Odes, 1775
VI. A monsieur le duc de richelieu
SUR L’INGRATITUDE
1736
O toi, mon support et ma gloire,Que j'aime à nourrir ma mémoireDes biens que ta vertu m'a faits,Lorsqu'en tous lieux l'ingratitudeSe fait une pénible étudeDe l'oubli honteux des bienfaits !
Doux nœuds de la reconnaissance,C'est par vous que dès mon enfanceMon cœur à jamais fut lié ;La voix du sang, de la nature,N'est rien qu'un languissant murmurePrès de la voix de l'amitié.
Eh ! quel est en effet mon père ?Celui qui m'instruit, qui m'éclaire,Dont le secours m'est assuré ;Et celui dont le cœur oublieLes biens répandus sur sa vie,C'est là le fils dénaturé.
Ingrats, monstres que la natureA pétris d'une fange impureQu'elle dédaigna d'animer,Il manque à votre âme sauvageDes humains le plus beau partage ;Vous n'avez pas le don d'aimer.
Nous admirons le fier courageDu lion fumant de carnage,Symbole du dieu des combats.D'où vient que l'univers détesteLa couleuvre bien moins funeste ?Elle est l'image des ingrats.
Quel monstre plus hideux s'avance ?La Nature fuit et s'offenseA l'aspect de ce vieux giton ;Il a la rage de Zoïle,De Gacon l'esprit et le style,Et l'âme impure de Chausson.
C'est Desfontaines, c'est ce prêtreVenu de Sodome à Bicêtre,De Bicêtre au sacré vallon :A-t-il l'espérance bizarreQue le bûcher qu'on lui prépareSoit fait des lauriers d'Apollon ?
Il m'a dû l'honneur et la vie,Et, dans son ingrate furie,De Rousseau lâche imitateur,Avec moins d'art et plus d'audace,De la fange où sa voix coasseIl outrage son bienfaiteur.
Qu'un Hibernois, loin de la France,Aille ensevelir dans BysanceSa honte à l'abri du croissant ;D'un œil tranquille et sans colère,Je vois son crime et sa misère ;Il n'emporte que mon argent.
Mais l'ingrat dévoré d'envie,Trompette de la calomnie,Qui cherche à flétrir mon honneur,Voilà le ravisseur coupable,Voilà le larcin détestableDont je dois punir la noirceur.
Pardon, si ma main vengeresseSur ce monstre un moment s'abaisseA lancer ces utiles traits,Et si de la douce peintureDe ta vertu brillante et pureJe passe à ces sombres portraits.
Mais lorsque Virgile et le TasseOnt chanté dans leur noble audaceLes dieux de la terre et des mers,Leur muse, que le ciel inspire,Ouvre le ténébreux empire,Et peint les monstres des enfers.
Versification
- Forme
- 12 sizains (sizains)
- Rimes
- 12(aabccb)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 12 sizains
- Mots à la rime
- a gloire / mémoire féminine, classiqueb faits / bienfaits masculine, classiquec l'ingratitude / étude féminine, classiquea reconnaissance / enfance féminine, classiqueb lié / l'amitié masculine, classiquec nature / murmure féminine, classiquea père / m'éclaire féminine, classiqueb assuré / dénaturé masculine, classiquec oublie / vie féminine, classiquea nature / impure féminine, classiqueb d'animer / d'aimer masculine, classiquec sauvage / partage féminine, classiquea courage / carnage féminine, classiqueb combats / ingrats masculine, classiquec déteste / funeste féminine, classiquea s'avance / s'offense féminine, classiqueb giton / Chausson masculine, classiquec Zoïle / style féminine, classiquea prêtre / Bicêtre féminine, classiqueb vallon / d'Apollon masculine, classiquec bizarre / prépare féminine, classiquea vie / furie féminine, classiqueb imitateur / bienfaiteur masculine, classiquec d'audace / coasse féminine, classiquea France / Bysance féminine, classiqueb croissant / argent masculine, classiquec colère / misère féminine, classiquea d'envie / calomnie féminine, classiqueb honneur / noirceur masculine, classiquec coupable / détestable féminine, classiquea vengeresse / s'abaisse féminine, classiqueb traits / portraits masculine, classiquec peinture / pure féminine, classiquea Tasse / audace féminine, classiqueb mers / enfers masculine, classiquec inspire / empire féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de Voltaire, Paris, Lefèvre, Libraire,, Firmin Didot frères, Libraires, 1833· numérisation poesies.net· Sources