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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La Pucelle d’Orléans, 1752

Chant Xvi

Voltaire· strophe unique, décasyllabes, 397 vers

Argument Comment saint Pierre apaisa saint George et saint Denys, et comment il promit un beau prix à celui des deux qui lui apporterait la meilleure ode. Mort de la belle Rosamore.

Palais des cieux,‖ ouvrez-vous à ma voix.Êtres brillants‖ aux six ailes légères,Dieux emplumés,‖ dont les mains tutélairesFont les destins‖ des peuples et des rois !Vous qui cachez,‖ en étendant vos ailes,Des derniers cieux‖ les splendeurs éternelles,Daignez un peu‖ vous ranger de côté :Laissez-moi voir,‖ en cette horrible affaire,Ce qui se passe‖ au fond du sanctuaire ;Et pardonnez‖ ma curiosité.Cette prière‖ est de l'abbé Trithème,Non pas de moi ;‖ car mon œil effrontéNe peut percer‖ jusqu'à la cour suprême ;Je n'aurais pas‖ tant de témérité.Le dur saint George‖ et Denys notre apôtreÉtaient au ciel‖ enfermés l'un et l'autre ;Ils voyaient tout ;‖ mais ils ne pouvaient pasPrêter leurs mains‖ aux terrestres combats ;Ils cabalaient :‖ c'est tout ce qu'on peut faireEt ce qu'on fait‖ quand on est à la cour.George et Denys‖ s'adressent tour à tourDans l'empyrée‖ au bon monsieur saint Pierre.Ce grand portier,‖ dont le pape est vicaire,Dans ses filets‖ enveloppant le sort,Sous ses deux clefs‖ tient la vie et la mort.Pierre leur dit :‖ « Vous avez pu connaître,Mes chers amis,‖ quel affront je reçusQuand je remis‖ une oreille à Malchus.Je me souviens‖ de l'ordre de mon maître ;Il fit rentrer‖ mon fer dans son fourreau :Il m'a privé‖ du droit brillant des armes ;Mais j'imagine‖ un moyen tout nouveauPour décider‖ de vos grandes alarmes.« Vous, saint Denys,‖ prenez dans ce cantonLes plus grands saints‖ qu'ait vus naître la France ;Vous, monsieur George,‖ allez en diligencePrendre les saints‖ de l'île d'Albion.Que chaque troupe‖ en ce moment composeUn hymne en vers,‖ non pas une ode en prose.Houdart a tort ;‖ il faut dans ces hauts lieuxParler toujours‖ le langage des dieux ;Qu'on fasse, dis-je,‖ une ode pindariqueOù le poète‖ exalte mes vertus,Ma primauté,‖ mes droits, mes attributs,Et que le tout‖ soit mis vite en musique :Chez les mortels,‖ il faut toujours du tempsPour rimailler‖ des vers assez méchants ;On va plus vite‖ au séjour de la gloire.Allez, vous dis-je,‖ exercez vos talents ;La meilleure ode‖ obtiendra la victoire,Et vous ferez‖ le sort des combattants. »Ainsi parla,‖ du plus haut de son trône,Aux deux rivaux‖ l'infaillible Barjone ;Cela fut dit‖ en deux mots tout au plus,Le laconisme‖ est langue des élus.En un clin d'œil,‖ les deux rivaux célestes,Pour terminer‖ leurs querelles funestes,Vont assembler‖ les saints de leur paysQui sur la terre‖ ont été beaux esprits.Le bon patron‖ qu'on révère à ParisFit aussitôt‖ seoir à sa table rondeSaint Fortunat,‖ peu connu dans le monde,Et qui passait‖ pour l'auteur du Pange ;Et saint Prosper,‖ d'épithètes chargé,Quoique un peu dur‖ et qu'un peu janséniste.Il mit aussi‖ Grégoire dans sa liste,Le grand Grégoire,‖ évêque tourangeau,Cher au pays‖ qui vit naître Bonneau ;Et saint Bernard‖ fameux par l'antithèse,Qui dans son temps‖ n'avait pas son pareil ;Et d'autres saints‖ pour servir de conseil :Sans prendre avis,‖ il est rare qu'on plaise.George, en voyant‖ tous ces soins de Denys,Le regardait‖ d'un dédaigneux souris ;Il avisa‖ dans le sacré pourprisUn saint Austin,‖ prêcheur de l'Angleterre,Puis en ces mots‖ il lui dit son avis :« Bonhomme Austin,‖ je suis né pour la guerre,Non pour les vers‖ dont je fais peu de cas ;Je sais brandir‖ mon large cimeterre,Pourfendre un buste,‖ et casser tête et bras ;Tu sais rimer :‖ travaille, versifie,Soutiens en vers‖ l'honneur de la patrie.Un seul Anglais,‖ dans les champs de la mort,De trois Français‖ triomphe sans effort.Nous avons vu‖ devers la Normandie,Dans le Haut-Maine,‖ en Guienne, en Picardie,Ces beaux messieurs‖ aisément mis à bas ;Si pour frapper‖ nous avons meilleurs bras,Crois, en fait d'hymne,‖ et d'ode et d'œuvre telle,Quand il s'agit‖ de penser, de rimer,Que nous avons‖ non moins bonne cervelle.Travaille, Austin,‖ cours en vers t'escrimer :Je veux que Londre‖ ait à jamais l'empireDans les deux arts‖ de bien faire et bien dire.Denys ameute‖ un tas de rimailleursQui tous ensemble‖ ont très-peu de génie ;Travaille seul :‖ tu sais tes vieux auteurs ;Courage ! allons,‖ prends ta harpe bénie,Et moque-toi‖ de ton académie. »Le bon Austin,‖ de cet emploi chargé,Le remercie‖ en auteur protégé.Denys et lui,‖ dans un réduit commode,Vont se tapir,‖ et chacun fit son ode.Quand tout fut fait,‖ les brûlants séraphins,Les gros joufflus,‖ têtes de chérubins,Près de Barjone‖ en deux rangs se perchèrent ;Au-dessous d'eux‖ les anges se nichèrent ;Et tous les saints,‖ soigneux de s'arranger,Sur des gradins‖ s'assirent pour juger.Austin commence :‖ il chantait les prodigesQui de l'Égypte‖ endurcirent les cœurs ;Ce grand Moïse,‖ et ses imitateursQui l'égalaient‖ dans ses divins prestiges :Les flots du Nil,‖ jadis si bienfaisants,D'un sang affreux‖ dans leur course écumants ;Du noir limon‖ les venimeux reptilesChangés en verge,‖ et la verge en serpents ;Le jour en nuit ;‖ les déserts et les villes,De moucherons,‖ de vermine couverts ;La rogne aux os,‖ la foudre dans les airs ;Les premiers-nés‖ d'une race rebelleTous égorgés‖ par l'ange du Seigneur ;L'Égypte en deuil,‖ et le peuple fidèleDe ses patrons‖ emportant la vaisselle,Et par le vol‖ méritant son bonheur ;Ce peuple errant‖ pendant quarante années ;Vingt mille Juifs‖ égorgés pour un veau ;Vingt mille encore‖ envoyés au tombeauPour avoir eu‖ des amours fortunées ;Et puis Aod,‖ ce Ravaillac hébreu,Assassinant‖ son maître au nom de Dieu ;Et Samuel,‖ qui d'une main divinePrend sur l'autel‖ un couteau de cuisine,Et bravement‖ met Agag en hachis,Car cet Agag‖ était incirconcis ;Puis la beauté‖ qui, sauvant Béthulie,Si purement‖ de son corps fit folie ;Le bon Basa‖ qui massacra Nadad ;Et puis Achab‖ mourant comme un impie,Pour n'avoir pas‖ égorgé Benhadad ;Le roi Joas‖ meurtri par Jozabad,Fils d'Atrobad ;‖ et la reine Athalie,Si méchamment‖ mise à mort par Joad.Longuette fut‖ la triste litanie ;Ces beaux récits‖ étaient entrelacésDe ces grands traits‖ si chers aux temps passés.On y voyait‖ le soleil se dissoudre,La mer fuyant,‖ la lune mise en poudre,Le monde en feu‖ qui toujours tressaillait ;Dieu qui cent fois‖ en fureur s'éveillait ;Des flots de sang,‖ des tombeaux, des ruines ;Et cependant‖ près des eaux argentinesLe lait coulait‖ sous de verts oliviers ;Les monts sautaient‖ tout comme des béliers,Et les béliers‖ tout comme des collines.Le bon Austin‖ célébrait le Seigneur,Qui menaçait‖ le Chaldéen vainqueur,Et qui laissait‖ son peuple en esclavage ;Mais des lions‖ brisant toujours les dents,Sous ses deux pieds‖ écrasant les serpents,Parlant au Nil,‖ et suspendant la rageDes basilics‖ et des léviathans.Austin finit.‖ Sa pindarique ivresseFit élever‖ parmi les bienheureuxUn bruit confus,‖ un murmure douteux,Qui n'était pas‖ en faveur de la pièce.Denys se lève ;‖ et baissant ses doux yeux,Puis les levant‖ avec un air modeste,Il salua‖ l'auditoire céleste,Parut surpris‖ de leurs traits radieux ;Et finement‖ sa pudeur semblait dire :« Encouragez‖ celui qui vous admire. »Il salua‖ trois fois très-humblementLes conseillers,‖ le premier président ;Puis il chanta‖ d'une voix douce et tendreCet hymne adroit‖ que vous allez entendre :« O Pierre ! O Pierre !‖ ô toi sur qui JésusDaigna fonder‖ son Église immortelle,Portier des cieux,‖ pasteur de tout fidèle,Maître des rois‖ à tes pieds confondus,Docteur divin,‖ prêtre saint, tendre père,Auguste appui‖ de nos rois très-chrétiens,Étends sur eux‖ ta faveur salutaire ;Leurs droits sont purs,‖ et ces droits sont les tiens.Le pape à Rome‖ est maître des couronnes,Aucun n'en doute ;‖ et si ton lieutenantA qui lui plaît‖ fait ce petit présent,C'est en ton nom,‖ car c'est toi qui les donnes.Hélas ! hélas !‖ nos gens de parlementOnt banni Charle ;‖ ils ont impudemmentMis sur le trône‖ une race étrangère ;On ôte au fils‖ l'héritage du père.Divin portier,‖ oppose tes bienfaitsA cette audace,‖ à dix ans de misère ;Rends-nous les clefs‖ de la cour du palais. »C'est sur ce ton‖ que saint Denys prélude ;Puis il s'arrête :‖ il lit avec étudeDu coin de l'œil‖ dans les yeux de Céphas,En affectant‖ un secret embarras.Céphas content‖ fit voir sur son visageDe l'amour-propre‖ un secret témoignage,Et rassurant‖ les esprits interditsDu chantre habile,‖ il dit dans son langage :« Cela va bien ;‖ continuez, Denys. »L'humble Denys‖ repart avec prudence :« Mon adversaire‖ a pu charmer les cieux ;Il a chanté‖ le Dieu de la vengeance,Je vais bénir‖ le Dieu de la clémence :Haïr est bon,‖ mais aimer vaut bien mieux. »Denys alors‖ d'une voix assuréeEn vers heureux‖ chanta le bon bergerQui va cherchant‖ sa brebis égarée,Et sur son dos‖ se plaît à la charger ;Le bon fermier,‖ dont la main libéraleDaigne payer‖ l'ouvrier négligentQui vient trop tard,‖ afin que diligentIl vienne ouvrer‖ dès l'aube matinale ;Le bon patron‖ qui, n'ayant que cinq painsEt trois poissons,‖ nourrit cinq mille humains ;Le bon prophète,‖ encor plus doux qu'austère,Qui donne grâce‖ à la femme adultère,A Magdeleine,‖ et permet que ses piedsSoient gentiment‖ par la belle essuyés.Par Magdeleine‖ Agnès est figurée.Denys a pris‖ ce délicat détour ;Il réussit :‖ la grand'chambre éthéréeSentit le trait,‖ et pardonna l'amour.Du doux Denys‖ l'ode fut bien reçue ;Elle eut le prix,‖ elle eut toutes les voix.Du saint Anglais‖ l'audace fut déçue ;Austin rougit,‖ il fuit en tapinois ;Chacun en rit,‖ le paradis le hue.Tel fut hué‖ dans les murs de ParisUn pédant sec,‖ à face de Thersite,Vit délateur,‖ insolent hypocrite,Qui fut payé‖ de haine et de mépris,Quand il osa‖ dans ses phrases vulgairesFlétrir les arts‖ et condamner nos frères.Pierre à Denys‖ donna deux beaux agnus ;Denys les baise,‖ et soudain l'on ordonne,Par un arrêt‖ signé de douze élus,Qu'en ce grand jour‖ les Anglais soient vaincusPar les Français‖ et par Charle en personne.En ce moment‖ la barroise amazoneVit dans les airs,‖ dans un nuage épais,De son grison‖ la figure et les traits ;Comme un soleil,‖ dont souvent un nuageReçoit l'empreinte‖ et réfléchit l'image.Elle cria :‖ « Ce jour est glorieux ;Tout est pour nous,‖ mon âne est dans les cieux. »Bedfort, surpris‖ de ce prodige horrible,Déjà s'arrête‖ et n'est plus invincible.Il lit au ciel,‖ d'un regard consterné,Que de saint George‖ il est abandonné.L'Anglais surpris,‖ croyant voir une armée,Descend soudain‖ de la ville alarmée ;Tous les bourgeois,‖ devenus valeureux,Les voyant fuir,‖ descendent après eux.Charles plus loin,‖ entouré de carnage,Jusqu'à leur camp‖ se fait un beau passage.Les assiégeants,‖ à leur tour assiégés,En tête, en queue,‖ assaillis, égorgés,Tombent en foule‖ au bord de leurs tranchées,D'armes, de morts,‖ et de mourants jonchées.C'est en ces lieux,‖ c'est dans ce champ mortelQue tu venais‖ exercer ta vaillance,O dur Anglais,‖ ô Christophe Arondel !Ton maintien sec,‖ ta froide indifférence,Donnaient du prix‖ à ton courage altier.Sans dire un mot,‖ ce sourcilleux guerrierExaminait‖ comme on se bat en France :Et l'on eût dit,‖ à son air d'importance,Qu'il était là‖ pour se désennuyer.Sa Rosamore,‖ à ses pas attachée,Est comme lui‖ de fer enharnachée,Tel qu'un beau page‖ ou qu'un jeune écuyer :Son casque est d'or,‖ sa cuirasse est d'acier ;D'un perroquet‖ la plume panachéeAu gré des vents‖ ombrage son cimier.Car dès ce jour‖ où son bras meurtrierA dans son lit‖ décollé Martinguerre,Elle se plaît‖ tout à fait à la guerre.On croirait voir‖ la superbe PallasQuittant l'aiguille‖ et marchant aux combats,Où Bradamante,‖ ou bien Jeanne elle-même.Elle parlait‖ au voyageur qu'elle aime,Et lui montrait‖ les plus grands sentiments,Lorsqu'un démon‖ trop funeste aux amants,Pour leur malheur,‖ vers Arondel attireLe dur Poton‖ et le jeune La Hire,Et Richement‖ qui n'a pitié de rien.Poton, voyant‖ le grave et fier maintienDe notre Anglais,‖ tout indigné s'élanceSur le causeur,‖ et d'un grand coup de lance,Qui par le flanc‖ sort au milieu du dos,D'un sang trop froid‖ lui fait verser des flots :Il tombe et meurt ;‖ et la lance casséeRoule avec lui‖ dans son corps enfoncée.A ce spectacle,‖ à ce moment affreux,On ne vit point‖ la belle RosamoreSe renverser‖ sur l'amant qu'elle adore,Ni s'arracher‖ l'or de ses blonds cheveux,Ni remplir l'air‖ de ses cris douloureux,Ni s'emporter‖ contre la Providence ;Point de soupirs ;‖ elle cria : « Vengeance ! »Et dans l'instant‖ que Poton se baissaitEn ramassant‖ son fer qui se cassait,Ce bras tout nu,‖ ce bras dont la puissanceAvait d'un coup‖ séparé dans un litUn chef grison‖ du cou d'un vieux bandit,Tranche à Poton‖ la main trop redoutable,Cette main droite‖ à ses yeux si coupable.Les nerfs cachés‖ sous la peau des cinq doigtsLes font mouvoir‖ pour la dernière fois ;Poton depuis‖ ne sut jamais écrire.Mais dans l'instant‖ le brave et beau La HirePorte au guerrier,‖ du grand Poton vainqueur,Un coup mortel‖ qui lui perce le cœur.Son casque d'or,‖ que sa chute détache,Découvre un sein‖ de roses et de lis ;Son front charmant‖ n'a plus rien qui le cache ;Ses longs cheveux‖ tombent sur ses habits ;Ses grands yeux bleus‖ dans la mort endormis,Tout laisse voir‖ une femme adorable,Et montre un corps‖ formé pour les plaisirs.Le beau La Hire‖ en pousse des soupirs,Répand des pleurs,‖ et d'un ton lamentableS'écrie : « O ciel !‖ je suis un meurtrier,Un housard noir‖ plutôt qu'un chevalier ;Mon cœur, mon bras,‖ mon épée est infâme :Est-il permis‖ de tuer une dame ? »Mais Richemont,‖ toujours mauvais plaisantEt toujours dur,‖ lui dit : « Mon cher La Hire,Va, tes remords‖ ont sur toi trop d'empire ;C'est une Anglaise,‖ et le mal n'est pas grand ;Elle n'est pas‖ pucelle comme Jeanne. »Tandis qu'il tient‖ un discours si profane,D'un coup de flèche‖ il se sentit blessé :Et devenu‖ plus fier, plus courroucé,Il rend cent coups‖ à la troupe bretonne,Qui comme un flot‖ le presse et l'environne.La Hire et lui,‖ nobles, bourgeois, soldats,Portent partout‖ les efforts de leurs bras :On tue, on tombe,‖ on poursuit, on recule,De corps sanglants‖ un monceau s'accumule ;Et des mourants‖ l'Anglais fait un rempart.Dans cette horrible‖ et sanglante mêlée,Le roi disait‖ à Dunois : « Cher bâtard,Dis-moi, de grâce,‖ où donc est-elle allée ?— Qui ? » dit Dunois.‖ Le bon roi lui repart :« Ne sais-tu pas‖ ce qu'elle est devenue ?— Qui donc ? — Hélas !‖ elle était disparueHier au soir,‖ avant qu'un heureux sortNous eût conduits‖ au château de Bedfort ;Et dans la place‖ on est entré sans elle.— Pour la trouver,‖ marchons, » dit la Pucelle.« Ciel ! dit le roi,‖ qu'elle me soit fidèle !Gardez-la-moi.‖ » Pendant ce beau discours,Il avançait‖ et combattait toujours.Bientôt la nuit,‖ couvrant notre hémisphère,L'enveloppa‖ d'un noir et long manteau,Et mit un terme‖ à ce cours tout nouveauDes beaux exploits‖ que Charle eût voulu faire.Comme il sortait‖ de cette grande affaire,Il entendit‖ qu'on avait le matinVu cheminer‖ vers la forêt voisineQuelques tendrons‖ du genre féminin ;Une surtout,‖ à la taille divine,Aux grands yeux bleus,‖ au minois enfantin,Au souris tendre,‖ à la peau de satin,Que sermonnait‖ un bon dominicain.Des écuyers‖ brillants, à mines fières,Des chevaliers,‖ sur leurs coursiers fringants,Couverts d'acier,‖ et d'or, et de rubans,Accompagnaient‖ les belles cavalières.La troupe errante‖ avait porté ses pasVers un palais‖ qu'on ne connaissait pas,Et que jamais,‖ avant cette aventure,On n'avait vu‖ dans ces lieux écartés ;Rien n'égalait‖ sa bizarre structure.Le roi, surpris‖ de tant de nouveautés,Dit à Bonneau :‖ « Qui m'aime doit me suivre ;Demain matin‖ je veux au point du jourRevoir l'objet‖ de mon fidèle amour,Reprendre Agnès,‖ ou bien cesser de vivre. »Il resta peu‖ dans les bras du sommeil ;Et quand Phosphore,‖ au visage vermeil,Eut précédé‖ les roses de l'Aurore,Quand dans le ciel‖ on attelait encoreLes beaux coursiers‖ que conduit le Soleil,Le roi, Bonneau,‖ Dunois, et la Pucelle,Allègrement‖ se remirent en selle,Pour découvrir‖ ce superbe palais.Charles disait :‖ « Voyons d'abord ma belle ;Nous rejoindrons‖ assez tôt les Anglais ;Le plus pressé,‖ c'est de vivre avec elle. »

Versification

Forme
Strophe unique
Mètre
Décasyllabes· profil 4+6
Mots à la rime
a voix / rois masculine, classiqueb légères / tutélaires féminine, classiquec ailes / éternelles féminine, classiqued côté / curiosité masculine, classiquee affaire / sanctuaire féminine, classiquef Trithème / suprême féminine, classiqueg effronté / témérité masculine, classiqueh apôtre / l'autre féminine, classiquei pas / combats masculine, classiquej faire / Pierre / vicaire féminine, classiquek cour / tour masculine, classiquel sort / mort masculine, classiquem connaître / maître féminine, classiquen reçus / Malchus masculine, classiqueo fourreau / nouveau masculine, classiquep armes / alarmes féminine, classiqueq canton / d'Albion masculine, classiquer France / diligence féminine, classiques compose / prose féminine, classiquet lieux / dieux masculine, classiqueu pindarique / musique féminine, classiquev vertus / attributs masculine, classiquew temps / méchants masculine, classiquex gloire / victoire féminine, classiquey talents / combattants masculine, classiquez trône / Barjone féminine, classiquea plus / élus masculine, classiqueb célestes / funestes féminine, équivalentec pays / esprits / Paris masculine, classiqued ronde / monde féminine, classiquee Pange / chargé masculine, classiquef janséniste / liste féminine, classiqueg tourangeau / Bonneau masculine, classiqueh l'antithèse / plaise féminine, classiquei pareil / conseil masculine, classiquej Denys / souris masculine, classiquek pourpris / avis masculine, classiquel l'Angleterre / guerre / cimeterre féminine, classiquem cas / bras masculine, classiquen versifie / patrie féminine, classiqueo mort / effort masculine, classiquep Normandie / Picardie féminine, classiqueq bas / bras masculine, classiquer telle / cervelle féminine, classiques rimer / t'escrimer masculine, classiquet l'empire / dire féminine, classiqueu rimailleurs / auteurs masculine, classiquev génie / bénie / académie féminine, classiquew chargé / protégé masculine, classiquex commode / ode féminine, classiquey séraphins / chérubins masculine, classiquez perchèrent / nichèrent féminine, classiquea s'arranger / juger masculine, classiqueb prodiges / prestiges féminine, classiquec cœurs / imitateurs masculine, classiqued bienfaisants / écumants / serpents masculine, classiquee reptiles / villes féminine, classiquef couverts / airs masculine, classiqueg rebelle / fidèle / vaisselle féminine, classiqueh Seigneur / bonheur masculine, classiquei années / fortunées féminine, classiquej veau / tombeau masculine, classiquek hébreu / Dieu masculine, classiquel divine / cuisine féminine, classiquem hachis / incirconcis masculine, classiquen Béthulie / folie féminine, classiqueo Nadad / Benhadad masculine, classiquep impie / Athalie / litanie féminine, classiqueq Jozabad / Joad masculine, classiquer entrelacés / passés masculine, classiques dissoudre / poudre féminine, classiquet tressaillait / s'éveillait masculine, classiqueu ruines / argentines / collines féminine, classiquev oliviers / béliers masculine, classiquew Seigneur / vainqueur masculine, classiquex esclavage / rage féminine, classiquey dents / serpents / léviathans masculine, classiquez ivresse / pièce féminine, classiquea bienheureux / douteux masculine, classiqueb yeux / radieux masculine, classiquec modeste / céleste féminine, classiqued dire / admire féminine, classiquee très-humblement / président masculine, classiquef tendre / entendre féminine, classiqueg Jésus / confondus masculine, classiqueh immortelle / fidèle féminine, classiquei père / salutaire féminine, classiquej très-chrétiens / tiens masculine, classiquek couronnes / donnes féminine, classiquel lieutenant / présent masculine, classiquem parlement / impudemment masculine, classiquen étrangère / père / misère féminine, classiqueo bienfaits / palais masculine, classiquep prélude / étude féminine, classiqueq Céphas / embarras masculine, classiquer visage / témoignage / langage féminine, classiques interdits / Denys masculine, classiquet prudence / vengeance / clémence féminine, classiqueu cieux / mieux masculine, classiquev assurée / égarée féminine, classiquew berger / charger masculine, classiquex libérale / matinale féminine, classiquey négligent / diligent masculine, classiquez pains / humains masculine, classiquea qu'austère / adultère féminine, classiqueb pieds / essuyés masculine, classiquec figurée / éthérée féminine, classiqued détour / l'amour masculine, classiquee reçue / déçue / hue féminine, classiquef voix / tapinois masculine, classiqueg Paris / mépris masculine, classiqueh Thersite / hypocrite féminine, classiquei vulgaires / frères féminine, classiquej agnus / élus / vaincus masculine, classiquek ordonne / personne / amazone féminine, classiquel épais / traits masculine, classiquem nuage / l'image féminine, classiquen glorieux / cieux masculine, classiqueo horrible / invincible féminine, classiquep consterné / abandonné masculine, classiqueq armée / alarmée féminine, classiquer valeureux / eux masculine, classiques carnage / passage féminine, classiquet assiégés / égorgés masculine, classiqueu tranchées / jonchées féminine, classiquev mortel / Arondel masculine, classiquew vaillance / indifférence féminine, classiquex altier / guerrier masculine, classiquey France / d'importance féminine, classiquez désennuyer / écuyer masculine, classiquea attachée / enharnachée / panachée féminine, équivalenteb d'acier / cimier / meurtrier masculine, classiquec Martinguerre / guerre féminine, classiqued Pallas / combats masculine, classiquee elle-même / aime féminine, classiquef sentiments / amants masculine, classiqueg attire / Hire féminine, classiqueh rien / maintien masculine, classiquei s'élance / lance féminine, classiquej dos / flots masculine, classiquek cassée / enfoncée féminine, classiquel affreux / cheveux / douloureux masculine, classiquem Rosamore / adore féminine, classiquen Providence / Vengeance / puissance féminine, classiqueo baissait / cassait masculine, classiquep lit / bandit masculine, classiqueq redoutable / coupable féminine, classiquer doigts / fois masculine, classiques écrire / Hire féminine, classiquet vainqueur / cœur masculine, classiqueu détache / cache féminine, classiquev lis / habits / endormis masculine, classiquew adorable / lamentable féminine, classiquex plaisirs / soupirs masculine, classiquey meurtrier / chevalier masculine, classiquez infâme / dame féminine, classiquea plaisant / grand masculine, classiqueb Hire / d'empire féminine, classiquec Jeanne / profane féminine, classiqued blessé / courroucé masculine, classiquee bretonne / l'environne féminine, classiquef soldats / bras masculine, classiqueg recule / s'accumule féminine, classiqueh rempart / bâtard / repart masculine, classiquei mêlée / allée féminine, classiquej devenue / disparue féminine, classiquek sort / Bedfort masculine, classiquel elle / Pucelle / fidèle féminine, classiquem discours / toujours masculine, classiquen hémisphère / faire / affaire féminine, classiqueo manteau / nouveau masculine, classiquep matin / féminin masculine, classiqueq voisine / divine féminine, classiquer enfantin / satin / dominicain masculine, classiques fières / cavalières féminine, classiquet fringants / rubans masculine, classiqueu pas masculine, classiquev aventure / structure féminine, classiquew écartés / nouveautés masculine, classiquex suivre / vivre féminine, classiquey jour / amour masculine, classiquez sommeil / vermeil / Soleil masculine, classiquea l'Aurore / encore féminine, classiqueb Pucelle / selle féminine, classiquec palais / Anglais masculine, classiqued belle / elle féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

397 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre complète de Voltaire, Paris, Furne, Libraire-Éditeur, 1835· numérisation poesies.net· Sources