régaler v. a.
Espagn. et port. regalar ; ital. regalare. Origine incertaine. On l'a fait venir du lat. regalis, royal ; mais la forme ne convient pas ; regalis, dans le langage populaire, n'aurait pas donné régaler On peut conjecturer re, et l'ancien verbe galer (voy. GALA et GALANT), qui signifie s'amuser, se réjouir, étaler de la magnificence : Cette dérivation paraît la plus probable ; mais Diez a une tout autre opinion : d'abord il maintient que le mot vient de l'espagnol dans l'italien et le français où il n'est pas ancien ; ceci ne peut pas être admis complétement pour le français ; car l'historique montre regaler dès le XIVe siècle. Ensuite il veut établir que le latin regelare et l'espagnol regalar se, qui tous deux veulent dire dégeler, se fondre, sont le même mot. La difficulté est dans la transformation de ge en ga ; il l'écarte en montrant dans l'ancien espagnol plomo regalado, et dans d'anciennes gloses plumbum regelatum. Enfin il établit que, du sens propre de fondre, regalar a passé à celui de caresser, faire des présents, régaler. Ce qui manque à cette ingénieuse conjecture, c'est la preuve que regalar fondre, et regalar, régaler, ne sont pas deux mots différents, ou, autrement, que la signification de fondre a pu, métaphoriquement, devenir celle de caresser. Cependant il faut ajouter un autre argument de Diez : dans le Chant d'Eulalie, qui est du Xe siècle, on lit : Por manatce regiel ne preiement ; Diez donne à regiel le sens de caresse, et en fait le substantif d'un ancien verbe regeler, qui, représentant le latin regelare, aurait eu dès cette haute époque le sens de régaler. De sorte que le sens métaphorique de regelare se trouverait dans le français au Xe siècle, se serait perdu dans cette langue, et aurait été repris dans le XIVe à l'espagnol sous la forme régaler. Ces hypothèses, sans être impossibles, sont compliquées. D'ailleurs, le sens de regiel n'est pas bien assuré, car c'est jusqu'à présent un mot unique.