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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les épîtres, 1706‑1778

Épître Xxxvii

1732 A MADAME DE FONTAINE-MARTEL

Voltaire· strophe unique, octosyllabes, 68 vers

Ô très-singulière Martel,J'ai pour vous estime profonde :C'est dans votre petit hôtel,C'est sur vos soupers que je fondeMon plaisir, le seul bien réelQu'un honnête homme ait en ce monde.Il est vrai qu'un peu je vous gronde ;Mais, malgré cette liberté,Mon cœur vous trouve, en vérité,Femme à peu de femmes seconde ;Car sous vos cornettes de nuit,Sans préjugés et sans faiblesse,Vous logez esprit qui séduit,Et qui tient fort à la sagesse.Or, votre sagesse n'est pasCette pointilleuse harpieQui raisonne sur tous les cas,Et qui, triste sœur de l'envie,Ouvrant un gosier édenté,Contre la tendre voluptéToujours prêche, argumente et crie ;Mais celle qui si doucement,Sans efforts et sans industrie,Se bornant toute au sentiment,Sait jusques au dernier momentRépandre un charme sur la vie.Voyez-vous pas de tous côtésDe très-décrépites beautés,Pleurant de n'être plus aimables,Dans leur besoin de passionNe pouvant rester raisonnables,S'affoler de dévotion,Et rechercher l'ambitionD'être bégueules respectables ?Bien loin de cette triste erreur,Vous avez, au lieu de vigiles,Des soupers longs, gais et tranquilles ;Des vers aimables et faciles,Au lieu des fatras inutilesDe Quesnel et de Letourneur ;Voltaire, au lieu d'un directeur ;Et, pour mieux chasser toute angoisse,Au curé préférant Campra,Vous avez loge à l'opéraAu lieu de banc à la paroisse ;Et ce qui rend mon sort plus doux,C'est que ma maîtresse chez vous,La liberté, se voit logée ;Cette liberté mitigée,A l'œil ouvert, au front serein,À la démarche dégagée,N'étant ni prude, ni catin,Décente, et jamais arrangée,Souriant d'un souris badinÀ ces paroles chatouilleusesQui font baisser un œil malinÀ mesdames les précieuses.C'est là qu'on trouve la gaîté,Cette sœur de la liberté,Jamais aigre dans la satire,Toujours vive dans les bons mots,Se moquant quelquefois des sots,Et très-souvent, mais à propos,Permettant au sage de rire.Que le ciel bénisse le coursD'un sort aussi doux que le vôtre !Martel, l'automne de vos joursVaut mieux que le printemps d'une autre.

Versification

Forme
Strophe unique
Rimes
1[ababab] 2[abba] 3[abab] 1[ababccb] 1[abaab] 3[aa] 1[ababba] 1[abbbbaa] 1[aababa] 1[abbba]
Mètre
Octosyllabes
Mots à la rime
a Martel / hôtel / réel masculine, classiqueb profonde / fonde féminine, classiquec monde / gronde / seconde féminine, classiqued liberté / vérité masculine, classiquee nuit / séduit masculine, classiquef faiblesse / sagesse féminine, classiqueg pas / cas masculine, classiqueh harpie / l'envie féminine, classiquei édenté / volupté masculine, classiquej crie / industrie / vie féminine, classiquek doucement / sentiment / moment masculine, classiquel côtés / beautés masculine, classiquem aimables / raisonnables / respectables féminine, classiquen passion / dévotion / l'ambition masculine, classiqueo erreur / Letourneur / directeur masculine, classiquep vigiles / tranquilles féminine, classiqueq faciles / inutiles féminine, classiquer angoisse / paroisse féminine, classiques Campra / l'opéra masculine, classiquet doux / vous masculine, classiqueu logée / mitigée féminine, classiquev serein / catin masculine, classiquew dégagée / arrangée féminine, classiquex badin / malin masculine, classiquey chatouilleuses / précieuses féminine, classiquez gaîté / liberté masculine, classiquea satire / rire féminine, classiqueb mots / sots / propos masculine, classiquec cours / jours masculine, classiqued vôtre / autre féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1877· numérisation poesies.net· Sources