Odes, 1775
X. Au roi de prusse
SUR SON AVÈNEMENT AU TRÔNE
1740
Est-ce aujourd'hui le jour‖ le plus beau de ma vie ?Ne me trompé-je point‖ dans un espoir si doux ?Vous régnez. Est-il vrai‖ que la philosophieVa régner avec vous ?
Fuyez loin de son trône,‖ imposteurs fanatiques,Vils tyrans des esprits,‖ sombres persécuteurs,Vous dont l'âme implacable‖ et les mains frénétiquesOnt tramé tant d'horreurs.
Quoi ! je t'entends encore,‖ absurde Calomnie !C'est toi, monstre inhumain,‖ c'est toi qui poursuivisEt Descartes, et Bayle,‖ et ce puissant génieSuccesseur de Leibnitz.
Tu prenais sur l'autel‖ un glaive qu'on révère,Pour frapper saintement‖ les plus sages humains.Mon roi va te percer‖ du fer que le vulgaireAdorait dans tes mains.
Il te frappe, tu meurs ;‖ il venge notre injure ;La vérité renaît,‖ l'erreur s'évanouit ;La terre élève au ciel‖ une voix libre et pure ;Le ciel se réjouit.
Et vous, de Borgia‖ détestables maximes,Science d'être injuste‖ à la faveur des lois,Art d'opprimer la terre,‖ art malheureux des crimes,Qu'on nomme l'art des rois ;
Périssent à jamais‖ vos leçons tyranniques !Le crime est trop facile,‖ il est trop dangereux.Un esprit faible est fourbe ;‖ et les grands politiquesSont les cœurs généreux.
Ouvrons du monde entier‖ les annales fidèles,Voyons-y les tyrans,‖ ils sont tous malheureux ;Les foudres qu'ils portaient‖ dans leurs mains criminellesSont retombés sur eux.
Ils sont morts dans l'opprobre,‖ ils sont morts dans la rage ;Mais Antonin, Trajan,‖ Marc-Aurèle, Titus,Ont eu des jours sereins,‖ sans nuit et sans orage,Purs comme leurs vertus.
Tout siècle eut ses guerriers ;‖ tout peuple a dans la guerreSignalé des exploits‖ par le sage ignorés.Cent rois que l'on méprise‖ ont ravagé la terre :Régnez, et l'éclairez.
On a vu trop longtemps‖ l'orgueilleuse ignorance,Écrasant sous ses pieds‖ le mérite abattu,Insulter aux talents,‖ aux arts, à la science,Autant qu'à la vertu.
Avec un ris moqueur,‖ avec un ton de maître,Un esclave de cour,‖ enfant des Voluptés,S'est écrié souvent :‖ Est-on fait pour connaître ?Est-il des vérités ?
Il n'en est point pour vous,‖ âme stupide et fière ;Absorbé dans la nuit,‖ vous méprisez les cieux.Le Salomon du Nord‖ apporte la lumière ;Barbare, ouvrez les yeux.
Versification
- Forme
- 13 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 13(abab)
- Mètre
- Alexandrins et hexasyllabes (39 de 12, 13 de 6)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 13 quatrains
- Mots à la rime
- a vie / philosophie féminine, classiqueb doux / vous masculine, classiquea fanatiques / frénétiques féminine, classiqueb persécuteurs / d'horreurs masculine, classiquea Calomnie / génie féminine, classiqueb poursuivis / Leibnitz masculine, classiquea révère / vulgaire féminine, classiqueb humains / mains masculine, classiquea injure / pure féminine, classiqueb s'évanouit / réjouit masculine, classiquea maximes / crimes féminine, classiqueb lois / rois masculine, classiquea tyranniques / politiques féminine, classiqueb dangereux / généreux masculine, classiquea fidèles / criminelles féminine, classiqueb malheureux / eux masculine, classiquea rage / orage féminine, classiqueb Titus / vertus masculine, classiquea guerre / terre féminine, classiqueb ignorés / l'éclairez masculine, classiquea ignorance / science féminine, classiqueb abattu / vertu masculine, classiquea maître / connaître féminine, classiqueb Voluptés / vérités masculine, classiquea fière / lumière féminine, classiqueb cieux / yeux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de Voltaire, Paris, Lefèvre, Libraire,, Firmin Didot frères, Libraires, 1833· numérisation poesies.net· Sources