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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Odes, 1775

VII. Sur le fanatisme

Voltaire· 12 dizains, octosyllabes, 120 vers

1732

Charmante et sublime ÉmilieAmante de la Vérité,Ta solide philosophieT'a prouvé la Divinité.Ton âme, éclairée et profonde,Franchissant les bornes du monde,S'élance au sein de son auteur.Tu parais son plus bel ouvrage ;Et tu lui rends un digne hommage,Exempt de faiblesse et d'erreur.

Mais si les traits de l'AthéismeSont repoussés par ta raison,De la coupe du FanatismeTa main renverse le poison :Tu sers la justice éternelle,Sans l'âcreté de ce faux zèleDe tant de dévots malfaisants,Tel qu'un sujet sincère et justeSait approcher d'un trône augusteSans les vices des courtisans.

Ce Fanatisme sacrilègeEst sorti du sein des autels ;Il les profane, il les assiège,Il en écarte les mortels.O Religion bienfaisante,Ce farouche ennemi se vanteD'être né dans ton chaste flanc !Mère tendre, mère adorable,Croira-t-on qu'un fils si coupableAit été formé de ton sang ?

On a vu souvent des athéesEstimables dans leurs erreurs ;Leurs opinions infectéesN'avaient point corrompu leurs mœurs.Spinosa fut toujours fidèleA la loi pure et naturelleDu Dieu qu'il avait combattu ;Et ce Desbarreaux qu'on outrage,S'il n'eut pas les clartés du sage,En eut le cœur et la vertu.

Je sentirais quelque indulgencePour un aveugle audacieuxQui nierait l'utile existenceDe l'astre qui brille à mes yeux.Ignorer ton être suprême,Grand Dieu ! c'est un moindre blasphème,Et moins digne de ton courroux,Que de te croire impitoyable,De nos malheurs insatiable,Jaloux, injuste comme nous.

Lorsqu'un dévot atrabilaire,Nourri de superstition,A, par cette affreuse chimère,Corrompu sa religion,Le voilà stupide et farouche ;Le fiel découle de sa bouche,Le Fanatisme arme son bras ;Et, dans sa piété profonde,Sa rage immolerait le mondeA son Dieu, qu'il ne connaît pas.

Ce sénat proscrit dans la France,Cette infâme Inquisition,Ce tribunal où l'ignoranceTraîna si souvent la raison ;Ces Midas en mitre, en soutane,Au philosophe de ToscaneSans rougir ont donné des fers.Aux pieds de leur troupe aveuglée,Abjurez, sage Galilée,Le système de l'univers.

Écoutez ce signal terribleQu'on vient de donner dans Paris ;Regardez ce carnage horrible,Entendez ces lugubres cris ;Le frère est teint du sang du frère,Le fils assassine son père,La femme égorge son époux ;Leurs bras sont armés par des prêtres.O ciel ! sont-ce là les ancêtresDe ce peuple léger et doux ?

Jansénistes et molinistes,Vous qui combattez aujourd'huiAvec les raisons des sophistes,Leurs traits, leur bile, et leur ennui,Tremblez qu'enfin votre querelleDans vos murs un jour ne rappelleCes temps de vertige et d'horreur ;Craignez ce zèle qui vous presse :On ne sent pas dans son ivresseJusqu'où peut aller sa fureur.

Malheureux, voulez-vous entendreLa loi de la religion ?Dans Marseille il fallait l'apprendreAu sein de la contagion,Lorsque la tombe était ouverte,Lorsque la Provence, couvertePar les semences du trépas,Pleurant ses villes désoléesEt ses campagnes dépeuplées,Fit trembler tant d'autres États.

Belsunce, pasteur vénérable,Sauvait son peuple périssant ;Langeron, guerrier secourable,Bravait un trépas renaissant ;Tandis que vos lâches cabalesDans la mollesse et les scandalesOccupaient votre oisivetéDe la dispute ridiculeEt sur Quesnel et sur la bulle,Qu'oubliera la postérité.

Pour instruire la race humaineFaut-il perdre l'humanité ?Faut-il le flambeau de la HainePour nous montrer la Vérité ?Un ignorant, qui de son frèreSoulage en secret la misère,Est mon exemple et mon docteur ;Et l'esprit hautain qui dispute,Qui condamne, qui persécute,N'est qu'un détestable imposteur.

Versification

Forme
12 dizains (dizains)
Rimes
12(ababccdeed)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
12 dizains
Mots à la rime
a Émilie / philosophie féminine, classiqueb Vérité / Divinité masculine, classiquec profonde / monde féminine, classiqued auteur / d'erreur masculine, classiquee ouvrage / hommage féminine, classiquea l'Athéisme / Fanatisme féminine, classiqueb raison / poison masculine, classiquec éternelle / zèle féminine, classiqued malfaisants / courtisans masculine, classiquee juste / auguste féminine, classiquea sacrilège / assiège féminine, classiqueb autels / mortels masculine, classiquec bienfaisante / vante féminine, classiqued flanc / sang masculine, classiquee adorable / coupable féminine, classiquea athées / infectées féminine, classiqueb erreurs / mœurs masculine, classiquec fidèle / naturelle féminine, classiqued combattu / vertu masculine, classiquee outrage / sage féminine, classiquea indulgence / existence féminine, classiqueb audacieux / yeux masculine, classiquec suprême / blasphème féminine, classiqued courroux / nous masculine, classiquee impitoyable / insatiable féminine, classiquea atrabilaire / chimère féminine, classiqueb superstition / religion masculine, classiquec farouche / bouche féminine, classiqued bras / pas masculine, classiquea France / l'ignorance féminine, classiqueb Inquisition / raison masculine, classiquec soutane / Toscane féminine, classiqued fers / l'univers masculine, classiquee aveuglée / Galilée féminine, classiquea terrible / horrible féminine, classiqueb Paris / cris masculine, classiquec frère / père féminine, classiqued époux / doux masculine, classiquee prêtres / ancêtres féminine, classiquea molinistes / sophistes féminine, classiqueb aujourd'hui / ennui masculine, classiquec querelle / rappelle féminine, classiqued d'horreur / fureur masculine, classiquee presse / ivresse féminine, classiquea entendre / l'apprendre féminine, classiqueb religion / contagion masculine, classiquec ouverte / couverte féminine, classiqued trépas / États masculine, classiquee désolées / dépeuplées féminine, classiquea vénérable / secourable féminine, classiqueb périssant / renaissant masculine, classiquec cabales / scandales féminine, classiqued oisiveté / postérité masculine, classiquee ridicule / bulle féminine, classiquea humaine / Haine féminine, classiqueb l'humanité / Vérité masculine, classiquec frère / misère féminine, classiqued docteur / imposteur masculine, classiquee dispute / persécute féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

120 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de Voltaire, Paris, Lefèvre, Libraire,, Firmin Didot frères, Libraires, 1833· numérisation poesies.net· Sources