Les épîtres, 1706‑1778
Épître Xiv
1716 À MONSIEUR L’ABBÉ DE BUSSY, DEPUIS ÉVÊQUE DE LUÇON
Ornement de la bergerieEt de l'église, et de l'amour,Aussitôt que Flore à son tourPeindra la campagne fleurie,Revoyez la ville chérieOù Vénus a fixé sa cour.Est-il pour vous d'autre patrie ?Et serait-il dans l'autre vieUn plus beau ciel, un plus beau jour,Si l'on pouvait de ce séjourExiler la Tracasserie ?Évitons ce monstre odieux,Monstre femelle, dont les yeuxPortent un poison gracieux,Et que le ciel en sa furie,De notre bonheur envieux,A fait naître dans ces beaux lieuxAu sein de la galanterie.Voyez-vous comme un miel flatteurDistille de sa bouche impure ?Voyez-vous comme l'impostureLui prête un secours séducteur ?Le courroux étourdi la guide,L'embarras, le soupçon timide,En chancelant suivent ses pas.Des faux rapports l'erreur avideCourt au-devant de la perfide,Et la caresse dans ses bras.Que l'amour, secouant ses ailes,De ces commerces infidèlesPuisse s'envoler à jamais !Qu'il cesse de forger des traitsPour tant de beautés criminelles,Et qu'il vienne, au fond du marais,De l'innocence et de la paixGoûter les douceurs éternelles !
Je hais bien tout mauvais rimeurDe qui le bel esprit baptiseDu nom d'ennui la paix du cœur,Et la constance de sottise.Heureux qui voit couler ses joursDans la mollesse et l'incurie,Sans intrigues, sans faux détours,Près de l'objet de ses amours,Et loin de la coquetterie !Que chaque jour rapidementPour de pareils amants s'écoule !Ils ont tous les plaisirs en foule,Hors ceux du raccommodement.Quelques amis dans ce commerceDe leur cœur que rien ne traversePartagent la chère moitié ;Et, dans une paisible ivresse,Ce couple avec délicatesseAux charmes purs de l'amitiéJoint les transports de la tendresse…
Rendez-nous donc votre présence,Galant prieur de Trigolet,Très-aimable et très-frivolet :Venez voir votre humble valetDans le palais de la constance.Les grâces avec complaisanceVous suivront en petit collet ;Et moi leur serviteur follet,J'ébaudirai votre excellencePar des airs de mon flageolet,Dont l'amour marque la cadenceEn faisant des pas de ballet.
Versification
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a bergerie / fleurie féminine, classiqueb l'amour / tour masculine, classiquec chérie / patrie féminine, classiqued cour / jour / séjour masculine, classiquee vie / Tracasserie féminine, classiquef odieux / yeux masculine, classiqueg gracieux / envieux / lieux masculine, classiqueh furie / galanterie féminine, classiquei flatteur / séducteur masculine, classiquej impure / l'imposture féminine, classiquek guide / timide féminine, classiquel pas / bras masculine, classiquem avide / perfide féminine, classiquen ailes / infidèles féminine, classiqueo jamais / traits masculine, classiquep criminelles / éternelles féminine, classiqueq marais / paix masculine, classiquea rimeur / cœur masculine, classiqueb baptise / sottise féminine, classiquec jours / détours / amours masculine, classiqued l'incurie / coquetterie féminine, classiquee rapidement / raccommodement masculine, classiquef s'écoule / foule féminine, classiqueg commerce / traverse féminine, classiqueh moitié / l'amitié masculine, classiquei ivresse / délicatesse / tendresse féminine, classiquea présence / constance féminine, classiqueb Trigolet / très-frivolet masculine, classiquec valet / collet masculine, classiqued complaisance / excellence / cadence féminine, classiquee follet / flageolet / ballet masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1877· numérisation poesies.net· Sources