classiquep France / l'innocence / diligence féminine, classiqueq inquiets / Français masculine, classiquer séjour / jour masculine, classiques claire / mystère féminine, classiquet bruit / nuit masculine, classiqueu dommage / sage féminine, classiquev cour / l'Amour masculine, classiquew nuage / voyage féminine, classiquex écarté / côté masculine, classiquey fidèle / Pucelle féminine, classiquez muletier / sentier masculine, classiquea aventure / armure féminine, classiqueb vit / dit masculine, classiquec destinée / forcenée féminine, classiqued rois / abois masculine, classiquee lis / bénis masculine, classiquef viole / vole féminine, classiqueg d'écuyer / muletier masculine, classiqueh infâmes / dames féminine, classiquei impudent / fermement masculine, classiquej tête / fête féminine, classiquek nudité / volupté masculine, classiquel cimeterre / terre féminine, classiquem révéré / consacré masculine, classiquen vulgaire / colère féminine, classiqueo sanglant / méchant masculine, classiquep profane / Jeanne féminine, classiqueq attachés / juchés masculine, classiquer naissantes / servantes féminine, classiques travaux / dos masculine, classiquet transportée / assistée féminine, classiqueu échine / divine féminine, classiquev commençait / finissait masculine, classiquew félonne / nonne féminine, classiquex désir / plaisir masculine, classiquey rage / ouvrage féminine, classiquez écuyer / délier masculine, classiquea armure / posture féminine, classiqueb l'État / combat masculine, classiqued s'émerveilla / là masculine, classiquee céleste / soubreveste féminine, classiquef donné / damné masculine, classiqueg raison / jupon masculine, classiqueh habillée / dépouillée féminine, classiquei Chandos / dos masculine, classiquej héroïnes / divines / bénédictines féminine, classiquek outragé / chargé / ombragé masculine, classiquel audace / cuirasse féminine, classiquem brûlante / étincelante féminine, classiquen compagnons / prompts masculine, classiqueo tonnerre / terre féminine, classiquep enharnaché / touché masculine, classiqueq stupéfaite / brunette féminine, classiquer remords / corps / trésors masculine, classiques arrière / guerrière féminine, classiquet paradis / Denys masculine, classiqueu France / assistance féminine, classiquev inquiets / palais masculine, classiquew demande / Légende féminine, classiquex monté / côté masculine, classiquey espace / l'audace féminine, classiquez lumineux / songe-creux / fameux masculine, classiquea poussière / guère féminine, classiqueb guide / vide féminine, classiquec d'orgueil / d'œil masculine, classiqued Loire / victoire féminine, classiquee nuit / frémit masculine, classiquef carrière / lumière féminine, classiqueg étonnée / année féminine, classiqueh aperçut / s'émut masculine, classiquei meurtrière / d'Homère féminine, classiquej hargneux / malheureux masculine, classiquek terre / d'Angleterre féminine, classiquel destin / féminin masculine, classiquem vengeance / France féminine, classiquen tors / corps masculine, classiqueo Église / remise féminine, classiquep Paris / attendris masculine, classiqueq fête / tête féminine, classiquer cieux / pieux masculine, classiques confrère / colère féminine, classiquet ciel / fiel masculine, classiqueu sommes / hommes féminine, classiquev nations / divisions masculine, classiquew cruelle / éternelle féminine, classiquex pays / paradis / hardis masculine, classiquey colère / faire féminine, classiquez jaloux / vous masculine, classiquea atrabilaire / sanguinaire féminine, classiqueb laisse-moi / roi masculine, classiquec rage / visage / courage féminine, classiqued patron / poltron masculine, classiquee faucon / pigeon masculine, classiquef appelle / fidèle féminine, classiqueg secours / jours masculine, classiqueh oublie / vie / d'Italie féminine, classiquei succinct / revint masculine, classiquej présente / renaissante féminine, classiquek élancé / ramassé masculine, classiquel trépassé / cavalier / acier masculine, classiquem cimeterre / serre féminine, classiquen bref / chef masculine, classiqueo tête / tempête féminine, classiquep pointe / jointe féminine, classiqueq combat / rabat / délicat masculine, classiquer ardents / suspens masculine, classiques discordante / écorchante féminine, classiquet bois / voix masculine, classiqueu leste / céleste féminine, classiquev d'Albion / arçon masculine, classiquew courage / visage féminine, classiquex us / Malchus masculine, non classiquey cimeterre / Pierre féminine, classiquez ampoulée / étoilée féminine, classiquea cris / lambris masculine, classiqueb ciel / Gabriel masculine, classiquec ailes / éternelles féminine, classiqued qu'autrefois / rois masculine, classiquee Moïse / soumise féminine, classiquef colère / lumière féminine, classiqueg éternels / mortels masculine, classiqueh femmes / flammes / âmes féminine, classiquei sort / mort masculine, classiquej vie / ambroisie féminine, classiquek fortunés / nez masculine, classiquel miséricorde / concorde féminine, classiquem rois / lois masculine, classiquen querelle / éternelle féminine, classiqueo s'éveille / oreille féminine, classiquep Denys / bénis masculine, classiqueq remise / soumise féminine, classiquer camus / oremus masculine, classiques dévote / marmotte féminine, classiquet cartilage / visage féminine, classiqueu consolida / resta masculine, classiquev abattue / dodue féminine, classiquew président / l'instant masculine, classiquex colère / adversaire féminine, classiquey jurait / paierait masculine, classiquez embrassade / rasade féminine, classiquea gracieux / cieux masculine, classiqueb combat / éclat masculine, classiquec Scamandre / descendre féminine, classiqued Milton / légion masculine, classiquee campagnes / montagnes féminine, classiquef canon / démon / raison masculine, classiqueg George / gorge féminine, classiqueh revenait / courait masculine, classiquei terre / guerre féminine, classiquej pleurait / préparait masculine, classiquek foudroyante / sanglante féminine, classiquel partie / engourdie féminine, classiquem couvent / tranchant masculine, classiquen saints / nonnains masculine, classiqueo auguste / juste féminine, classiquep trébuché / péché masculine, classiqueq sacristie / impie féminine, classiquer ciel / criminel masculine, classiques charitable / coupable féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

418 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète de Voltaire, Paris, Furne, Libraire-Éditeur, 1835· numérisation poesies.net· Sources