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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Odes, 1775

IX. Sur la paix de 1736

Voltaire· 11 dizains, octosyllabes, 110 vers

L'Etna renferme le tonnerreDans ses épouvantables flancs ;Il vomit le feu sur la terre,Il dévore ses habitants.Fuyez, Dryades gémissantes,Ces campagnes toujours brûlantes,Ces abîmes toujours ouverts,Ces torrents de flamme et de soufre,Échappés du sein de ce gouffreQui touche aux voûtes des enfers.

Plus terrible dans ses ravages,Plus fier dans ses débordements,Le Pô renverse ses rivagesCachés sous ses flots écumants :Avec lui marchent la Ruine,L'Effroi, la Douleur, la Famine,La Mort, les Désolations ;Et, dans les fanges de Ferrare,Il entraîne à la mer avareLes dépouilles des nations.

Mais ces débordements de l'onde,Et ces combats des éléments,Et ces secousses qui du mondeOnt ébranlé les fondements,Fléaux que le ciel en colèreSur ce malheureux hémisphèreA fait éclater tant de fois,Sont moins affreux, sont moins sinistres,Que l'ambition des ministresEt que les discordes des rois.

De l'Inde aux bornes de la France,Le soleil, en son vaste tour,Ne voit qu'une famille immense,Que devrait gouverner l'Amour.Mortels, vous êtes tous des frères ;Jetez ces armes mercenaires :Que cherchez-vous dans les combats ?Quels biens poursuit votre imprudence ?En aurez-vous la jouissanceDans la triste nuit du trépas ?

Encor si pour votre patrieVous saviez vous sacrifier !Mais non ; vous vendez votre vieAux mains qui daignent la payer.Vous mourez pour la cause iniqueDe quelque tyran politiqueQue vos yeux ne connaissent pas ;Et vous n'êtes, dans vos misères,Que des assassins mercenairesArmés pour des maîtres ingrats.

Tels sont ces oiseaux de rapine,Et ces animaux malfaisants,Apprivoisés pour la ruineDes paisibles hôtes des champs :Aux sons d'un instrument sauvage,Animés, ardents, pleins de rage,Ils vont, d'un vol impétueux,Sans choix, sans intérêt, sans gloire,Saisir une folle victoireDont le prix n'est jamais pour eux.

O superbe, ô triste Italie !Que tu plains ta fécondité !Sous tes débris ensevelie,Que tu déplores ta beauté !Je vois tes moissons dévoréesPar les nations conjuréesQui te flattaient de te venger :Faible, désolée, expirante,Tu combats d'une main tremblantePour le choix d'un maître étranger.

Que toujours armés pour la guerreNos rois soient les dieux de la paix ;Que leurs mains portent le tonnerre,Sans se plaire à lancer ses traits.Nous chérissons un berger sage,Qui, dans un heureux pâturage,Unit les troupeaux sous ses lois.Malheur au pasteur sanguinaireQui les expose en téméraireA la dent du tyran des bois !

Eh ! que m'importe la victoireD'un roi qui me perce le flanc,D'un roi dont j'achète la gloireDe ma fortune et de mon sang !Quoi ! dans l'horreur de l'indigence,Dans les langueurs, dans la souffrance,Mes jours seront-ils plus sereinsQuand on m'apprendra que nos princesAux frontières de nos provincesNagent dans le sang des Germains ?

Colbert, toi qui dans ta patrieAmenas les arts et les jeux ;Colbert, ton heureuse industrieSera plus chère à nos neveuxQue la vigilance inflexibleDe Louvois, dont la main terribleEmbrasait le Palatinat,Et qui, sous la mer irritée,De la Hollande épouvantéeVoulait anéantir l'État.

Que Louis jusqu'au dernier âgeSoit honoré du nom de Grand ;Mais que ce nom s'accorde au sage,Qu'on le refuse au conquérant.C'est dans la paix que je l'admire,C'est dans la paix que son empireFlorissait sous de justes lois,Quand son peuple aimable et fidèleFut des peuples l'heureux modèle,Et lui le modèle des rois.

Versification

Forme
11 dizains (dizains)
Rimes
10(ababccdeed) 1(ababccbddb)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
11 dizains
Mots à la rime
a tonnerre / terre féminine, classiqueb flancs / habitants masculine, classiquec gémissantes / brûlantes féminine, classiqued ouverts / enfers masculine, classiquee soufre / gouffre féminine, classiquea ravages / rivages féminine, classiqueb débordements / écumants masculine, classiquec Ruine / Famine féminine, classiqued Désolations / nations masculine, classiquee Ferrare / avare féminine, classiquea l'onde / monde féminine, classiqueb éléments / fondements masculine, classiquec colère / hémisphère féminine, classiqued fois / rois masculine, classiquee sinistres / ministres féminine, classiquea France / immense féminine, classiqueb tour / l'Amour masculine, classiquec frères / mercenaires féminine, classiqued combats / trépas masculine, classiquee imprudence / jouissance féminine, classiquea patrie / vie féminine, classiqueb sacrifier / payer masculine, classiquec inique / politique féminine, classiqued pas / ingrats masculine, classiquee misères / mercenaires féminine, classiquea rapine / ruine féminine, classiqueb malfaisants / champs masculine, classiquec sauvage / rage féminine, classiqued impétueux / eux masculine, classiquee gloire / victoire féminine, classiquea Italie / ensevelie féminine, classiqueb fécondité / beauté masculine, classiquec dévorées / conjurées féminine, classiqued venger / étranger masculine, classiquee expirante / tremblante féminine, classiquea guerre / tonnerre féminine, classiqueb paix / traits masculine, classiquec sage / pâturage féminine, classiqued lois / bois masculine, classiquee sanguinaire / téméraire féminine, classiquea victoire / gloire féminine, classiqueb flanc / sang masculine, classiquec l'indigence / souffrance féminine, classiqued sereins / Germains masculine, classiquee princes / provinces féminine, classiquea patrie / industrie féminine, classiqueb jeux / neveux masculine, classiquec inflexible / terrible féminine, classiqued Palatinat / l'État masculine, classiquee irritée / épouvantée féminine, classiquea âge / sage féminine, classiqueb Grand / conquérant masculine, classiquec l'admire / empire féminine, classiqued lois / rois masculine, classiquee fidèle / modèle féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

110 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de Voltaire, Paris, Lefèvre, Libraire,, Firmin Didot frères, Libraires, 1833· numérisation poesies.net· Sources