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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les épîtres, 1706‑1778

Épître Xcvi

1766 À HENRI IV, SUR CE QU’ON AVAIT ÉCRIT À L’AUTEUR QUE PLUSIEURS CITOYENS DE PARIS S’ÉTAIENT MIS À GENOUX DEVANT LA STATUE ÉQUESTRE DE CE PRINCE PENDANT LA MALADIE DU DAUPHIN.

Voltaire· strophe unique, alexandrins, 59 vers

Intrépide soldat,‖ vrai chevalier, grand homme,Bon roi, fidèle ami,‖ tendre et loyal amant,Toi que l'Europe a plaint‖ d'avoir fléchi sous Rome,Sans qu'on osât blâmer‖ ce triste abaissement,Henri, tous les français‖ adorent ta mémoire :Ton nom devient plus cher‖ et plus grand chaque jour ;Et peut-être autrefois‖ quand j'ai chanté ta gloireJe n'ai point dans les cœurs‖ affaibli tant d'amour.Un des beaux rejetons‖ de ta race chérie,Des marches de ton trône‖ au tombeau descendu,Te porte, en expirant,‖ les vœux de ta patrie,Et les gémissements‖ de ton peuple éperdu.Lorsque la mort sur lui‖ levait sa faux tranchante,On vit de citoyens‖ une foule tremblanteEntourer ta statue‖ et la baigner de pleurs ;C'était là leur autel,‖ et, dans tous nos malheurs,On t'implore aujourd'hui‖ comme un dieu tutélaire.La fille qui naquit‖ aux chaumes de Nanterre,Pieusement célèbre‖ en des temps ténébreux,N'entend point nos regrets,‖ n'exauce point nos vœux,De l'empire français‖ n'est point la protectrice.C'est toi, c'est ta valeur,‖ ta bonté, ta justice,Qui préside à l'état‖ raffermi par tes mains.Ce n'est qu'en t'imitant‖ qu'on a des jours prospères ;C'est l'encens qu'on te doit :‖ les grecs et les romainsInvoquaient des héros,‖ et non pas des bergères.Oh ! Si de mes déserts,‖ où j'achève mes jours,Je m'étais fait entendre‖ au fond du sombre empire !Si, comme au temps d'Orphée,‖ un enfant de la lyreDe l'ordre des destins‖ interrompait le cours !Si ma voix… ! Mais tout cède‖ à leur arrêt suprême :Ni nos chants, ni nos cris,‖ ni l'art et ses secours,Les offrandes, les vœux,‖ les autels, ni toi-même,Rien ne suspend la mort.‖ Ce monde illimitéEst l'esclave éternel‖ de la fatalité.À d'immuables lois‖ Dieu soumit la nature.Sur ces monts entassés,‖ séjour de la froidure,Au creux de ces rochers,‖ dans ces gouffres affreux,Je vois des animaux‖ maigres, pâles, hideux,Demi-nus, affamés,‖ courbés sous l'infortune ;Ils sont hommes pourtant :‖ notre mère communeA daigné prodiguer‖ des soins aussi puissantsÀ pétrir de ses mains‖ leur substance mortelle,Et le grossier instinct‖ qui dirige leurs sens,Qu'à former les vainqueurs‖ de Pharsale et d'Arbelle.Au livre des destins‖ tous leurs jours sont comptés ;Les tiens l'étaient aussi.‖ Ces dures véritésÉpouvantent le lâche‖ et consolent le sage.Tout est égal au monde :‖ un mourant n'a point d'âge.Le dauphin le disait‖ au sein de la grandeur,Au printemps de sa vie,‖ au comble du bonheur ;Il l'a dit en mourant,‖ de sa voix affaiblie,À son fils, à son père,‖ à la cour attendrie.Ô toi ! Triste témoin‖ de son dernier moment,Qui lis de sa vertu‖ ce faible monument,Ne me demande point‖ ce qui fonda sa gloire,Quels funestes exploits‖ assurent sa mémoire,Quels peuples malheureux‖ on le vit conquérir,Ce qu'il fit sur la terre…‖ il t'apprit à mourir !

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
5[abab] 16[aa] 1[abbacac]
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a homme / Rome féminine, classiqueb amant / abaissement masculine, classiquec mémoire / gloire féminine, classiqued jour / d'amour masculine, classiquee chérie / patrie féminine, classiquef descendu / éperdu masculine, classiqueg tranchante / tremblante féminine, classiqueh pleurs / malheurs masculine, classiquei tutélaire / Nanterre féminine, classiquej ténébreux / vœux masculine, classiquek protectrice / justice féminine, classiquel mains / romains masculine, classiquem prospères / bergères féminine, classiquen jours / cours / secours masculine, classiqueo empire / lyre féminine, classiquep suprême / toi-même féminine, classiqueq illimité / fatalité masculine, classiquer nature / froidure féminine, classiques affreux / hideux masculine, classiquet l'infortune / commune féminine, classiqueu puissants / sens masculine, classiquev mortelle / d'Arbelle féminine, classiquew comptés / vérités masculine, classiquex sage / d'âge féminine, classiquey grandeur / bonheur masculine, classiquez affaiblie / attendrie féminine, classiquea moment / monument masculine, classiqueb gloire / mémoire féminine, classiquec conquérir / mourir masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

59 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1877· numérisation poesies.net· Sources