Les épîtres, 1706‑1778
Épître Xliii
1734 À MONSIEUR
du camp de Philisbourg, le 3 juillet 1734.
C'est ici que l'on dort sans lit,Et qu'on prend ses repas par terre ;Je vois et j'entends l'atmosphèreQui s'embrase et qui retentitDe cent décharges de tonnerre ;Et dans ces horreurs de la guerreLe français chante, boit, et rit.Bellone va réduire en cendresLes courtines de Philisbourg,Par cinquante mille AlexandresPayés à quatre sous par jour :Je les vois, prodiguant leur vie,Chercher ces combats meurtriers,Couverts de fange et de lauriers,Et pleins d'honneur et de folie.Je vois briller au milieu d'euxCe fantôme nommé la gloire,À l'œil superbe, au front poudreux,Portant au cou cravate noire,Ayant sa trompette en sa main,Sonnant la charge et la victoire,Et chantant quelques airs à boire,Dont ils répètent le refrain.Ô nation brillante et vaine !Illustres fous, peuple charmant,Que la gloire à son char enchaîne,Il est beau d'affronter gaîmentLe trépas et le prince Eugène.Mais, hélas ! Quel sera le prixDe vos héroïques prouesses !Vous serez cocus dans ParisPar vos femmes et vos maîtresses.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 1[abbacca] 3[abab] 2[abba] 1[ababa]
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a lit / retentit / rit masculine, classiqueb terre / l'atmosphère féminine, classiquec tonnerre / guerre féminine, classiqued cendres / Alexandres féminine, classiquee Philisbourg / jour masculine, classiquef vie / folie féminine, non classiqueg meurtriers / lauriers masculine, classiqueh d'eux / poudreux masculine, classiquei gloire / noire féminine, classiquej main / refrain masculine, classiquek victoire / boire féminine, classiquel vaine / enchaîne / Eugène féminine, classiquem charmant / gaîment masculine, classiquen prix / Paris masculine, classiqueo prouesses / maîtresses féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.2· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
32 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1877· numérisation poesies.net· Sources