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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les épîtres, 1706‑1778

Épître Xx

1720 A MONSIEUR LE DUC DE SULLY

Voltaire· strophe unique, octosyllabes, 80 vers

J'irai chez vous, duc adorable,Vous dont le goût, la vérité,L'esprit, la candeur, la bonté,Et la douceur inaltérable,Font respecter la volupté,Et rendent la sagesse aimable.Que dans ce champêtre séjourJe me fais un plaisir extrêmeDe parler, sur la fin du jour,De vers, de musique, et d'amour,Et pas un seul mot du système,De ce système tant vanté,Par qui nos héros de financeEmboursent l'argent de la France,Et le tout par pure bonté !Pareils à la vieille sibylleDont il est parlé dans Virgile,Qui, possédant pour tout trésorDes recettes d'énergumène,Prend du troyen le rameau d'or,Et lui rend des feuilles de chêne.Peut-être, les larmes aux yeux,Je vous apprendrai pour nouvelleLe trépas de ce vieux goutteuxQu'anima l'esprit de Chapelle :L'éternel abbé De ChaulieuParaîtra bientôt devant Dieu ;Et si d'une muse fécondeLes vers aimables et polisSauvent une âme en l'autre monde,Il ira droit en paradis.L'autre jour, à son agonie,Son curé vint de grand matinLui donner en cérémonie,Avec son huile et son latin,Un passe-port pour l'autre vie.Il vit tous ses péchés lavésD'un petit mot de pénitence,Et reçut ce que vous savezAvec beaucoup de bienséance.Il fit même un très-beau sermon,Qui satisfit tout l'auditoire.Tout haut il demanda pardonD'avoir eu trop de vaine gloire.C'était là, dit-il, le péchéDont il fut le plus entiché ;Car on sait qu'il était poëte,Et que sur ce point tout auteur,Ainsi que tout prédicateur,N'a jamais eu l'âme bien nette.Il sera pourtant regrettéComme s'il eût été modeste.Sa perte au Parnasse est funeste :Presque seul il était restéD'un siècle plein de politesse.On dit qu'aujourd'hui la jeunesseA fait à la délicatesseSuccéder la grossièreté,La débauche à la volupté,Et la vaine et lâche paresseÀ cette sage oisivetéQue l'étude occupait sans cesse,Loin de l'envieux irrité.Pour notre petit Genonville,Si digne du siècle passé,Et des faiseurs de vaudeville,Il me paraît très-empresséD'abandonner pour vous la ville.Le système n'a point gâtéSon esprit aimable et facile ;Il a toujours le même style,Et toujours la même gaîté.Je sais que, par déloyauté,Le fripon naguère a tâtéDe la maîtresse tant jolieDont j'étais si fort entêté.Il rit de cette perfidie,Et j'aurais pu m'en courroucer :Mais je sais qu'il faut se passerDes bagatelles dans la vie.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
1[abbaba] 2[abaab] 3[abba] 5[aa] 6[abab] 1[ababa] 1[abbacac] 1[ababba]
Mètre
Octosyllabes
Mots à la rime
a adorable / inaltérable / aimable féminine, classiqueb vérité / bonté / volupté masculine, classiquec séjour / jour / d'amour masculine, classiqued extrême / système féminine, classiquee vanté / bonté masculine, classiquef finance / France féminine, classiqueg sibylle / Virgile féminine, classiqueh trésor / d'or masculine, classiquei d'énergumène / chêne féminine, classiquej yeux / goutteux masculine, classiquek nouvelle / Chapelle féminine, classiquel Chaulieu / Dieu masculine, classiquem féconde / monde féminine, classiquen polis / paradis masculine, classiqueo agonie / cérémonie / vie féminine, classiquep matin / latin masculine, classiqueq lavés / savez masculine, classiquer pénitence / bienséance féminine, classiques sermon / pardon masculine, classiquet l'auditoire / gloire féminine, classiqueu péché / entiché masculine, classiquev poëte / nette féminine, classiquew auteur / prédicateur masculine, classiquex regretté / resté masculine, classiquey modeste / funeste féminine, classiquez politesse / jeunesse féminine, classiquea délicatesse / paresse / cesse féminine, classiqueb grossièreté / volupté masculine, classiquec oisiveté / irrité masculine, classiqued Genonville / vaudeville féminine, classiquee passé / très-empressé masculine, classiquef ville / facile / style féminine, classiqueg gâté / gaîté masculine, classiqueh déloyauté / tâté masculine, classiquei jolie / perfidie / vie féminine, classiquej entêté / courroucer / passer masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1877· numérisation poesies.net· Sources