La Pucelle d’Orléans, 1752
Chant Xiii
Argument Sortie du château de Cutendre. Combat de la Pucelle et de Jean Chandos : étrange loi du combat à laquelle la Pucelle est soumise. Vision du père Bonifoux. Miracle qui sauve l’honneur de Jeanne.
C'était le temps‖ de la saison brillante,Quand le soleil‖ aux bornes de son coursPrend sur les nuits‖ pour ajouter aux jours,Et se plaisant,‖ dans sa démarche lente,A contempler‖ nos fortunés climats,Vers le tropique‖ arrête encor ses pas.O grand saint Jean !‖ c'était alors ta fête ;Premier des Jeans,‖ orateur des déserts,Toi qui criais‖ jadis à pleine tête :« Que du salut‖ les chemins soient ouverts ;Grand précurseur,‖ je t'aime, je te sers.Un autre Jean‖ eut la bonne fortuneDe voyager‖ au pays de la luneAvec Astolphe,‖ et rendit la raison,Si l'on en croit‖ un auteur véridique,Au paladin‖ amoureux d'Angélique :Rends-moi la mienne,‖ ô Jean, second du nom !Tu protégeas‖ ce chantre aimable et rareQui réjouit‖ les seigneurs de FerrarePar le tissu‖ de ses contes plaisants ;Tu pardonnas‖ aux vives apostrophesQu'il t'adressa‖ dans ses comiques strophes :Étends sur moi‖ tes secours bienfaisants ;J'en ai besoin,‖ car tu sais que les gensSont bien plus sots‖ et bien moins indulgentsQu'on ne l'était‖ au siècle du génie,Quand l'Arioste‖ illustrait l'Italie.Protège-moi‖ contre ces durs esprits,Frondeurs pesants‖ de mes légers écrits.Si quelquefois‖ l'innocent badinageVient en riant‖ égayer mon ouvrage,Quand il le faut‖ je suis très-sérieux ;Mais je voudrais‖ n'être point ennuyeux.Conduis ma plume,‖ et surtout daigne faireMes compliments‖ à Denys ton confrère.En accourant,‖ la fière Jeanne d'ArcD'une lucarne‖ aperçut dans le parcCent palefrois,‖ une brillante troupeDe chevaliers‖ portant dames en croupe,Et d'écuyers‖ qui tenaient dans leurs mainsTout l'attirail‖ des combats inhumains,Cent boucliers‖ où des nuits la courrièreRéfléchissait‖ sa tremblante lumière ;Cent casques d'or‖ d'aigrettes ombragés,Et les longs bois‖ d'un fer pointu chargés,Et des rubans‖ dont les touffes doréesPendaient au bout‖ des lances acérées.Voyant cela,‖ Jeanne crut fermementQue les Anglais‖ avaient surpris Cutendre :Mais Jeanne d'Arc‖ se trompa lourdement.En fait de guerre‖ on peut bien se méprendre,Ainsi qu'ailleurs :‖ mal voir et mal entendreDe l'héroïne‖ était souvent le cas,Et saint Denys‖ ne l'en corrigea pas.Ce n'étaient point‖ des enfants d'Angleterre,Qui de Cutendre‖ avaient surpris la terre ;C'est ce Dunois‖ de Milan revenu,Ce grand Dunois‖ à Jeanne si connu ;C'est La Trimouille‖ avec sa Dorothée.Elle était d'aise‖ et d'amour transportée ;Elle en avait‖ sujet assurément :Elle voyage‖ avec son cher amant,Ce cher amant,‖ ce tendre La Trimouille,Que l'honneur guide‖ et que l'amour chatouille.Elle le suit‖ toujours avec honneur,Et ne craint plus‖ monsieur l'inquisiteur.En nombre pair‖ cette troupe doréeDans le château,‖ la nuit, était entrée.Jeanne y vola :‖ le bon roi, qui la vit,Crut qu'elle allait‖ combattre, et la suivit ;Et dans l'erreur‖ qui trompait son courage,Il laisse encor‖ Agnès avec son page.O page heureux,‖ et plus heureux cent foisQue le plus grand,‖ le plus chrétien des roisQue de bon cœur‖ alors tu rendis grâceAu benoît saint‖ dont tu tenais la place !Il te fallut‖ rhabiller promptement ;Tu rajustas‖ ta trousse diaprée ;Agnès t'aidait‖ d'une main timorée,Qui s'égarait‖ et se trompait souvent.Que de baisers‖ sur sa bouche de roseElle reçut‖ en rhabillant Monrose !Que son bel œil,‖ le voyant rajusté,Semblait encor‖ chercher la volupté !Monrose au parc‖ descendit sans rien dire.Le confesseur‖ tout saintement soupire,Voyant passer‖ ce beau jeune garçon,Qui lui donnait‖ de la distraction.La douce Agnès‖ composa son visage,Ses yeux, son air,‖ son maintien, son langage.Auprès du roi‖ Bonifoux se rendit,Le consola,‖ le rassura, lui ditQue dans la niche‖ un envoyé célesteÉtait d'en haut‖ venu pour annoncerQue des Anglais‖ la puissance funesteTouchait au terme,‖ et que tout doit passer ;Que le roi Charle‖ obtiendrait la victoire.Charles le crut,‖ car il aimait à croire.La fière Jeanne‖ appuya ce discours.« Du ciel, dit-elle,‖ acceptons le secours ;Venez, grand prince,‖ et rejoignons l'armée,De votre absence‖ à bon droit alarmée. »Sans balancer,‖ La Trimouille et DunoisDe cet avis‖ furent à haute voix.Par ce héros‖ la belle DorothéeHonnêtement‖ au roi fut présentée.Agnès la baise,‖ et le noble escadronSortit enfin‖ du logis du baron.Le juste ciel‖ aime souvent à rireDes passions‖ du sublunaire empire.Il regardait‖ cheminer dans les champsCet escadron‖ de héros et d'amants.Le roi de France‖ allait près de sa belle,Qui, s'efforçant‖ d'être toujours fidèle,Sur son cheval‖ la main lui présentait,Serrait la sienne,‖ exhalait sa tendresse,Et cependant,‖ ô comble de faiblesse !De temps en temps‖ le beau page lorgnait.Le confesseur‖ psalmodiant suivait,Des voyageurs‖ récitait la prière,S'interrompait‖ en voyant tant d'attraits,Et regardait‖ avec des yeux distraitsLe roi, le page,‖ Agnès, et son bréviaire.Tout brillant d'or,‖ et le cœur plein d'amour,Ce La Trimouille,‖ ornement de la cour,Caracolait‖ auprès de DorothéeIvre de joie,‖ et d'amour transportée,Qui le nommait‖ son cher libérateur,Son cher amant,‖ l'idole de son cœur.Il lui disait :‖ « Je veux, après la guerre,Vivre à mon aise‖ avec vous dans ma terreO cher objet,‖ dont je suis toujours fou !Quand serons-nous‖ tous les deux en Poitou ? »Jeanne auprès d'eux,‖ ce fier soutien du trône,Portant corset‖ et jupon d'amazone,Le chef orné‖ d'un petit chapeau vert,Enrichi d'or‖ et de plumes couvert,Sur son fier âne‖ étalait ses gros charmes,Parlait au roi,‖ courait, allait le pas,Se rengorgeait‖ et soupirait tout basPour le Dunois‖ compagnon de ses armes :Car elle avait‖ toujours le cœur ému,Se souvenant‖ de l'avoir vu tout nu.Bonneau, portant‖ barbe de patriarche,Suant, soufflant,‖ Bonneau fermait la marche.O d'un grand roi‖ serviteur précieux !Il pense à tout ;‖ il a soin de conduireDeux gros mulets‖ tout chargés de vin vieux,Longs saucissons,‖ pâtés délicieux,Jambons, poulets,‖ ou cuits ou prêts à cuire.On avançait,‖ alors que Jean Chandos,Cherchant partout‖ son Agnès et son page,Au coin d'un bois,‖ près d'un certain passage,Le fer en main‖ rencontra nos héros.Chandos avait‖ une suite assez belleDe fiers Bretons,‖ pareille en nombre à celleQui suit les pas‖ du monarque amoureux ;Mais elle était‖ d'espèce différente,On n'y voyait‖ ni tetons ni beaux yeux.« Oh ! oh ! dit-il‖ d'une voix menaçante,Galants Français,‖ objet de mon courroux,Vous aurez donc‖ trois filles avec vous,Et moi, Chandos,‖ je n'en aurai pas une ?Çà, combattons :‖ je veux que la fortuneDécide ici‖ qui sait le mieux de nousMettre à plaisir‖ ses ennemis dessous,Frapper d'estoc‖ et pointer de sa lance.Que de vous tous‖ le plus ferme s'avance,Qu'on entre en lice ;‖ et celui qui vaincraL'une des trois‖ à son aise tiendra. »Le roi, piqué‖ de cette offre cynique,Veut l'en punir,‖ s'avance, prend sa pique.Dunois lui dit :‖ « Ah ! laissez-moi, seigneur,Venger mon prince‖ et des dames l'honneur. »Il dit et court :‖ La Trimouille l'arrête ;Chacun prétend‖ à l'honneur de la fête.L'ami Bonneau,‖ toujours de bon accord,Leur proposa‖ de s'en remettre au sort.Car c'est ainsi‖ que les guerriers antiquesEn ont usé‖ dans les temps héroïques :Même aujourd'hui‖ dans quelques républiquesPlus d'un emploi,‖ plus d'un rang glorieux,Se tire au dés,‖ et tout en va bien mieux.Si j'osais même‖ en cette noble histoireCiter des gens‖ que tout mortel doit croire,Je vous dirais‖ que monsieur saint MathiasObtint ainsi‖ la place de Judas.Le gros Bonneau‖ tient le cornet, soupire,Craint pour son roi,‖ prend les dés, roule, tire.Denys, du haut‖ du céleste rempart,Voyait le tout‖ d'un paternel regard ;Et, contemplant‖ la Pucelle et son âne,Il conduisait‖ ce qu'on nomme hasard.Il fut heureux,‖ le sort échut à Jeanne.Jeanne, c'était‖ pour vous faire oublierL'infâme jeu‖ de ce grand cordelier,Qui ci-devant‖ avait raflé vos charmes.Jeanne à l'instant‖ court au roi, court aux armes,Modestement‖ va derrière un buissonSe délacer,‖ détacher son jupon,Et revêtir‖ son armure sacrée,Qu'un écuyer‖ tient déjà préparée ;Puis sur son âne‖ elle monte en courroux,Branlant sa lance,‖ et serrant les genoux :Elle invoquait‖ les onze mille belles,Du pucelage‖ héroïnes fidèles.Pour Jean Chandos,‖ cet indigne chrétien,Dans les combats‖ n'invoquait jamais rien.Jean contre Jeanne‖ avec fureur avance :Des deux côtés‖ égale est la vaillance ;Âne et cheval,‖ bardés, coiffés de fer,Sous l'éperon‖ partent comme un éclair,Vont se heurter,‖ et de leur tête dureFront contre front‖ fracassent leur armure ;La flamme en sort,‖ et le sang du coursierTeint les éclats‖ du voltigeant acier.Du choc affreux‖ les échos retentissent ;Des deux coursiers‖ les huit pieds rejaillissent ;Et les guerriers,‖ du coup désarçonnés,Tombent chacun‖ sur la croupe étonnés :Ainsi qu'on voit‖ deux boules suspenduesAux bouts égaux‖ de deux cordes tendues,Dans une courbe‖ au même instant partir,Hâter leur cours,‖ se heurter, s'aplatir,Et remonter‖ sous le choc qui les presse,Multipliant‖ leur poids par leur vitesse.Chaque parti‖ crut morts les deux coursiers,Et tressaillit‖ pour les deux chevaliers.Or des Français‖ la championne augusteN'avait la chair‖ si ferme, si robuste,Les os si durs,‖ les membres si dispos,Si musculeux‖ que le fier Jean Chandos.Son équilibre‖ ayant dans cette rixeAbandonné‖ sa ligne et son point fixe,Son quadrupède‖ un haut-le-corps lui fit,Qui dans le pré‖ Jeanne d'Arc étendit,Sur son beau dos,‖ sur sa cuisse gentille,Et comme il faut‖ que tombe toute fille.Chandos pensait‖ qu'en ce grand désarroiIl avait mis‖ ou Dunois ou le roi ;Il veut soudain‖ contempler sa conquête :Le casque ôté,‖ Chandos voit une têteOù languissaient‖ deux grands yeux noirs et longs.De la cuirasse‖ il défait les cordons ;Il voit (ô ciel !‖ ô plaisir ! ô merveille !)Deux gros tetons‖ de figure pareille,Unis, polis,‖ séparés, demi-ronds,Et surmontés‖ de deux petits boutons,Qu'en sa naissance‖ a la rose merveille.On tient qu'alors,‖ en élevant la voix,Il bénit Dieu‖ pour la première fois.« Elle est à moi,‖ la Pucelle de France !S'écria-t-il ;‖ contentons ma vengeance.J'ai, grâce au ciel,‖ doublement méritéDe mettre à bas‖ cette fière beauté.Que saint Denys‖ me regarde et m'accuse ;Mars et l'Amour‖ sont mes droits, et j'en use. »Son écuyer‖ disait : « Poussez, milord ;Du trône anglais‖ affermissez le sort.Frère Lourdis‖ en vain nous décourage ;Il jure en vain‖ que ce saint pucelageEst des Troyens‖ le grand palladium,Le bouclier‖ sacré du Latium ;De la victoire‖ il est, dit-il, le gage ;C'est l'oriflamme ;‖ il faut vous en saisir.— Oui, dit Chandos,‖ et j'aurai pour partageLes plus grands biens,‖ la gloire et le plaisir. »Jeanne pâmée‖ écoutait ce langageAvec horreur,‖ et faisait mille vœuxA saint Denys,‖ ne pouvant faire mieux.Le grand Dunois,‖ d'un courage héroïque,Veut empêcher‖ le triomphe impudique :Mais comment faire ?‖ Il faut dans tout étatQu'on se soumette‖ à la loi du combat.Les fers en l'air‖ et la tête penchée,L'oreille basse‖ et du choc écorchée,Languissamment‖ le céleste baudetD'un œil confus‖ Jean Chandos regardait.Il nourrissait‖ dès longtemps dans son âmePour la Pucelle‖ une discrète flamme,Des sentiments‖ nobles et délicatsTrès-peu connus‖ des ânes d'ici-bas.Le confesseur‖ du bon monarque CharleTremble en sa chair‖ alors que Chandos parle.Il craint surtout‖ que son cher pénitent,Pour soutenir‖ la gloire de la France,Qu'on avilit‖ avec tant d'impudence,A son Agnès‖ n'en veuille faire autant ;Et que la chose‖ encor soit imitéePar La Trimouille‖ et par sa Dorothée.Au pied d'un chêne‖ il entre en oraison,Et fait tout bas‖ sa méditationSur les effets,‖ la cause, la natureDu doux péché‖ qu'aucuns nomment luxure.En méditant‖ avec attention,Le benoît moine‖ eut une visionAssez semblable‖ au prophétique songeDe ce Jacob,‖ heureux par un mensonge,Pate-pelu‖ dont l'esprit lucratifAvait vendu‖ ses lentilles en Juif.Ce vieux Jacob‖ (ô sublime mystère !)Devers l'Euphrate‖ une nuit aperçutMille béliers‖ qui grimpèrent en rutSur des brebis‖ qui les laissèrent faire.Le moine vit‖ de plus plaisants objets ;Il vit courir‖ à la même aventure,Tous les héros‖ de la race future.Il observait‖ les différents attraitsDe ces beautés‖ qui, dans leur douce guerre,Donnent des fers‖ aux maîtres de la terre.Chacune était‖ auprès de son héros,Et l'enchaînait‖ des chaînes de Paphos.Tels, au retour‖ de Flore et de Zéphyre,Quand le printemps‖ reprend son doux empire,Tous ces oiseaux,‖ peints de mille couleurs,Par leurs amours‖ agitent les feuillages :Les papillons‖ se baisent sur les fleurs,Et les lions‖ courent sous les ombragesA leurs moitiés‖ qui ne sont plus sauvages.C'est-là qu'il vit‖ le beau François premier.Ce brave roi,‖ ce loyal chevalier,Avec Étampe‖ heureusement oublieLes autres fers‖ qu'il reçut à Pavie.Là Charles-Quint‖ joint le myrte au laurier,Sert à la fois‖ la Flamande et la Maure.Quels rois, ô ciel !‖ l'un à ce beau métierGagne la goutte,‖ et l'autre pis encore.Près de Diane‖ on voir danser les Ris,Aux mouvements‖ que l'Amour lui fait faireQuand dans ses bras‖ tendrement elle serre,En se pâmant,‖ le second des Henris.De Charles neuf‖ le successeur volage,Quitte en riant‖ sa Chloris pour un page,Sans s'alarmer‖ des troubles de Paris.Mais quels combats‖ le jacobin vit rendrePar Borgia‖ le sixième Alexandre !En cent tableaux‖ il est représenté :Là sans tiare,‖ et d'amour transporté :Tournant le dos,‖ troussant sa soutanelle,Avec Vanoze‖ il se fait sa femelle ;Un peu plus bas‖ on voit Sa SaintetéPour ses plaisirs‖ convoitant sa famille,Qui s'attendrit‖ pour Lucrèce sa fille.O Léon dix !‖ ô sublime Paul trois !A ce beau jeu‖ vous passiez tous les rois ;Mais vous cédez‖ à mon grand Béarnois,A ce vainqueur‖ de la Ligue rebelle,A mon héros‖ plus connu mille foisPar les plaisirs‖ que goûta Gabrielle,Que par vingt ans‖ de travaux et d'exploits.Bientôt on voit‖ le plus beau des spectacles,Ce siècle heureux,‖ ce siècle des miracles,Ce grand Louis,‖ cette superbe courOù tous les arts‖ sont instruits par l'Amour.L'Amour bâtit‖ le superbe Versailles ;L'Amour, aux yeux‖ des peuples éblouis,D'un lit de fleurs‖ fait un trône à Louis :Malgré les cris‖ du fier dieu des batailles,L'Amour amène‖ au plus beau des humainsDe cette cour‖ les rivales charmantes,Toutes en feu,‖ toutes impatientes :De Mazarin‖ la nièce aux yeux divins,La généreuse‖ et tendre la Vallière,La Montespan‖ plus ardente et plus fière.L'une se livre‖ au moment de jouir,Et l'autre attend‖ le moment du plaisir.Voici le temps‖ de l'aimable Régence,Temps fortuné,‖ marqué par la licence,Où la Folie,‖ agitant son grelot,D'un pied léger‖ parcourt toute la France,Où nul mortel‖ ne daigne être dévot,Où l'on fait tout‖ excepté pénitence.Le bon Régent,‖ de son Palais-Royal,Des voluptés‖ donne à tous le signal.Vous répondez‖ à ce signal aimable,Jeune Daphné,‖ bel astre de la cour ;Vous répondez‖ du sein du Luxembourg,Vous que Bacchus‖ et le dieu de la tableMènent au lit,‖ escortés par l'Amour.Mais je m'arrête,‖ et de ce dernier âgeJe n'ose en vers‖ tracer la vive image :Trop de péril‖ suit ce charme flatteur.Le temps présent‖ est l'Arche du Seigneur :Qui la touchait‖ d'une main trop hardie,Puni du ciel,‖ tombait en léthargie.Je me tairai ;‖ mais si j'osais pourtant,O des beautés‖ aujourd'hui la plus belle !O tendre objet,‖ noble, simple, touchant,Et plus qu'Agnès‖ généreuse et fidèle !Si j'osais mettre‖ à vos genoux charnusCe grain d'encens‖ que l'on doit à Vénus ;Si de l'Amour‖ je déployais les armes ;Si je chantais‖ ce tendre et doux lien ;Si je disais…‖ Non, je ne dirai rien :Je serais trop‖ au-dessous de vos charmes.Dans son extase‖ enfin le moine noirVit à plaisir‖ ce que je n'ose voir.D'un œil avide,‖ et toujours très-modeste,Il contemplait‖ le spectacle célesteDe ces beautés,‖ de ces nobles amants,De ces plaisirs‖ défendus et charmants.« Hélas ! dit-il,‖ si les grands de la terreFont deux à deux‖ cette éternelle guerre ;Si l'univers‖ doit en passer par là,Dois-je gémir‖ que Jean Chandos se metteA deux genoux‖ auprès de sa brunette ?Du seigneur Dieu‖ la volonté soit faite :Amen, amen.‖ » Il dit, et se pâma,Croyant jouir‖ de tout ce qu'il voit là.Mais saint Denys‖ était loin de permettreQu'aux yeux du ciel‖ Jean Chandos allât mettreEt la Pucelle‖ et la France aux abois.Ami lecteur,‖ vous avez quelquefoisOuï conter‖ qu'on nouait l'aiguillette.C'est une étrange‖ et terrible recette,Et dont un saint‖ ne doit jamais userQue quand d'une autre‖ il ne peut s'aviser.D'un pauvre amant‖ le feu se tourne en glace ;Vif et perclus‖ sans rien faire il se lasse ;Dans ses efforts‖ étonné de languir,Et consumé‖ sur le bord du plaisir.Telle une fleur,‖ des feux du jour séchée,La tête basse‖ et la tige penchée,Demande en vain‖ les humides vapeursQui lui rendaient‖ la vie et les couleurs.Voilà comment‖ le bon Denys arrêteLe fier Anglais‖ dans ses droits de conquête.Jeanne, échappant‖ à son vainqueur confus,Reprend ses sens‖ quand il les a perdus ;Puis d'une voix‖ imposante et terrible,Elle lui dit :‖ « Tu n'es pas invincible :Tu vois qu'ici,‖ dans le plus grand combat,Dieu t'abandonne,‖ et ton cheval s'abat ;Dans l'autre un jour‖ je vengerai la France,Denys le veut,‖ et j'en ai l'assurance ;Et je te donne‖ avec tes combattantsUn rendez-vous‖ sous les murs d'Orléans. »Le grand Chandos‖ lui repartit : « Ma belle,Vous m'y verrez ;‖ pucelle ou non pucelle,J'aurai pour moi‖ saint George le très-fort,Et je promets‖ de réparer mon tort. »
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 13[abba] 149[aa] 3[ababb] 5[abab] 2[abaab] 1[aaa] 1[aabab] 2[aabba] 2[ababa] 1[abbacca] 1[abbab] 1[abbbaa]
- Mètre
- Décasyllabes· profil 4+6
- Mots à la rime
- a brillante / lente féminine, classiqueb cours / jours masculine, classiquec climats / pas masculine, classiqued fête / tête féminine, classiquee déserts / ouverts / sers masculine, classiquef fortune / lune féminine, classiqueg raison / nom masculine, classiqueh véridique / d'Angélique féminine, classiquei rare / Ferrare féminine, classiquej plaisants / bienfaisants masculine, classiquek apostrophes / strophes féminine, classiquel gens / indulgents masculine, classiquem génie / l'Italie féminine, classiquen esprits / écrits masculine, classiqueo badinage / ouvrage féminine, classiquep très-sérieux / ennuyeux masculine, classiqueq faire / confrère féminine, classiquer d'Arc / parc masculine, classiques troupe / croupe féminine, classiquet mains / inhumains masculine, classiqueu courrière / lumière féminine, classiquev ombragés / chargés masculine, classiquew dorées / acérées féminine, classiquex fermement / lourdement masculine, classiquey Cutendre / méprendre / entendre féminine, classiquez cas / pas masculine, classiquea d'Angleterre / terre féminine, classiqueb revenu / connu masculine, classiquec Dorothée / transportée féminine, classiqued assurément / amant masculine, classiquee Trimouille / chatouille féminine, classiquef honneur / l'inquisiteur masculine, classiqueg dorée / entrée féminine, classiqueh vit / suivit masculine, classiquei courage / page féminine, classiquej fois / rois masculine, classiquek grâce / place féminine, classiquel promptement / souvent masculine, classiquem diaprée / timorée féminine, classiquen rose / Monrose féminine, classiqueo rajusté / volupté masculine, classiquep dire / soupire féminine, classiqueq garçon / distraction masculine, classiquer visage / langage féminine, classiques rendit / dit masculine, classiquet céleste / funeste féminine, classiqueu annoncer / passer masculine, classiquev victoire / croire féminine, classiquew discours / secours masculine, classiquex l'armée / alarmée féminine, classiquey Dunois / voix masculine, classiquez Dorothée / présentée féminine, classiquea escadron / baron masculine, classiqueb rire / empire féminine, classiquec champs / d'amants masculine, classiqued belle / fidèle féminine, classiquee présentait / lorgnait masculine, classiquef tendresse / faiblesse féminine, classiqueg suivait / d'attraits / distraits masculine, classiqueh prière / bréviaire féminine, classiquei d'amour / cour masculine, non classiquek libérateur / cœur masculine, classiquel guerre / terre féminine, classiquem fou / Poitou masculine, classiquen trône / d'amazone féminine, classiqueo vert / couvert masculine, classiquep charmes / armes féminine, classiqueq pas / bas masculine, classiquer ému / nu masculine, classiques patriarche / marche féminine, classiquet précieux / vieux / délicieux masculine, classiqueu conduire / cuire féminine, classiquev Chandos / héros masculine, classiquew page / passage féminine, classiquex belle / celle féminine, classiquey amoureux / yeux masculine, classiquez différente / menaçante féminine, classiquea courroux / vous masculine, classiqueb une / fortune féminine, classiquec nous / dessous masculine, classiqued lance / s'avance féminine, classiquee vaincra / tiendra masculine, classiquef cynique / pique féminine, classiqueg seigneur / l'honneur masculine, classiqueh l'arrête / fête féminine, classiquei accord / sort masculine, classiquej antiques / héroïques / républiques féminine, classiquek glorieux / mieux masculine, classiquel histoire / croire féminine, classiquem Mathias / Judas masculine, classiquen soupire / tire féminine, classiqueo rempart / regard / hasard masculine, classiquep âne / Jeanne féminine, classiqueq oublier / cordelier masculine, classiques buisson / jupon masculine, classiquet sacrée / préparée féminine, classiqueu courroux / genoux masculine, classiquev belles / fidèles féminine, classiquew chrétien / rien masculine, classiquex avance / vaillance féminine, classiquey fer / éclair masculine, classiquez dure / armure féminine, classiquea coursier / acier masculine, classiqueb retentissent / rejaillissent féminine, classiquec désarçonnés / étonnés masculine, classiqued suspendues / tendues féminine, classiquee partir / s'aplatir masculine, classiquef presse / vitesse féminine, classiqueg coursiers / chevaliers masculine, classiqueh auguste / robuste féminine, classiquei dispos / Chandos masculine, classiquej rixe / fixe féminine, classiquek fit / étendit masculine, classiquel gentille / fille féminine, classiquem désarroi / roi masculine, classiquen conquête / tête féminine, classiqueo longs / cordons masculine, classiquep merveille / pareille féminine, classiqueq demi-ronds / boutons masculine, classiquer voix / fois masculine, classiques France / vengeance féminine, classiquet mérité / beauté masculine, classiqueu m'accuse / use féminine, classiquev milord / sort masculine, classiquew décourage / pucelage féminine, classiquex palladium / Latium masculine, classiquey gage / partage / langage féminine, classiquez saisir / plaisir masculine, classiquea vœux / mieux masculine, classiqueb héroïque / impudique féminine, classiquec état / combat masculine, classiqued penchée / écorchée féminine, classiquee baudet / regardait masculine, classiquef âme / flamme féminine, classiqueg délicats / d'ici-bas masculine, classiqueh Charle / parle féminine, classiquei pénitent / autant masculine, classiquej France / d'impudence féminine, classiquek imitée / Dorothée féminine, classiquel oraison / méditation masculine, classiquem nature / luxure féminine, classiquen attention / vision masculine, classiqueo songe / mensonge féminine, classiquep lucratif / Juif masculine, classiqueq mystère / faire féminine, classiquer aperçut / rut masculine, classiques objets / attraits masculine, classiquet aventure / future féminine, classiquev héros / Paphos masculine, classiquew Zéphyre / empire féminine, classiquex couleurs / fleurs masculine, classiquey feuillages / ombrages / sauvages féminine, classiquez premier / chevalier masculine, classiquea oublie / Pavie féminine, classiqueb laurier / métier masculine, classiquec Maure / encore féminine, classiqued Ris / Henris / Paris masculine, classiquee faire / serre féminine, classiquef volage / page féminine, classiqueg rendre / Alexandre féminine, classiqueh représenté / transporté / Sainteté masculine, classiquei soutanelle / femelle féminine, classiquej famille / fille féminine, classiquek trois / rois masculine, classiquel Béarnois / fois / d'exploits masculine, classiquem rebelle / Gabrielle féminine, équivalenten spectacles / miracles féminine, classiqueo cour / l'Amour masculine, classiquep Versailles / batailles féminine, classiqueq éblouis / Louis masculine, classiquer humains / divins masculine, classiques charmantes / impatientes féminine, classiquet Vallière / fière féminine, classiqueu jouir / plaisir masculine, classiquev Régence / licence féminine, classiquew grelot / dévot masculine, classiquex France / pénitence féminine, classiquey Palais-Royal / signal masculine, classiquez aimable / table féminine, classiquea cour / Luxembourg / l'Amour masculine, classiqueb âge / image féminine, classiquec flatteur / Seigneur masculine, classiqued hardie / léthargie féminine, classiquee pourtant / touchant masculine, classiqueg charnus / Vénus masculine, classiqueh armes / charmes féminine, classiquei lien / rien masculine, classiquej noir / voir masculine, classiquek très-modeste / céleste féminine, classiquel amants / charmants masculine, classiquem terre / guerre féminine, classiquen là / pâma masculine, non classiqueo mette / brunette / faite féminine, non classiquep permettre / mettre féminine, classiqueq abois / quelquefois masculine, classiquer l'aiguillette / recette féminine, classiques user / s'aviser masculine, classiquet glace / lasse féminine, classiqueu languir / plaisir masculine, classiquev séchée / penchée féminine, classiquew vapeurs / couleurs masculine, classiquex arrête / conquête féminine, classiquey confus / perdus masculine, classiquez terrible / invincible féminine, classiquea combat / s'abat masculine, classiqueb France / l'assurance féminine, classiquec combattants / d'Orléans masculine, classiqued belle / pucelle féminine, classiquee très-fort / tort masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.1
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441 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète de Voltaire, Paris, Furne, Libraire-Éditeur, 1835· numérisation poesies.net· Sources