La Pucelle d’Orléans, 1752
Chant Xii
Argument Monrose tue l’aumonier, Charles retrouve Agnès, qui se consolait avec Monrose dans le château de Cutendre.
J'avais juré‖ de laisser la morale,De conter net,‖ de fuir les longs discours :Mais que ne peut‖ ce grand dieu des amours ?Il est bavard,‖ et ma plume inégaleVa griffonnant‖ de son bec effiléCe qu'il inspire‖ à mon cerveau brûlé.Jeunes beautés,‖ filles, veuves ou femmes,Qu'il enrôla‖ sous ses drapeaux charmants,Vous qui lancez‖ et recevez ses flammes,Or dites-moi,‖ quand deux jeunes amants,Égaux en grâce,‖ en mérite, en talents,Au doux plaisir‖ tous deux vous sollicitent,Également‖ vous pressent, vous excitent,Mettent en feu‖ vos sensibles appas,Vous éprouvez‖ un étrange embarras.Connaissez-vous‖ cette histoire frivoleD'un certain âne,‖ illustre dans l'école ?Dans l'écurie‖ on vint lui présenterPour son dîner‖ deux mesures égales,De même forme,‖ à pareils intervalles :Des deux côtés‖ l'âne se vit tenterÉgalement,‖ et, dressant ses oreillesJuste au milieu‖ des deux formes pareilles,De l'équilibre‖ accomplissant les lois,Mourut de faim,‖ de peur de faire un choix.N'imitez point‖ cette philosophie ;Daignez plutôt‖ honorer tout d'un tempsDe vos bontés‖ vos deux jeunes amants,Et gardez-vous‖ de risquer votre vie.A quelques pas‖ de ce joli couvent,Si pollué,‖ si triste, et si sanglant,Où le matin‖ vingt nonnes affligéesPar l'amazone‖ ont été trop vengées,Près de la Loire‖ était un vieux châteauA pont-levis,‖ mâchicoulis, tourelles ;Un long canal‖ transparent, à fleur d'eau,En serpentant‖ tournait auprès d'icelles,Puis embrassait,‖ en quatre cents jets d'arc,Les murs épais‖ qui défendaient le parc.Un vieux baron,‖ surnommé de Cutendre,Était seigneur‖ de cet heureux logis.En sûreté‖ chacun pouvait s'y rendre :Le vieux seigneur,‖ dont l'âme est bonne et tendre,En avait fait‖ l'asile du pays.Français, Anglais,‖ tous étaient ses amis ;Tout voyageur‖ en coche, en botte, en guêtre,Ou prince, ou moine,‖ ou nonne, ou turc, ou prêtre,Y recevait‖ un accueil gracieux :Mais il fallait‖ qu'on entrât deux à deux ;Car tout baron‖ a quelque fantaisie,Et celui-ci‖ pour jamais résolutQu'en son châtel‖ en nombre pair on fût,Jamais impair :‖ telle était sa folie.Quand deux à deux‖ on abordait chez lui,Tout allait bien :‖ mais malheur à celuiQui venait seul‖ en ce logis se rendre !Il soupait mal ;‖ il lui fallait attendreQu'un compagnon‖ formât ce nombre heureux,Nombre parfait‖ qui fait que deux font deux.La fière Jeanne‖ ayant repris ses armes,Qui cliquetaient‖ sur ses robustes charmes,Devers la nuit‖ y conduisit au frais,En devisant,‖ la belle et douce Agnès.Cet aumônier‖ qui la suivait de près,Cet aumônier‖ ardent, insatiable,Arrive aux murs‖ du logis charitable.Ainsi qu'un loup‖ qui mâche sous sa dentLe fin duvet‖ d'un jeune agneau bêlant,Plein de l'ardeur‖ d'achever sa curée,Va du bercail‖ escalader l'entrée :Tel, enflammé‖ de sa lubrique ardeur,L'œil tout en feu,‖ l'aumônier ravisseurAllait cherchant‖ les restes de sa joie,Qu'on lui ravit‖ lorsqu'il tenait sa proie.Il sonne, il crie :‖ on vient ; on aperçutQu'il était seul,‖ et soudain il parutQue les deux bois‖ dont les forces mouvantesFont ébranler‖ les solives tremblantesDu pont-levis‖ par les airs s'élevaient,Et, s'élevant,‖ le pont-levis haussaient.A ce spectacle,‖ à cet ordre du maître,Qui jura Dieu ?‖ ce fut mon vilain prêtre.Il suit des yeux‖ les deux mobiles bois ;Il tend les mains,‖ veut crier, perd la voix.On voit souvent,‖ du haut d'une gouttière,Descendre un chat‖ auprès d'une volière :Passant la griffe‖ à travers les barreauxQui contre lui‖ défendent les oiseaux,Son œil poursuit‖ cette espèce emplumée,Qui se tapit‖ au fond d'une ramée.Notre aumônier‖ fut encor plus confus,Alors qu'il vit‖ sous des ormes touffusUn beau jeune homme‖ à la tresse dorée,Au sourcil noir,‖ à la mine assurée,Aux yeux brillants,‖ au menton cotonné,Au teint fleuri,‖ par les grâces orné,Tout rayonnant‖ des couleurs du bel âge :C'était l'Amour,‖ ou c'était mon beau page ;C'était Monrose.‖ Il avait tout le jourCherché l'objet‖ de son naissant amour.Dans le couvent‖ reçu par les nonnettes,Il apparut‖ à ces filles discrètesNon moins charmant‖ que l'ange Gabriel,Pour les bénir‖ venant du haut du ciel.Les tendres sœurs,‖ voyant le beau Monrose,Sentaient rougir‖ leurs visages de rose,Disant tout bas :‖ « Ah ! que n'était-il là,Dieu paternel,‖ quand on nous viola ? »Toutes en cercle‖ autour de lui se mirent,Parlant sans cesse ;‖ et lorsqu'elles apprirentQue ce beau page‖ allait chercher Agnès,On lui donna‖ le coursier le plus frais,Avec un guide,‖ afin que sans esclandreIl arrivât‖ au château de Cutendre.En arrivant,‖ il vit près du chemin,Non loin du pont,‖ l'aumônier inhumain.Lors, tout ému‖ de joie et de colère :« Ah ! c'est donc toi,‖ prêtre de Belzébut !Je jure ici‖ Chandos et mon salut,Et, plus encor,‖ les yeux qui m'ont su plaire,Que tes forfaits‖ vont enfin se payer. »Sans repartir,‖ le bouillant aumônierPrend d'une main‖ par la rage tremblanteUn pistolet,‖ en presse la détente ;Le chien s'abat,‖ le feu prend, le coup part ;Le plomb chassé‖ siffle et vole au hasard,Suivant au loin‖ la ligne mal miréeQue lui traçait‖ une main égarée.Le page vise,‖ et, par un coup plus sûr,Atteint le front,‖ ce front horrible et dur,Où se peignait‖ une âme détestable.L'aumônier tombe,‖ et le page vainqueurSentit alors‖ dans le fond de son cœurDe la pitié‖ le mouvement aimable.« Hélas ! dit-il,‖ meurs du moins en chrétien,Dis Te Deum ;‖ tu vécus comme un chien ;Demande au ciel‖ pardon de ta luxure ;Prononce amen ;‖ donne ton âme à Dieu.— Non, répondit‖ le maraud à tonsure ;Je suis damné,‖ je vais au diable : adieu. »Il dit, et meurt ;‖ son âme déloyaleAlla grossir‖ la cohorte infernale.Tandis qu'ainsi‖ ce monstre impénitentAllait rôtir‖ aux brasiers de Satan,Le bon roi Charle,‖ accablé de tristesse,Allait cherchant‖ son errante maîtresse,Se promenant,‖ pour calmer sa douleur,Devers la Loire‖ avec son confesseur.Il faut ici,‖ lecteur, que je remarqueEn peu de mots‖ ce que c'est qu'un docteurQu'en sa jeunesse‖ un amoureux monarquePar étiquette‖ a pris pour directeur.C'est un mortel‖ tout pétri d'indulgence,Qui doucement‖ fait pencher dans ses mainsDu bien, du mal,‖ la trompeuse balance ;Vous mène au ciel‖ par d'aimables chemins,Et fait pécher‖ son maître en conscience :Son ton, ses yeux,‖ son geste composant,Observant tout,‖ flattant avec adresseLe favori,‖ le maître, la maîtresse ;Toujours accort,‖ et toujours complaisant.Le confesseur‖ du monarque galliqueÉtait un fils‖ du bon saint Dominique ;Il s'appelait‖ le père Bonifoux,Homme de bien,‖ se faisant tout à tous,Il lui disait‖ d'un ton dévot et doux :« Que je vous plains !‖ la partie animalePrend le dessus :‖ la chose est bien fatale.Aimer Agnès‖ est un péché vraiment ;Mais ce péché‖ se pardonne aisément :Au temps jadis‖ il était fort en vogueChez les Hébreux,‖ enfants du Décalogue.Cet Abraham,‖ ce père des croyants,Avec Agar‖ s'avisa d'être père ;Car sa servante‖ avait des yeux charmants,Qui de Sara‖ méritaient la colère.Jacob le juste‖ épousa les deux sœurs.Tout patriarche‖ a connu les douceursDu changement‖ dans l'amoureux mystère.Le vieux Booz‖ en son vieux lit reçutAprès moisson‖ la bonne et vieille Ruth ;Et, sans compter‖ la belle Bethsabée,Du bon David‖ l'âme fut absorbéeDans les plaisirs‖ de son ample sérail.Son vaillant fils,‖ fameux par sa crinière,Un beau matin,‖ par vertu singulière,Vous repassa‖ tout ce gentil bercail.De Salomon‖ vous savez le partage :Comme un oracle‖ on écoutait sa voix ;Il savait tout ;‖ et des rois le plus sageÉtait aussi‖ le plus galant des rois.De leurs péchés‖ si vous suivez la trace,Si vos beaux ans‖ sont livrés à l'amour,Consolez-vous ;‖ la sagesse a son tour.Jeune on s'égare,‖ et vieux on obtient grâce.— Ah ! dit Charlot,‖ ce discours est fort bon ;Mais que je suis‖ bien loin de Salomon !Que son bonheur‖ augmente mes détresses !Pour ses ébats‖ il eut trois cent maîtresses,Je n'en ai qu'une ;‖ hélas ! je ne l'ai plus. »Des pleurs alors,‖ sur son nez répandus,Interrompaient‖ sa voix tendre et plaintive,Lorsqu'il avise,‖ en tournant vers la rive,Sur un cheval‖ trottant d'un pas hardi,Un manteau rouge,‖ un ventre rebondi,Un vieux rabat ;‖ c'était Bonneau lui-même.Or chacun sait‖ qu'après l'objet qu'on aimeRien n'est plus doux‖ pour un parfait amantQue de trouver‖ son très-cher confident.Le roi, perdant‖ et reprenant haleine,Crie à Bonneau :‖ « Quel démon te ramène ?Que fait Agnès ?‖ dis ; d'où viens-tu ? quels lieuxSont embellis,‖ éclairés par ses yeux ?Où la trouver ?‖ dis donc, réponds donc, parle. »Aux questions‖ qu'enfilait le roi Charle,Le bon Bonneau‖ conta de point en pointComme il avait‖ été mis en pourpoint,Comme il avait‖ servi dans la cuisine,Comme il avait‖ par fraude clandestineEt par miracle,‖ à Chandos échappé,Quand à se battre‖ on était occupé ;Comme on cherchait‖ cette beauté divine :Sans rien omettre‖ il raconta fort bienCe qu'il savait ;‖ mais il ne savait rien.Il ignorait‖ la fatale aventure,Du prêtre Anglais‖ la brutale luxure,Du page aimé‖ l'amour respectueux.Et du couvent‖ le sac incestueux.Après avoir‖ bien expliqué leurs craintes,Repris cent fois‖ le fil de leurs complaintes,Maudit le sort‖ et les cruels Anglais,Tous deux étaient‖ plus tristes que jamais.Il était nuit ;‖ le char de la grande OurseVers son nadir‖ avait fourni sa course.Le jacobin‖ dit au prince pensif :« Il est bien tard ;‖ soyez mémoratifQue tout mortel,‖ prince ou moine, à cette heure,Devrait chercher‖ quelque honnête demeure,Pour y souper,‖ et pour passer la nuit. »Le triste roi,‖ par le moine conduit,Sans rien répondre,‖ et ruminant sa peine,Le cou penché,‖ galope dans la plaine ;Et bientôt Charle,‖ et le prêtre et Bonneau,Furent tous trois‖ aux fossés du château.Non loin du pont‖ était l'aimable page,Lequel, ayant‖ jeté dans le canalLe corps maudit‖ de son damné rival,Ne perdait point‖ l'objet de son voyage.Il dévorait‖ en secret son ennui,Voyant ce pont‖ entre sa dame et lui.Mais quand il vit‖ aux rayons de la luneLes trois Français,‖ il sentit que son cœurDu doux espoir‖ éprouvait la chaleur ;Et d'une grâce‖ adroite et non communeCachant son nom,‖ et surtout son ardeur,Dès qu'il parut,‖ dès qu'il se fit entendre,Il inspira‖ je ne sais quoi de tendre ;Il plut au prince,‖ et le moine béninLe caressait‖ de son air patelin,D'un œil dévot,‖ et du plat de la main.Le nombre pair‖ étant formé de quatre,On vit bientôt‖ les deux flèches abattreLe pont mobile ;‖ et les quatre coursiersFont en marchant‖ gémir les madriers.Le gros Bonneau‖ tout essoufflé chemine,En arrivant,‖ droit devers la cuisine,Songe au souper ;‖ le moine au même lieuDévotement‖ en rendit grâce à Dieu.Charles, prenant‖ un nom de gentilhomme,Court à Cutendre,‖ avant qu'il prît son somme.Le bon baron‖ lui fit son compliment,Puis le mena‖ dans son appartement.Charle a besoin‖ d'un peu de solitude,Il veut jouir‖ de son inquiétude ;Il pleure Agnès :‖ il ne se doutait pasQu'il fût si près‖ de ses jeunes appas.Le beau Monrose‖ en sut bien davantage.Avec adresse‖ il fit causer un page ;Il se fit dire‖ où reposait Agnès,Remarquant tout‖ avec des yeux discrets.Ainsi qu'un chat,‖ qui d'un regard avideGuette au passage‖ une souris timide,Marchant tout doux,‖ la terre ne sent pasL'impression‖ de ses pieds délicats ;Dès qu'il la vue,‖ il a sauté sur elle :Ainsi Monrose,‖ avançant vers la belle,Étend un bras,‖ puis avance à tâtons,Posant l'orteil‖ et haussant les talons.Agnès, Agnès,‖ il entre dans la chambre !Moins promptement‖ la paille vole à l'ambre,Et le fer suit‖ moins sympathiquementLe tourbillon‖ qui l'unit à l'aimant.Le beau Monrose‖ en arrivant se jetteA deux genoux‖ au bord de la couchette,Où sa maîtresse‖ avait entre deux draps,Pour sommeiller,‖ arrangé ses appas.De dire un mot‖ aucun d'eux n'eut la forceNi le loisir ;‖ le feu prit à l'amorceEn un clin d'œil ;‖ un baiser amoureuxUnit soudain‖ leurs bouches demi-closes ;Leur âme vint‖ sur leurs lèvres de roses ;Un tendre feu‖ sortit de leurs beaux yeux ;Dans leurs baisers‖ leurs langues se cherchèrent.Qu'éloquemment‖ alors elles parlèrent !Discours muets,‖ langage des désirs,Charmant prélude,‖ organe des plaisirs,Pour un moment‖ il vous fallut suspendreCe doux concert,‖ et ce duo si tendre.Agnès aida‖ Monrose impatientA dépouiller,‖ à jeter promptementDe ses habits‖ l'incommode parure,Déguisement‖ qui pèse à la nature,Dans l'âge d'or‖ aux mortels inconnu,Que hait surtout‖ un dieu qui va tout nu.Dieux ! quels objets !‖ Est-ce Flore et Zéphyre ?Est-ce Psyché‖ qui caresse l'Amour ?Est-ce Vénus‖ que le fils de CynireTient dans ses bras‖ loin des rayons du jour,Tandis que Mars‖ est jaloux et soupire ?Le Mars français,‖ Charle, au fond du château,Soupire alors‖ avec l'ami Bonneau,Mange à regret‖ et boit avec tristesse.Un vieux valet,‖ bavard de son métier,Pour égayer‖ sa taciturne altesse,Apprit au roi,‖ sans se faire prier,Que deux beautés,‖ l'une robuste et fière,L'autre plus douce,‖ aux yeux bleus, au teint frais,Couchaient alors‖ dans la gentilhommière.Charle étonné‖ les soupçonne à ces traits ;Il se fait dire‖ et puis redire encoreQuels sont les yeux,‖ la bouche, les cheveux,Le doux parler,‖ le maintien vertueuxDu cher objet‖ de son cœur amoureux :C'est elle enfin,‖ c'est tout ce qu'il adore ;Il en est sûr,‖ il quitte son repas.« Adieu Bonneau :‖ je cours entre ses bras. »Il dit et vole,‖ et non pas sans fracas :Il était roi,‖ cherchant peu le mystère.Plein de sa joie,‖ il répète et reditLe nom d'Agnès,‖ tant qu'Agnès l'entendit.Le couple heureux‖ en trembla dans son lit.Que d'embarras !‖ comment sortir d'affaire ?Voici comment‖ le beau page s'y prit :Près du lambris,‖ dans une grande armoire,On avait mis‖ un petit oratoire,Autel de poche,‖ où, lorsque l'on voulait,Pour quinze sous‖ un capucin venait.Sur le retable,‖ en voûte pratiquée,Est une niche‖ en attendant son saint.D'un rideau vert‖ la niche était masquée.Que fait Monrose ?‖ un beau penser lui vintDe s'ajuster‖ dans la nichée sacrée ;En bienheureux,‖ derrière le rideau,Il se tapit,‖ sans pourpoint, sans manteau.Charles volait,‖ et presque dès l'entréeIl saute au cou‖ de sa belle adorée ;Et, tout en pleurs,‖ il veut jouir des droitsQu'ont les amants,‖ surtout quand ils sont rois.Le saint caché‖ frémit à cette vue ;Il fait du bruit,‖ et la toile remue :Le prince approche,‖ il y porte la main,Il sent un corps,‖ il recule, il s'écrie :« Amour, Satan,‖ saint François, saint Germain !Moitié frayeur‖ et moitié jalousie ;Puis tire à lui,‖ fait tomber sur l'autel,Avec grand bruit,‖ le rideau sous lequelSe blottissait‖ cette aimable figureQu'à son plaisir‖ façonna la nature.Son dos tourné‖ par pudeur étalaitCe que César‖ sans pudeur soumettaitA Nicomède‖ en sa belle jeunesse,Ce que jadis‖ le héros de la GrèceAdmira tant‖ dans son Éphestion,Ce qu'Adrien‖ mit dans le Panthéon :Que les héros,‖ ô ciel, ont de faiblesse !Si mon lecteur‖ n'a point perdu le filDe cette histoire,‖ au moins se souvient-ilQue dans le camp‖ la courageuse JeanneTraça jadis‖ au bas d'un dos profane,D'un doigt conduit‖ par monsieur saint Denys,Adroitement‖ trois belles fleurs de lis.Cet écusson,‖ ces trois fleurs, ce derrière,Émurent Charle :‖ il se mit en prière ;Il croit que c'est‖ un tour de Belzébut.De repentir‖ et de douleur atteinte,La belle Agnès‖ s'évanouit de crainte.Le prince alors,‖ dont le trouble s'accrut,Lui prend les mains :‖ « Qu'on vole ici vers elle,Accourez tous ;‖ le diable est chez ma belle. »Aux cris du roi‖ le confesseur troublé,Non sans regret‖ quitte aussitôt la table ;L'ami Bonneau‖ monte tout essoufflé ;Jeanne s'éveille,‖ et, d'un bras redoutablePrenant ce fer‖ que la victoire suit,Cherche l'endroit‖ d'où partait tout le bruit :Et cependant‖ le baron de CutendreDormait à l'aise,‖ et ne put rien entendre.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Mètre
- Décasyllabes· profil 4+6
- Mots à la rime
- a morale / inégale féminine, classiqueb discours / amours masculine, classiquec effilé / brûlé masculine, classiqued femmes / flammes féminine, classiquee charmants / amants / talents masculine, classiquef sollicitent / excitent féminine, classiqueg appas / embarras masculine, classiqueh frivole / l'école féminine, classiquei présenter / tenter masculine, classiquej égales / intervalles féminine, classiquek oreilles / pareilles féminine, classiquel lois / choix masculine, classiquem philosophie / vie féminine, classiquen temps / amants masculine, classiqueo couvent / sanglant masculine, classiquep affligées / vengées féminine, classiqueq château / d'eau masculine, classiquer tourelles / d'icelles féminine, classiques d'arc / parc masculine, classiquet Cutendre / rendre / tendre féminine, classiqueu logis / pays / amis masculine, classiquev guêtre / prêtre féminine, classiquew gracieux / deux masculine, classiquex fantaisie / folie féminine, classiquey résolut / fût masculine, classiquez lui / celui masculine, classiquea rendre / attendre féminine, classiqueb heureux / deux masculine, classiquec armes / charmes féminine, classiqued frais / Agnès / près masculine, classiquee insatiable / charitable féminine, classiquef dent / bêlant masculine, classiqueg curée / l'entrée féminine, classiqueh ardeur / ravisseur masculine, classiquei joie / proie féminine, classiquej aperçut / parut masculine, classiquek mouvantes / tremblantes féminine, classiquel s'élevaient / haussaient masculine, classiquem maître / prêtre féminine, classiquen bois / voix masculine, classiqueo gouttière / volière féminine, classiquep barreaux / oiseaux masculine, classiqueq emplumée / ramée féminine, classiquer confus / touffus masculine, classiques dorée / assurée féminine, classiquet cotonné / orné masculine, classiqueu âge / page féminine, classiquev jour / amour masculine, classiquew nonnettes / discrètes féminine, classiquex Gabriel / ciel masculine, classiquey Monrose / rose féminine, classiquez là / viola masculine, classiquea mirent / apprirent féminine, classiqueb Agnès / frais masculine, classiquec esclandre / Cutendre féminine, classiqued chemin / inhumain masculine, classiquee colère / plaire féminine, classiquef Belzébut / salut masculine, classiqueg payer / aumônier masculine, classiqueh tremblante / détente féminine, classiquei part / hasard masculine, classiquej mirée / égarée féminine, classiquek sûr / dur masculine, classiquel détestable / aimable féminine, classiquem vainqueur / cœur masculine, classiquen chrétien / chien masculine, classiqueo luxure / tonsure féminine, classiquep Dieu / adieu masculine, classiqueq déloyale / infernale féminine, classiquer impénitent / Satan masculine, classiques tristesse / maîtresse féminine, classiquet douleur / confesseur masculine, classiqueu remarque / monarque féminine, classiquev docteur / directeur masculine, non classiquew d'indulgence / balance / conscience féminine, classiquex mains / chemins masculine, classiquey composant / complaisant masculine, classiquez adresse / maîtresse féminine, classiquea gallique / Dominique féminine, classiqueb Bonifoux / tous / doux masculine, classiquec animale / fatale féminine, classiqued vraiment / aisément masculine, classiquee vogue / Décalogue féminine, classiquef croyants / charmants masculine, classiqueg père / colère / mystère féminine, classiqueh sœurs / douceurs masculine, classiquei reçut / Ruth masculine, classiquej Bethsabée / absorbée féminine, classiquek sérail / bercail masculine, classiquel crinière / singulière féminine, classiquem partage / sage féminine, classiquen voix / rois masculine, classiqueo trace / grâce féminine, classiquep l'amour / tour masculine, classiqueq bon / Salomon masculine, classiquer détresses / maîtresses féminine, classiques plus / répandus masculine, classiquet plaintive / rive féminine, classiqueu hardi / rebondi masculine, classiquev lui-même / aime féminine, classiquew amant / confident masculine, classiquex haleine / ramène féminine, classiquey lieux / yeux masculine, classiquez parle / Charle féminine, classiquea point / pourpoint masculine, classiqueb cuisine / clandestine / divine féminine, classiquec échappé / occupé masculine, classiqued bien / rien masculine, classiquee aventure / luxure féminine, classiquef respectueux / incestueux masculine, classiqueg craintes / complaintes féminine, classiqueh Anglais / jamais masculine, classiquei Ourse / course féminine, classiquej pensif / mémoratif masculine, classiquek heure / demeure féminine, classiquel nuit / conduit masculine, classiquem peine / plaine féminine, classiquen Bonneau / château masculine, classiqueo page / voyage féminine, classiquep canal / rival masculine, classiqueq ennui / lui masculine, classiquer lune / commune féminine, classiques cœur / chaleur / ardeur masculine, classiquet entendre / tendre féminine, classiqueu bénin / patelin / main masculine, classiquev quatre / abattre féminine, classiquew coursiers / madriers masculine, classiquex chemine / cuisine féminine, classiquey lieu / Dieu masculine, classiquez gentilhomme / somme féminine, classiquea compliment / appartement masculine, classiqueb solitude / inquiétude féminine, classiquec pas / appas masculine, classiqued davantage / page féminine, classiquee Agnès / discrets masculine, classiquef avide / timide féminine, classiqueg pas / délicats masculine, classiqueh elle / belle féminine, classiquei tâtons / talons masculine, classiquej chambre / l'ambre féminine, classiquek sympathiquement / l'aimant masculine, classiquel jette / couchette féminine, classiquem draps / appas masculine, classiquen force / l'amorce féminine, classiqueo amoureux / yeux masculine, classiquep demi-closes / roses féminine, classiqueq cherchèrent / parlèrent féminine, classiquer désirs / plaisirs masculine, classiques suspendre / tendre féminine, classiquet impatient / promptement masculine, classiqueu parure / nature féminine, classiquev inconnu / nu masculine, classiquew Zéphyre / Cynire / soupire féminine, classiquex l'Amour / jour masculine, classiquey château / Bonneau masculine, classiquez tristesse / altesse féminine, classiquea métier / prier masculine, classiqueb fière / gentilhommière féminine, classiquec frais / traits masculine, classiqued encore / adore féminine, classiquee cheveux / vertueux / amoureux masculine, classiquef repas / bras / fracas masculine, classiqueg mystère / d'affaire féminine, classiqueh redit / l'entendit masculine, classiquei lit / prit masculine, classiquej armoire / oratoire féminine, classiquek voulait / venait masculine, classiquel pratiquée / masquée féminine, classiquem saint / vint masculine, classiquen sacrée / l'entrée / adorée féminine, classiqueo rideau / manteau masculine, classiquep droits / rois masculine, classiqueq vue / remue féminine, classiquer main / Germain masculine, classiques s'écrie / jalousie féminine, classiquet l'autel / lequel masculine, classiqueu figure / nature féminine, classiquev étalait / soumettait masculine, classiquew jeunesse / Grèce / faiblesse féminine, classiquex Éphestion / Panthéon masculine, classiquey fil / souvient-il masculine, classiquez Jeanne / profane féminine, classiquea Denys / lis masculine, classiqueb derrière / prière féminine, classiquec Belzébut / s'accrut masculine, classiqued atteinte / crainte féminine, classiquef troublé / essoufflé masculine, classiqueg table / redoutable féminine, classiqueh suit / bruit masculine, classiquei Cutendre / entendre féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
397 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète de Voltaire, Paris, Furne, Libraire-Éditeur, 1835· numérisation poesies.net· Sources