Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

elle dans le Littré

34 articles· 378 citations· rimes· synonymes

1elle pron. (è-l')

  1. de la 3e pers. féminin. Il s'emploie comme sujet. Elle a dit. Elles font. Qui a tenu ce langage ? elle.

    • Elle qui.... au féminin, tandis que, au masculin, on dit lui qui.... Elle qui se prétend si sage a pourtant fait une sottise.

    • Elle ne sert pas de régime direct à un verbe actif ; on le remplace par la devant ce verbe : je la chéris, pour je chéris elle.

    • Quand le pronom la est le régime direct d'un verbe, et qu'après ce verbe il y a un nom qui concourt avec le pronom à former ce régime direct, on joint elle à ce nom : le lion la dévora, elle et ses enfants. On dit de même au sujet : elle mourut, elle et ses enfants.

    • Elle ne sert pas ordinairement de régime indirect à un verbe quand ce régime est marqué par à ; on y substitue lui : parlez-lui, et non parlez à elle. Cependant, en quelques cas exceptionnels, où l'on veut exprimer plus fortement le régime indirect, on peut se servir de elle.

      • Il croyait même parler à elle Fénelon, Tél. VII
    • Quand on ajoute même à elle, on peut dire à elle : parlez à elle-même (voy. MÊME).

    • D'elle-même spontanément.

      • Mais enfin d'elle-même on ne l'entend jamais.... Thomas Corneille, Ariane, II, 1
      • La flamme du bûcher d'elle-même s'allume Racine, Iphig. V, 6
    • Elle se construit aussi avec une préposition comme complément d'un adjectif ou d'un verbe. Je ne suis pas content d'elle. Je pense à elle. Bien des préventions se sont élevées contre elle. Il faut s'adresser à elle.

    • Elle se construit moins bien de la sorte, quand il s'agit de choses et non de personnes ; vous avez une plume bien taillée ; c'est avec elle que j'ai écrit ; il vaut mieux dire : c'est avec cette plume. Cette muraille menace ruine, ne vous approchez pas d'elle ; dites : ne vous en approchez pas. Aussi on désapprouve ces deux vers de Voltaire : ; Cependant rien, dans la grammaire, n'empêchant cet emploi, qui seulement est languissant et prosaïque, on ne le blâmera pas absolument ; et l'on acceptera ce vers de V. Hugo, cité par Legoarant : Moi, la douleur m'éprouve, et mes chants viennent d'elle. On acceptera également cette phrase-ci : Cette comédie ayant plu à ceux pour qui elle est faite, je trouve que c'est assez pour elle.

Étymologie

Wallon, ile, èle, elle, elles Berry, alle, ielle ; provenç. e-la, elha, ella ; espagn. et ital. ella ; du latin illa (voy. IL). L'ancienne langue a dit aussi il pour elle ; ce qui n'a rien d'extraordinaire, le latin disant illa.

2actuel, elle adj. (a-ktu-èl, e-l')

  1. 1Effectif, réel.

    • Une actuelle et entière séparation Fléchier, I, 241
    • Une attention actuelle qui prend d'abord des mesures solides de changement Massillon, Car. Confess.
    • L'âme peut, avec l'aide de Dieu, s'établir dans une résolution actuelle et véritable de s'éloigner pour jamais du péché Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 306
  2. 2Présent, qui a lieu présentement. Le moment actuel, les mœurs actuelles. Content de sa position actuelle. Le langage actuel.

  3. 3En parlant des personnes en activité de service. Le président actuel de la chambre.

  4. 4En termes de théologie et de philosophie, grâce actuelle, par opposition à grâce habituelle ; péché actuel, par opposition à péché originel ; volonté actuelle, par opposition à volonté potentielle ; intention actuelle, par opposition à intention virtuelle.

  5. 5En termes de chirurgie, cautère actuel, le fer rouge, par opposition à cautère potentiel, les caustiques chimiques.

    • Actuel ne se met qu'après son substantif ; cependant quand il y a deux adjectifs, il peut se mettre devant, comme dans l'exemple de Fléchier.

Étymologie

Provenç. et espagn. actual ; ital. attuale ; de actualis, de actus, acte (voy. ACTE).

3annuel, elle adj. (a-nnu-èl, è-l')

  1. 1Qui dure un an. À Rome, le consulat était annuel.

  2. 2Qui a lieu tous les ans. Le vote annuel de l'impôt.

  3. 3Qui est perçu ou payé par année. Rente annuelle.

  4. 4Plantes annuelles, celles qui ne vivent qu'un an. On les désigne par un signe constitué d'un point dans un cercle.

  5. 5Maladies annuelles, celles qui se manifestent chaque année à la même époque.

  6. 6En liturgie, se dit des principales fêtes, telles que Pâques, la Pentecôte, etc.

    • S. m. Annuel majeur, fête du premier ordre. Annuel mineur, fête du second ordre.

      • Se met après le substantif : Dignité annuelle.

Étymologie

Provenç. annual ; espagn. anual ; ital. annuale ; d'annualis, d'annus (voy. AN). Dans l'ancien français le féminin se décline comme le masculin : au singulier, nominatif, annuels, annuals, annuaus, régime, annuel ; au pluriel, nominatif, annuel, régime, annuels, annuals, annuaus.

4bisexe ou bisexué, ée ou bisexuel, elle adj. (bi-sè-ks' ou bi-sè-ksu-é, ée ou bi-sè-ksu-èl, è-l')

  1. Voy. BISSEXE, BISSEXUÉ, BISSEXUEL.

5casuel, elle adj. (ka-zu-èl, è-l')

  1. 1Qui dépend des cas, des accidents.

    • L'événement en est casuel Bossuet, Imp. 3
    • Les choses morales, si compliquées, si casuelles, si changeantes Fontenelle, Bernoulli.
    • Ces jardins, ces campagnes, que vous tenez de moi, sont choses casuelles Diderot, Essai s. Claude et Néron.
    • Sans cette condition [qu'il n'y aurait pas d'impôt sur les rentes], les prêteurs n'auraient pas fait une disposition si casuelle de leurs capitaux Mirabeau, Collection, t. IV, 254
  2. 2Droits casuels, profits fortuits, dans les fiefs, comme le droit d'aubaine, les lods et ventes, etc.

    • Parties casuelles, droits et revenus éventuels ; et le bureau même où l'État faisait percevoir ces droits. Trésorier des parties casuelles. Charge vacante aux parties casuelles, charge qui vaquait au profit du roi. Emplois casuels, emplois révocables. Charges casuelles, charges non héréditaires.

  3. 3S. m. Le casuel, le gain, le revenu casuel, par opposition à gain, revenu fixe.

    • De quelque valeur que soient les cures tant en fonds qu'en casuel Bossuet, Lett. quiét. 84
  4. 4Terme de grammaire. Qui se rapporte aux cas des déclinaisons.

    • Une langue qui marche vers l'appauvrissement des désinences casuelles depuis les premiers textes où nous pouvons l'étudier BRÉAL, Journ. des sav oct. 1876, p. 639
    • Les éléments employés dans les flexions casuelles sont loin d'être tous du même temps BRÉAL, ib. p. 541

Remarque

Depuis quelque temps l'usage s'est introduit de donner à casuel le sens de fragile : la porcelaine est casuelle. Mais rien, ni dans l'étymologie, ni dans l'emploi ancien, ne justifie cette acception qui doit être évitée.

Étymologie

Provenç. et espagn. casual ; ital. casuale ; de casualis, de casus, chute, accident, cas (voy. CAS).

6censuel, elle adj. (san-su-èl, è-l')

  1. Terme de jurisprudence féodale. Qui a rapport au cens. La tenure féodale et la tenure censuelle.

    • Ce capitulaire où Charles le Chauve parle des terres censuelles dont le cens avait appartenu au roi Montesquieu, Esp. XXX, 15

Étymologie

Censualis, de census, cens ; provenç. cessal ; espagn. censal ; portug. censual ; ital. censuale.

7charnel, elle adj. (char-nèl, nê-l')

  1. 1Qui dépend de la chair. Appétit, plaisir charnel.

    • Fig. Dont les pensées et le cœur sont attachés à la chair, en parlant des personnes.

      • Non, ces hommes charnels dont les cœurs s'abandonnent à tout ce que les sens ordonnent, Ne possèdent jamais un bien si précieux Corneille, Imit. I, 6
      • Obligé de ménager la faiblesse d'un peuple charnel Massillon, Car. Pardon.
      • Ils avaient à entretenir un peuple charnel PASCAL, Fig. 1
    • Substantivement.

      • La grandeur qui vient de Dieu est invisible aux charnels et aux gens d'esprit Pascal, dans le Dict. de BESCHERELLE.
  2. 2Qui est engendré selon la chair.

    • Enfants d'un père charnel, nous naissons tous charnels comme lui Massillon, Carême, Culte.

Étymologie

Provenç. et espagn. carnel ; ital. carnale ; du latin carnalis, de caro, carnis, chair (voy. CHAIR).

Supplément

CHARNEL. Ajoutez : - REM. Avant Pascal, Corneille avait employé charnel substantivement pour homme dont le cœur est attaché à la chair. Que je vois de charnels porter haut leurs desseins ! Imit. V. 3607.

8cruel, elle adj. (kru-èl, è-l')

  1. 1Qui aime à infliger des souffrances, la mort. Un tyran cruel. Le cruel Henri VIII fit périr plusieurs de ses femmes.

    • Les plus cruels ennemis, les ennemis les plus acharnés.

    • Il se dit de quelques animaux. Le tigre est un animal cruel.

  2. 2Qui a un caractère de cruauté, en parlant des choses. Un ordre cruel. Une politique cruelle et ambitieuse.

    • Une guerre cruelle, sanglante, acharnée Cruelle bataille Racine, Théb. III, 4
    • On fit une cruelle boucherie de ces brigands VERTOT, Révol. rom. XI, p. 143
    • Loin de ces lieux cruels précipitez vos pas Racine, Iphig. IV, 10
    • Je suis persuadé plus que jamais de l'innocence des Calas et de la cruelle bonne foi du parlement de Toulouse Voltaire, Lett. d'Argental, 21 juin 1761
    • Une guerre longue et cruelle, inutile à l'Autriche, funeste à la France, profitable aux seuls Anglais, et glorieuse au seul roi de Prusse, qui, après l'avoir soutenue pendant sept ans contre la moitié de l'Europe, l'a terminée sans perdre un village D'Alembert, Éloges, milord Maréchal.
    • Ses expériences n'avaient pu être faites sans assujettir un grand nombre d'animaux à des douleurs cruelles ; et c'eût été acheter bien cher une vérité inutile ; M. de Haller le sentait Condorcet, Haller.
  3. 3Dur, sévère, rigoureux, en parlant des personnes et des choses. Père, tuteur cruel. Une peine cruelle. Des devoirs cruels à remplir.

  4. 4Douloureux, fâcheux. C'est une chose cruelle que d'être abandonné de ses amis.

  5. 5Insensible. Beauté cruelle.

    • Dans le langage familier. Cette femme passe pour n'être pas cruelle, elle cède facilement à ceux qui la poursuivent.

  6. 6Un cruel homme, un fâcheux, un ennuyeux personnage ; une cruelle femme, une femme bien insupportable.

  7. 7Substantivement.

  8. 8Femme qui n'écoute pas un amant.

    • Familièrement. Ne pas trouver de cruelles, être toujours heureux en amour.

    • Familièrement. Faire le cruel, se montrer dédaigneux à l'égard des femmes.

  9. 9S. f. Cruelle, nom qu'on donne à de l'eau-de-vie rendue plus brûlante par l'addition de substances âcres.

Remarque

1. On dit (les exemples rapportés le prouvent) être cruel à quelqu'un. Mais on dit aussi : être cruel envers quelqu'un. 2. Il faut faire attention à la différence de sens que produit quelquefois la place de cruel : un homme cruel, c'est un homme qui a de la cruauté ; un cruel homme, c'est un homme insupportable.

Étymologie

Bourguig. crual, crouel ; provenç. cruzel, cruel ; espagn. cruel ; ital. crudele, du latin crudelis, dérivé de crudus. Dans l'ancien français au nominatif singulier cruels ou crueus pour les deux genres ; au régime cruel pour les deux genres ; au pluriel nominatif cruel pour les deux genres ; au régime cruels ou crueus. De cette forme cruels ou crueus, on avait tiré un adjectif irrégulièrement formé crueus, crueuse : ;

9cultuel, elle adj. (kul-tu-èl, è-l') supplément

  1. Qui a rapport au culte.

    • Les sauvages nous offrent un spectacle mélancolique de superstitions grossières et de formes cultuelles féroces, Rev. anthropol. t. I, p. 713

Étymologie

Lat. cultus, culte.

10éternel, elle adj. (é-tèr-nèl, nè-l')

  1. 1Qui n'a pas eu de commencement et n'aura point de fin. Des philosophes ont cru le monde éternel. Dieu est éternel. Le Père éternel. Le Verbe éternel.

    • Une vérité éternelle, une vérité immuable.

  2. 2Qui n'aura point de fin. Le bonheur éternel du paradis.

    • La ville éternelle, Rome.

      • Les ouvrages qui ont donné et donnent encore aujourd'hui la plus haute idée de sa puissance [de Rome] ont été faits sous les rois ; on commençait déjà à bâtir la ville éternelle Montesquieu, Rom. I
    • Poétiquement. Le sommeil éternel, la mort.

  3. 3Par extension, dont on ne peut prévoir la fin, fixer le terme.

    • Un éternel adieu, adieu que se font des personnes qui ne doivent plus se revoir.

    • V. Hugo a donné un comparatif à éternel. Mais si la Grèce est sans prestiges, Tu savais des lieux solennels Où sont de plus sacrés vestiges, Des monuments plus éternels, Odes, IV, 6.

  4. 4Par exagération, qui semble ne devoir pas finir, qui fatigue, qui ennuie.

    • Un causeur éternel, un bavard infatigable.

    • Un homme éternel, un homme qui fatigue.

      • Dans l'espérance que l'éternel Saint-Germain en sortirait avant elle Hamilton, Gramm. 4
      • Léonore et son éternelle gouvernante Lesage, Diable boit. 4
      • Mais, baron éternel, ce n'est pas sur un regard équivoque, sur une simple civilité que je suis assuré qu'on m'aime BOISSY, Français à Lond. sc. 1
    • Par plaisanterie. Une personne éternelle, une personne dont on attend l'héritage et qui tarde à mourir.

  5. 5S. m. Dieu.

    • En cet emploi on met un É majuscule.

Synonymes

ÉTERNEL, PERPÉTUEL. Éternel se rapporte à la durée infinie prise absolument. Perpétuel se rapporte à l'homme, et admet comme possibles, et même comme probables, les interruptions ou terminaisons auxquelles l'humanité est sujette. Une rente est perpétuelle ; l'abbé de Saint-Pierre rêvait une paix perpétuelle. Au contraire ceux qui croient que le monde ne finira pas, disent qu'il est éternel.

Étymologie

Provenç. et espagn. eternal ; ital. eternale ; du bas-latin æternalis, d'æternus, contracté pour æviternus, de ævum, âge, durée infinie (grec, αἰών), et du suffixe ternus qui s'applique au temps, comme dans hesternus, sempiternus.

11formel, elle adj. (for-mèl, mè-l')

  1. 1Qui est en forme, et qui par conséquent est exprès, nettement déterminé. Le texte est formel. Un démenti formel. La loi est formelle.

    • Il n'y a que dans les jugements que se puisse rencontrer la vraie et formelle fausseté ; il se peut néanmoins trouver dans les idées une certaine fausseté matérielle, à savoir lorsqu'elles représentent ce qui n'est rien comme si c'était quelque chose Descartes, Médit. III, 13
    • Notre écrit y est formel PATRU, Plaidoyer 6, dans RICHELET
    • On a montré en termes formels que saint Clément exclut tout désir actif et excité ; le peut-on dire ? Bossuet, Nouv. myst. X, 14
    • Si l'entière permanence [chez les mystiques] exclut la demande [à Dieu], c'est toute demande qu'elle exclut, formelle ou confuse, explicite ou imparfaite, directe ou réfléchie, passive ou active Bossuet, ib. X, 3
  2. 2Terme de philosophie. Qui fait qu'une chose est telle qu'elle est. Une cause formelle.

    • Dans la notion que nous avons de ces facultés [d'imaginer et de sentir], ou, pour me servir des termes de l'école, dans leur concept formel, elles enferment quelque sorte d'intellection Descartes, Médit. VI, 9
    • La couleur, la dureté, la figure, etc. n'appartiennent point à la raison formelle de la cire, c'est-à-dire qu'on peut concevoir tout ce qui se trouve nécessairement dans la cire sans avoir besoin pour cela de penser à elles Descartes, Rép. aux 3es object. 13
    • Il faut supposer avec l'école que ces intentions et ces actes qu'on nomme virtuels sont la suite d'un acte formel qui subsiste dans son état et dans le branle qu'il a donné à la volonté Bossuet, Nouv. myst. X, 5
    • Substantivement. Le formel et le matériel.

      • Terme de théologie. Le formel du péché, le défaut de conformité avec la loi, par opposition au matériel du péché, qui est l'acte même.

  3. 3Qui est en effet (c'est à peu près objectif, au sens moderne de ce mot dans le langage philosophique, différent du sens d'objectif au XVIIe siècle ; ce sens de formel se trouve dans Descartes et dans les philosophes de son école).

    • Cette vérité [que le néant ne peut rien produire] n'est pas seulement claire et évidente dans les effets qui ont cette réalité que les philosophes appellent actuelle ou formelle, mais aussi dans les idées où l'on considère seulement la réalité qu'ils nomment objective Descartes, Médit. III, 11
    • Je comprends fort bien que l'être objectif d'une idée ne peut être produit par un être qui existe seulement en puissance (lequel, à proprement parler, n'est rien), mais seulement par un être formel ou actuel Descartes, ib. 19

Étymologie

Provenç. et espagn. formal ; ital. formale ; du lat. formalis, de forma, forme.

12graduel, elle adj. (gra-du-èl, è-l')

  1. 1Qui va par degrés. Augmentation graduelle.

    • Ses progrès [de Louvois] furent graduels, mais rapides Duclos, Règne de Louis XIV, Œuvres, t. v, p. 166, dans POUGENS.
    • Terme de jurisprudence. Substitution graduelle.

  2. 2Psaumes graduels, certains psaumes que les Hébreux chantaient sur les degrés du temple.

Étymologie

Provenç. et espagn. gradual ; ital. graduale ; du lat. gradus, degré.

13gustuel, elle adj. (gu-stu-èl, è-l')

  1. Qui se rapporte au goût.

    • Jouissances gustuelles BRILLATSAVARIN, dans le Dict. de BESCHERELLE.

Étymologie

Mot formé par Brillat-Savarin du lat. gustus, goût.

14irréel, elle adj. (i-rré-èl, è-l')

  1. Qui manque de réalité.

    • L'administration allemande qui, ayant sa tête à Vienne, rayonne à travers l'empire entier, confondant toutes les races en un même peuple idéal mais irréel, le peuple autrichien, Revue de Paris, 15 nov. 1857, p. 224

Étymologie

Ir..., et réel.

15journel, elle adj. (jour-nèl, nè-l')

  1. Qui arrive chaque jour ; on dit présentement journalier.

    • Les officiers généraux et particuliers sentaient que leur réputation et leur fortune dépendaient de leur application, de leur conduite, de leurs actions ; que la distinction journelle y était attachée par la préférence ou le délaissement Saint-Simon, 409, 124
    • Les visites journelles en demi-public du roi à son ancienne maîtresse [Montespan] faisaient un contraste fort ridicule avec son assiduité chez celle qui l'avait servie Saint-Simon, 413, 188

Étymologie

Autre forme de journal.

16jumeau, elle adj. (ju-mô, mè-l')

  1. 1Enfants jumeaux, enfants nés d'un même accouchement. Filles jumelles.

    • Il se dit aussi des animaux. Deux chiens jumeaux.

    • Substantivement. Ces jumelles se ressemblent singulièrement. C'est un jumeau, une jumelle. On dit à tort dans le peuple que, de deux jumeaux, celui qui vient au monde le dernier est l'aîné.

      • Une femme de Charlestown, dans la Caroline méridionale, accoucha, en 1714, de deux jumeaux qui vinrent au monde tout de suite l'un après l'autre ; il se trouva que l'un était un enfant nègre et l'autre un enfant blanc ; ce qui surprit beaucoup les assistants BUFFON, Hist. nat. homme, Œuvres, t. IV, p. 274
  2. 2Fig. Il se dit de deux fruits joints ensemble. Une pomme jumelle. Des abricots jumeaux.

    • Alambics jumeaux, alambics dont le bec de chacun entre dans le ventre de l'autre et qui servent ainsi à distiller par circulation.

  3. 3Il se dit de deux objets qui se ressemblent et qui sont disposés semblablement.

    • J'aime à la folie présentement les jardins à l'anglaise, les lignes courbes, les pentes douces, les étangs en forme de lacs, les archipels en terre ferme, et j'ai un profond mépris pour les lignes droites, les allées jumelles Voltaire, Lett. Catherine, 112
    • Tantôt le jour naissant illumine leurs têtes jumelles [des tours de l'église gothique] Chateaubriand, Génie, III, I, 8
    • Lits jumeaux, deux lits de même forme placés parallèlement dans la même pièce.

  4. 4Terme d'anatomie. Muscles jumeaux, ou, substantivement, les jumeaux, nom de deux muscles qui concourent au mouvement de la jambe.

Étymologie

Le même que gémeau (voy. ce mot) ; wallon, germal, au fém. germale.

17manuel, elle adj. (ma-nu-èl, è-l')

  1. 1Qui se fait avec la main. Arts manuels. Correction manuelle.

    • Je parlerai bientôt des travaux et des jeux manuels J.-J. Rousseau, Ém. II
    • Distribution manuelle, ce que les chanoines et autres reçoivent de rétribution pour leur assistance au chœur.

    • Don manuel, don fait avec la main.

  2. 2S. m. Titre de certains livres ou abrégés qu'on doit toujours avoir, pour ainsi dire, à la main, et qui présentent l'essentiel des traités longs et étendus écrits sur la matière. Manuel du baccalauréat ès lettres. Collection de manuels.

    • Quelques-uns [des moines] avaient choisi pour seule règle le Manuel d'Épictète Chateaubriand, Génie, IV, III, 4
    • Fig.

      • Ce précieux recueil [les lettres de son amante] ne me quittera de mes jours ; il sera mon manuel dans le monde où je vais entrer J.-J. Rousseau, Hél. II, 13
  3. 3Le manuel, ce qui se fait avec la main. Le manuel opératoire, la manière dont la main agit dans une opération.

Étymologie

Provenç. manual, manal ; esp. manual ; ital. manuale ; du lat. manualis, de manus, main.

18mensuel, elle adj. (man-su-èl, è-l')

  1. Qui se fait tous les mois. État mensuel de recette, de dépense.

Étymologie

Dérivé fait sur le modèle de menstruel (voy. MENSTRUEL), et tiré irrégulièrement du lat. mensis, mois, comme si ce mot était mensus (voy. MOIS).

19mesel, elle s. m. et f. (mé-zèl, zè-l') supplément

  1. Nom, dans le moyen âge, des lépreux.

Étymologie

Lat. misellus, pauvret, qui avait pris, dans le latin du moyen âge, le sens de lépreux. A la vérité, M. Dozy tire mesel de l'arabe mosell, phthisique ; mais, quelle que soit son autorité, elle ne peut prévaloir contre l'évidence de la dérivation latine.

20mortel, elle adj. (mor-tèl, tè-l' ; d'après Palsgrave, p. 60, au XVIe siècle, mortel se prononçait morté devant une consonne)

  1. 1Sujet à la mort. Tous les hommes sont mortels.

    • La mort ne l'a point changé, si ce n'est qu'une immortelle beauté a pris la place d'une beauté changeante et mortelle Bossuet, Mar.-Thér.
    • Tout est vain en l'homme, si nous regardons le cours de sa vie mortelle ; mais tout est précieux si nous contemplons le terme où elle aboutit Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Tout ce qui est mortel, quoi qu'on ajoute par le dehors pour le faire paraître grand, est, par son fond, incapable d'élévation Bossuet, ib.
    • Outre le rapport que nous avons du côté du corps avec la nature changeante et mortelle, nous avons d'un autre côté un rapport intime et une secrète affinité avec Dieu Bossuet, ib.
    • Encore que notre esprit soit de nature à vivre toujours, il abandonne à la mort tout ce qu'il consacre aux choses mortelles Bossuet, ib.
    • Pourquoi m'es-tu donné, ô corps mortel, fardeau accablant.... Bossuet, Bourgoing.
    • Les Parques à ma mère, il est vrai, l'ont prédit, Lorsqu'un époux mortel fut reçu dans son lit.... Racine, Iph. I, 2
  2. 2Qui appartient aux hommes, aux mortels.

    • Le prélat.... Tout d'un coup tourne à gauche, et d'un bras fortuné Bénit subitement le guerrier consterné ; Le chanoine surpris de la foudre mortelle.... BOIL., Lutr. V
  3. 3Qui cause la mort, ou semble devoir la causer. Une maladie mortelle. Cette substance est mortelle aux poissons.

    • Fig.

      • La chair et le sang de Jésus-Christ, non-seulement ne nous seraient plus salutaires, mais deviendraient pour nous le poison le plus mortel Bourdaloue, Myst. Très St Sacrem. t. I, p. 542
    • Le coup mortel, le coup qui donne ou paraît devoir donner la mort.

    • Fig. Coup mortel, ruine, perte.

      • La plus puissante de toutes [les monarchies formées de l'empire d'Alexandre], après avoir été ébranlée par la mollesse et le luxe de la nation, reçut enfin le coup mortel par la division de ses princes Bossuet, Hist. III, 5
    • Péché mortel, péché qui fait perdre la grâce de Dieu et qui donne une espèce de mort à l'âme.

      • Chrétien, tu sais trop la distinction des péchés véniels d'avec les mortels Bossuet, Mar.-Thér.
      • Ce n'est pas que je veuille ici confondre les fautes vénielles avec les fautes mortelles Massillon, Carême, Fautes légères.
    • Mortel ennemi, ennemi mortel, ennemi jusqu'à vouloir la mort.

  4. 4Fig. Fatal, funeste.

    • Rechercher un trépas si mortel à ma gloire Corneille, Cid, I, 9
    • Cette mode [une sorte de coiffure] durera peu ; elle est mortelle pour les dents Mme de Sévigné, 4 avr. 1671
    • La gloire, qu'y a-t-il pour les chrétiens de plus pernicieux ou de plus mortel ? Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Jamais jour n'a paru si mortel à la Grèce Racine, Iph. V, 6
    • Cherchons des remèdes contre les maladies de l'âme, non moins funestes et non moins mortelles [que celles du corps] Voltaire, Dict. phil. Ana, anecdotes.
  5. 5Excessif dans son genre ; il ne se dit jamais qu'en mal.

  6. 6Dans le style familier, mortel se dit de ce qui fatigue par sa longueur, de ce qui paraît excessivement long, ennuyeux ; alors il se met devant son substantif.

    • On nous dit qu'il y avait deux mortelles lieues Mme de Sévigné, 363
    • En moins de rien, il eut fait cinquante mortelles lieues Hamilton, Gramm. 9
    • Quinze mortels jours se passèrent de la sorte Mme de Genlis, Mlle de Clermont, p. 63, dans POUGENS

Remarque

À propos de ces vers de Racine : Plus qu'à mes ennemis la guerre m'est mortelle, Théb. III, 6 ; L. Racine dit : Mortelle pour funeste, expression qui n'est pas exacte. L. Racine se trompe, la locution est bonne et employée avant son père.

Étymologie

Provenç. et espagn. mortal ; ital. mortale ; du latin mortalis, de mors, mortis, la mort.

21mutuel, elle adj. (mu-tu-èl, è-l')

  1. 1Qui s'échange entre deux ou plusieurs personnes, entre deux ou plusieurs choses.

  2. 2Enseignement mutuel, voy. ENSEIGNEMENT, n° 3.

  3. 3Assurance mutuelle, contrat de société par lequel les assurés s'engagent mutuellement à payer les dommages éprouvés par un d'eux dans une circonstance prévue, telle qu'incendie, etc. Les assurés y sont assureurs les uns des autres ; elle diffère de l'assurance à prime fixe dans laquelle les assurés payent à l'assureur une prime fixe à forfait, et l'assureur les indemnise, sans qu'ils contribuent plus ou moins selon les sinistres arrivés dans l'année. L'aléatoire des sinistres annuels incombe aux assurés dans l'assurance mutuelle, à l'assureur dans l'assurance à prime.

    • Populairement. La mutuelle, l'assurance mutuelle. Je suis assuré à la mutuelle.

  4. 4Il s'est dit pour alternatif.

    • Les aventures du monde Vont d'un ordre mutuel, Comme on voit au flux de l'onde Un reflux perpétuel Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.

Synonymes

MUTUEL, RÉCIPROQUE. Mutuel désigne l'échange ; réciproque, le retour. Le premier exprime l'action de donner et de recevoir de part et d'autre ; le second, l'action de rendre selon qu'on reçoit. On dit que l'affection est mutuelle, pour signifier qu'on s'aime l'un l'autre ; on dit qu'elle est réciproque, pour marquer qu'on se rend sentiment pour sentiment. Le don est surtout mutuel quand il est le même ou du même genre de part et d'autre ; il n'est que réciproque s'il s'agit d'objets différents cédés en compensation. Un mari et une femme s'engagent mutuellement leur foi, et ils s'engagent réciproquement à des devoirs différents, LAVEAUX., L'enseignement mutuel est mutuel et non pas réciproque : car si A instruit B, B n'instruit pas A réciproquement ; mais il rendra à C ce qu'il a reçu de A, et C à son tour rendra à D et ainsi de suite ; la mutualité a donc un sens plus étendu que la réciprocité.

Étymologie

Dérivé du lat. mutuus ; sicilien, μοῖτος, μοῖτον ἀντὶ μοίτου, par pari ; on le rattache au radical sanscrit , changer.

22naturel, elle adj. (na-tu-rèl, rè-l')

  1. 1Qui fait partie de la nature, qui est conforme à la nature. L'étude des corps naturels. Les effets naturels. Les phénomènes naturels.

    • On ne sait pas en quoi consiste l'agrément, qui est l'objet de la poésie ; on ne sait ce que c'est que ce modèle naturel qu'il faut imiter Pascal, Pens. VII, 25, édit. HAVET.
    • Qu'est-ce que nos principes naturels, sinon nos principes accoutumés ? Pascal, ib. III, 13
    • Puisque les grands, les petits et les médiocres vivent également assujettis aux mêmes nécessités naturelles Bossuet, Gornay.
    • Si quelque chose pouvait élever les hommes au-dessus de leur infirmité naturelle Bossuet, Duch. d'Orl.
    • La dureté du gouvernement peut aller jusqu'à détruire les sentiments naturels par les sentiments naturels mêmes Montesquieu, Esp. XXIII, 11
    • Mort naturelle, mort qui vient par le progrès de l'âge ou par maladie.

    • La loi naturelle, voy. LOI, n° 3.

    • La Loi naturelle, titre d'un poëme de Voltaire.

      • L'objet du poëme sur la loi naturelle est d'établir l'existence d'une morale universelle et indépendante, non-seulement de toute religion révélée, mais de tout système particulier sur la nature de l'être suprême Voltaire, Loi natur. Avertiss.
    • Terme de mythologie. Dieux naturels, se disait de toutes les parties de l'univers que l'on avait personnifiées, comme le soleil, l'air, le ciel, etc.

    • Sciences naturelles, la réunion de toutes les sciences qui s'occupent de la nature, de ses productions.

      • C'est Dieu même qui éclaire les philosophes dans les connaissances que les hommes ingrats appellent naturelles, quoiqu'elles ne leur viennent que du ciel MALEBRANCHE, Rech. vér. III, II, 6
    • Philosophie naturelle, se dit, chez les Anglais, de l'ensemble des sciences naturelles, et particulièrement de l'étude de la physique.

    • Histoire naturelle, science qui a pour objet la description et la classification des animaux, des végétaux et des minéraux.

    • Titre de certains ouvrages qui traitent de cette science. L'Histoire naturelle de Buffon.

  2. 2Enfant naturel, celui qui est né hors mariage.

    • On dit de même : fils naturel, fille naturelle.

    • Enfant légitime et naturel, celui qui est né d'un mariage légitime, par opposition à l'enfant illégitime et à l'enfant adoptif.

  3. 3Parties naturelles, organes de la génération dans les deux sexes.

  4. 4Qui vient de la nature seule, par opposition à acquis. Des qualités naturelles. Il a de l'esprit naturel. Il a une éloquence naturelle. Une gaieté naturelle et qui n'a rien de forcé.

    • Je l'aime et l'embrasse de tout mon cœur [Pauline, fille de Mme de Grignan] ; rejouissez-vous de son joli esprit naturel Mme de Sévigné, 12 janv. 1680
    • Il se dit dans un sens analogue, par opposition à factice, artificiel. Cette perruque imite très bien les cheveux naturels. Les eaux minérales naturelles. Une cascade naturelle plus belle que toutes les chutes d'eau artificielles.

    • Vin naturel, vin qui n'a pas été frelaté, où l'on n'a rien mêlé d'étranger.

  5. 5Qui est conforme à la nature particulière de chaque espèce. Il est naturel à l'oiseau de voler. La raison est un attribut naturel de l'homme.

    • Il n'y a rien qu'on ne rende naturel ; il n'y a naturel qu'on ne fasse perdre Pascal, Pens. XXV, 83
    • Elle [la duchesse de Chaulnes] ne sera quasi point à Chaulnes ; et, quand elle y serait, cette retraite ne m'est point naturelle comme celle-ci [les Rochers], où je suis avec mon fils Mme de Sévigné, 4 sept. 1689
    • La faiblesse aux humains n'est que trop naturelle Racine, Phèdre, IV, 6
    • L'auteur du poëme prétend que les remords nous sont aussi naturels que les autres affections de notre âme Voltaire, Loi natur. préface.
    • Il se dit dans le même sens, en parlant des choses. La mer est sortie de ses bornes naturelles.

      • La mutabilité naturelle de nos désirs Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Terme d'histoire naturelle. Caractère naturel, celui qui est pris dans un des attributs essentiels et constants d'un corps brut ou organisé, et qui le distingue des autres espèces de corps.

    • Classification naturelle, celle qui est établie d'après la considération des caractères naturels.

  6. 6Terme de grammaire. Ordre naturel des mots, celui dans lequel ils sont rangés conformément à la suite et à la dépendance de nos idées, par opposition à inversion. On dit mieux l'ordre analytique.

  7. 7Terme de musique. Tons naturels, tons qui se forment de la gamme ordinaire, sans aucune altération, sans dièse et sans bémol à la clef : il n'y a que deux tons naturels, qui sont ut majeur et la mineur.

    • Note naturelle, note qui n'est affectée ni d'un dièse ni d'un bémol. Ut naturel. Si naturel.

    • Échelle naturelle, l'échelle diatonique.

    • Harmonie naturelle, celle dans laquelle on ne recherche pas trop les dissonances et les transitions hasardées.

    • Naturel se dit aussi de ce qui n'est point forcé, qui ne va ni trop haut ni trop bas, ni trop vite ni trop lentement.

  8. 8Terme d'arithmétique. Nombres naturels, se dit, dans les tables de logarithmes, des nombres consécutifs 1, 2, 3, 4, etc. par opposition à leurs logarithmes.

    • Logarithmes naturels, les logarithmes dont la génération est donnée d'une manière indépendante de leur base.

  9. 9Terme de marine. Ordre naturel ou direct, celui dans lequel les vaisseaux font route en suivant celui d'entre eux qui est désigné par l'amiral pour les précéder ; dans l'ordre renversé ils sont suivis par ce dernier vaisseau.

  10. 10Qui est conforme aux lois de la nature, par opposition à surnaturel. Événement naturel.

    • Les miracles sont des effets produits par la volonté de Dieu, et non par des causes naturelles Dict. de l'Acad.
    • Selon les physiciens, ce qui est naturel, c'est ce qui se fait sans le ministère de l'art, par un enchaînement qui nous est inconnu de causes et d'effets, et qui dépend de cette force supérieure, de ce mécanisme inflexible qui ne prend conseil ni de notre volonté ni de nos intérêts DUMARSAIS, Œuvr. t. III, p. 369
    • Dans le langage mystique, qui est conforme à l'ordre de la nature, par opposition à l'ordre de la grâce.

      • La mortification consiste à rompre sa volonté, à modérer ses vivacités, à réprimer ses désirs trop naturels... Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 352
      • Il serait fort étrange qu'on cherchât hors du monde ce qu'on a prétendu fuir en sortant du monde, c'est-à-dire des avantages purement temporels et des douceurs toutes naturelles Bourdaloue, Pensées. t. II, p. 361
  11. 11Qui est conforme à la raison ou à l'usage commun. En cette circonstance, sa conduite est toute naturelle. Il n'est pas naturel de s'exposer à un si grand péril.

    • Cela n'est pas naturel, ce n'est pas une chose naturelle, se dit d'une chose où l'on soupçonne quelque tromperie. Il faut qu'il y ait quelque supercherie là-dessous, car cela n'est pas naturel.

  12. 12Sujets naturels d'un souverain, ceux qui sont nés dans ses États.

    • Les sujets naturels, c'est-à-dire les Perses, étaient exempts de toute imposition Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. III, p. 51
    • Juges naturels, ceux que la loi assigne aux accusés, aux parties, suivant leur qualité et l'espèce de leur cause.

    • Par extension. Les gens de goût sont les juges naturels des productions de l'esprit.

  13. 13Qui se fait en conséquence d'habitudes. Il lui est naturel de marcher très vite.

  14. 14Qui s'offre de soi-même à l'esprit. Le sens que vous donnez à ce passage n'est pas le sens naturel. Il faut prendre cette phrase dans son sens naturel. Ce n'est pas donner une explication naturelle de son procédé que de s'en offenser.

  15. 15Qui est sans affectation dans ses sentiments, dans ses manières.

    • Rien n'empêche tant d'être naturel que l'envie de le paraître LAROCHEF., Max. 431
    • Des jeunes gens se croient naturels lorsqu'ils sont grossiers LAROCHEF., dans RICHELET
    • Elle [la Dauphine] en tend et comprend facilement toutes choses ; elle est naturelle, et non plus embarrassée ni étonnée que si elle était née au milieu du Louvre Mme de Sévigné, 29 mars 1680
    • Je l'ai vu, simple et naturel, changer de visage au récit de leurs infortunes [de ses amis], entrer avec eux dans les moindres choses comme dans les plus importantes.... Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Je suis tout naturel et j'aime la franchise ;Ma bouche ne dit rien que mon cœur n'autorise Regnard, le Joueur, II, 4
    • On m'a fait entendre, par exemple, qu'elle est fausse, et il n'existe peut-être pas au monde une femme plus franche et plus naturelle Mme de Genlis, Théât. d'éduc. le Méchant par air, II, 1
    • Il se dit des choses dans le même sens. Tous ses mouvements sont faciles et naturels. Elle a des grâces naturelles. Une démarche naturelle et gracieuse.

      • Jamais on ne vit de joie ni si vive ni si naturelle que celle qu'il ressentait à faire plaisir Bossuet, Louis de Bourbon.
  16. 16Qui est sans affectation quant à l'esprit.

    • Thompson, ce poëte naturel et vrai, ce premier chantre des montagnes d'Écosse VILLEMAIN, Litt. fr. XVIIIe siècle, 2e part. 2e leçon.
    • Il se dit, dans le même sens, de l'esprit et de ses productions. Il a l'esprit naturel. Terme de beaux-arts. Couleur naturelle, celle que le peintre se propose d'imiter.

      • Quand un discours naturel peint une passion ou un effet, on trouve dans soi-même la vérité de ce qu'on entend, laquelle on ne savait pas qu'elle y fût, en sorte qu'on est porté à aimer celui qui nous le fait sentir Pascal, Pens. VII, 26, éd. HAVET
      • Oh ! si l'Esprit divin, Esprit de force et de vérité, avait enrichi mon discours de ces images vives et naturelles qui représentent la vertu et qui la persuadent tout ensemble Fléchier, Turenne.
      • Quel est donc le pouvoir naturel des vers naturels, puisque, par ce seul charme, la Fontaine, avec de grandes négligences, a une réputation si universelle et si méritée, sans avoir jamais rien inventé ? Voltaire, Louis XIV, écrivains.
      • Le langage d'un esprit cultivé est naturel, quoique bien différent du langage d'un esprit sans culture CONDILLAC, Art d'écr. IV, 5
  17. 17S. m. Naturel, un habitant originaire d'un pays.

    • On ne reçoit dans cette milice que les naturels de ce pays PATRU, Plaidoyer 1, dans RICHELET
    • Un prince enfant serait plus agréable qu'un autre, parce que, y étant envoyé [à Messine] pour y être élevé, les peuples le regarderaient comme un naturel sicilien PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 240, dans POUGENS
    • La Nouvelle Hollande est une terre basse, sans eau, sans montagnes, peu habitée, dont les naturels sont sauvages et sans industrie Buffon, Œuv. t. I, p. 320
  18. 18Le naturel, l'état de santé, par comparaison avec l'état de maladie.

    • Vos habits si bien faits, cette taille si bien remplie dans son naturel [quand vous n'êtes ni malade ni enceinte], Ô mon Dieu ! conservez-la donc pour mon voyage de Provence Mme de Sévigné, 8 avr. 1671
    • La mienne [santé] est tout à fait remise, je dors mieux, ma langue n'est plus une méchante langue ; elle est toute rendue à son naturel Mme de Sévigné, 1er nov. 1688
    • Nous avons enfin réussi, par un bon gouvernement, à le remettre [Ch. de Sévigné] dans son naturel : plus de fièvre, plus de douleurs, assez de forces Mme de Sévigné, 30 oct. 1680
    • Ma jambe redevient entièrement dans son naturel, sans douleurs, sans contrainte Mme de Sévigné, 17 juin 1685
  19. 19Manière d'être que l'être animé ou inanimé dont on parle tient de la nature.

    • Comme son naturel est toujours inconstant Corneille, Poly. IV, 6
    • Voilà bien le monde en son naturel [les avis divers sur un même fait] Mme de Sévigné, 20 nov. 1664
    • Quand elle [une dame] a son naturel, elle est incapable d'aucune bonne résolution Mme de Sévigné, 21 août 1675
    • Il déclara qu'il préférait à ces avantages et à tout ce qu'on pouvait jamais lui accorder : quoi ? son devoir et les bonnes grâces du roi... ; le voilà dans son naturel Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Comme c'est le naturel du genre humain d'être plus sensible au mal qu'au bien Bossuet, Sermons, Ambition, Fragm. sur le même sujet.
    • Si nous savons entendre le naturel de l'esprit humain Bossuet, Sermon sur l'honneur, préambule
    • À la veille d'un si grand jour [Rocroy] et dès la première bataille, il est tranquille, tant il se trouve dans son naturel ! Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Le voyez-vous comme il compte la cavalerie et l'infanterie des ennemis par le naturel des pays ou des princes confédérés ? Bossuet, ib.
    • Quelques jeunes personnes ne connaissent point assez les avantages d'une heureuse nature, et combien il leur serait utile de s'y abandonner.... leur son de voix et leur démarche sont empruntés ; elles se composent, elles se recherchent, regardent dans un miroir si elles s'éloignent assez de leur naturel La Bruyère, III
    • Elle voulait enchaîner par le bonheur et par la crainte, et transformait ainsi toujours son naturel en moyens Mme de Staël, Corinne, XII, 2
  20. 20Manière d'être morale telle qu'on la tient de la nature.

    • N'ayant pas moins d'admiration de votre courage et de votre bon naturel [il s'agit d'un dévouement pour un frère mort de la peste] que de ressentiment de votre douleur Voiture, Lett. 13
    • Deviens en leur faveur d'un naturel plus doux Corneille, Médée, III, 3
    • Mais tel est d'un tyran le naturel infâme Corneille, Héracl. V, 6
    • Mon père était assez hardi de son naturel Scarron, Rom. com. I, 13
    • Les malheureux comme je suis, sont souvent importuns contre leur naturel Scarron, Lettres, Œuv. t. I, p. 228
    • Tu ressembles aux naturels Malheureux, grossiers et stupides ; On n'en peut tirer rien qu'avecque le bâton, Plus je te remplissais, plus mes mains étaient vides La Fontaine, Fabl. IV, 8
    • Tant le naturel a de force ! Il se moque de tout.... Qu'on lui ferme la porte au nez, Il reviendra par les fenêtres La Fontaine, ib. II, 18
    • N'accusons pas aveuglément le naturel des habitants de l'île la plus célèbre du monde [l'Angleterre], qui, selon les plus fidèles historiens, tirent leur origine des Gaules Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Est-il rien de plus haïssable que la médisance... ? mais, parce qu'on l'appelle franchise de naturel et liberté qui dit ce qu'elle pense.... on ne regarde plus combien les traits sont envenimés Bossuet, Sermons, Honneur, 2
    • Le naturel toujours sort et sait se montrer ;Vainement on l'arrête, on le force à rentrer ;Il rompt tout, perce tout, et trouve enfin passage Boileau, Sat. X
    • Vous devez à Dieu une reconnaissance toute particulière ; car il vous a donné un excellent naturel Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Bouju, t. V, p. 266, dans POUGENS
    • La mollesse et l'oisiveté qui corrompent les plus beaux naturels Fénelon, Tél. XI
    • Son naturel vif et hardi était selon mon goût Fénelon, ib. XII
    • Que cette dame était aimable ! le bon petit naturel ! le ciel lui fasse paix ! Lesage, Gil Blas, II, 7
    • Chassez le naturel, il revient au galop Destouches, le Glorieux, III, 5
    • Le naturel modifie à son tour l'éducation ; et c'est à bien connaître la force du naturel que consiste principalement le grand art de diriger l'homme Bonnet, Ess. psych. ch. 69
    • La physionomie ne se montre pas dans les grands traits, ni le caractère dans les grandes actions, c'est dans les bagatelles que le naturel se découvre J.-J. Rousseau, Ém. IV
    • Oh le bon petit naturel de femme ! BEAUMARCHAIS, Barb. de Sév. III, 4
  21. 21Amour entre les pères et mères et leurs enfants.

    • L'honneur qu'on porte aux siens devient illégitime,Et trop de naturel passe aujourd'hui pour crime Rotrou, Antig. V, 2
    • La princesse palatine trouvait dans la duchesse sa chère fille un naturel tel qu'il le fallait à un cœur comme le sien Bossuet, Anne de Gonz.
    • Des enfants ingrats et sans naturel Bourdaloue, Dominicales, I, État du mariage, 74
    • Une mère qu'il aimait autant par reconnaissance et par raison que par tendresse de naturel Fléchier, Duc de Mont.
    • Il y a quelquefois des mères lionnes qui emportent leurs petits dans leur gueule ; d'autres qui ont assez de naturel pour ne les point abandonner, et qui se font même assommer sur la place en cherchant à les défendre Buffon, Quadrup. t. XI, p. 227
    • En général, sentiment d'humanité et de compassion, sensibilité. Il faut être sans naturel pour ne pas soulager les malheureux quand on le peut.

      • Si le principe de sa constance [d'un homme durant l'adversité] n'est pas dans sa foi.... c'est un imposteur qui se trahit et qui nous trompe, ou un barbare qui n'a pas même assez de naturel pour s'affliger Massillon, Panég. St-Louis.
  22. 22Manière d'être telle que la nature nous l'a donnée, par opposition à l'art, à l'affectation.

    • Elle avait tant de naturel, de franchise et d'esprit Mme de Genlis, Veillées du château t. III, p. 414, dans POUGENS
    • Le naturel a tant de charmes, qu'il plaît même à ceux qui n'en ont point Mme de Genlis, Mme de Maintenon, t. I, p. 101
    • Il est bien bruyant et bien impoli ; voilà ce que vous appelez du naturel, et voilà précisément le naturel dont il faudrait se défaire Mme de Genlis, Théât. d'éduc. les Faux amis, I, 4
    • Il se dit des choses dans le même sens.

      • Vous écrivez extrêmement bien, personne n'écrit mieux : ne quittez jamais le naturel, votre tour s'y est formé, et cela compose un style parfait Mme de Sévigné, 18 fév. 1671
      • Combien de siècles se sont écoulés, avant que les hommes dans les sciences et dans les arts aient pu revenir au goût des anciens, et reprendre enfin le simple et le naturel ! La Bruyère, I
      • La Marianne de Tristan, jouée la même année que le Cid, conserva cent ans sa réputation et l'a perdue sans retour ; comment une mauvaise pièce peut-elle durer cent ans ? c'est qu'il y a du naturel Voltaire, Comm. Corn. Cid, Rem. sur les obs. Scudéry.
      • Le propre du naturel, quand il ne déplaît pas, est au moins d'obtenir grâce D'Alembert, Réfl. Élog. acad. t. VI, p. 139, dans POUGENS
      • En général, il suffit d'observer qu'il y a dans la poésie autant de naturels que de genres CONDILL., Art d'écr. IV, 5
      • L'art entre plus ou moins dans ce que nous nommons naturel ; tantôt il ne craint pas de paraître, tantôt il semble se cacher ; il se montre plus dans une ode que dans une épître, dans un poëme épique que dans une fable CONDILL., ib.
    • Terme de beaux-arts et de littérature. Sentiment de la belle nature joint à une grande facilité pour la peindre.

  23. 23La forme naturelle de chaque chose. Cela est peint, tiré sur le naturel.

    • Que ce miroir [l'entendement] est souvent terni, et que rarement il arrive que les objets y paraissent en leur naturel ! Bossuet, 1er serm. Quinquagés. 1
    • Terme de peinture et de sculpture. Le modèle qu'on a sous les yeux pour l'imiter. Dessiner d'après le naturel. Statue plus grande que le naturel.

    • On dit présentement : dessiner d'après nature, plus grand que nature.

  24. 24Au naturel, loc. adv. D'après nature, selon la nature.

    • Attends qu'au naturel je figure ces lisDont elle a ton beau sein et ton front embellis Rotrou, Herc. mour. I, 4
    • Vraiment, vous me le dépeignez si fort au naturel, que je crois encore l'entendre Mme de Sévigné, 243
    • L'indifférence est jouée si fort au naturel Mme de Sévigné, 337
    • La vieille Sanguin est morte comme une héroïne, promenant sa carcasse par la chambre, se mirant pour voir la mort au naturel Mme de Sévigné, 24 janv. 1689
    • Je voudrais bien vous pouvoir dépeindre au naturel un écran que M. le cardinal d'Estrées a donné à Mme de Savoie Mme de Sévigné, 13 déc. 1679
    • Vous entendez ces tons-là ; et, pour les paroles, elles sont au naturel Mme de Sévigné, 23 avr. 1671
    • Fig.

      • Rien ne représente plus au naturel l'état d'une âme tiède Massillon, Carême, Tiéd. I
      • S'il pouvait se voir au naturel et se connaître.... Massillon, Carême, Lazare.
    • Terme de blason. Au naturel, se dit lorsque les animaux ou les fleurs qui meublent l'écu sont représentés avec leurs couleurs naturelles, et non avec les émaux ordinaires du blason.

  25. 25Terme de musique. Solfier au naturel, transposer les tons affectés de dièses et de bémols, et les solfier par les noms des sons de la gamme ordinaire.

    • En général, ce qu'on appelle chanter et exécuter au naturel, est peut-être ce qu'il y a de plus mal imaginé dans la musique J.-J. Rousseau, Dissert. sur la mus. mod.
  26. 26Au naturel, de la manière la plus simple, en parlant de l'apprêt de certaines viandes. Du bœuf au naturel.

    • On dit aussi du bœuf naturel.

  27. 27Père naturel, par opposition à père adoptif.

    • Octavius était père d'Auguste ; mais, outre que sa condition n'était pas des plus illustres, la splendeur du père adoptif [Jules César] aida bien à supprimer aucunement le naturel Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.

Remarque

1. Naturel, dans le sens de natif, ne s'emploie pas en parlant des nations civilisées : on ne dit pas : les naturels de France, d'Espagne. Mais on s'en sert pour désigner, par plaisanterie, à propos de quelques singularités, des gens d'une province, d'une localité : les naturels de cette province, de ce village. 2. Il a l'esprit naturel, et il a de l'esprit naturel sont très différents. Le premier signifie que son esprit est sans affectation ; les second, que la nature lui a départi de l'esprit.

Étymologie

Provenç. naturel, naturau ; espagn natural ; ital. naturale ; du lat. naturalis, qui vient de natura, nature. Dans la langue ancienne, enfant naturel signifiait enfant légitime et enfant né hors mariage.

23partiel, elle adj. (par-si-èl, è-l')

  1. 1Qui fait partie d'un tout.

    • La notion la plus parfaite que nous puissions avoir de la divinité n'est pas infinie ; elle ne renferme, comme toute idée complexe, qu'un certain nombre d'idées partielles CONDILL., Traité anim. II, 6
    • Terme de minéralogie. Se dit d'une variété qui fait exception à la loi de symétrie, en ce que les lois de décroissement qui la déterminent n'ont pas lieu sur toutes les parties identiques de la forme primitive.

  2. 2Qui n'existe ou qui n'a lieu qu'en partie. Éclipse partielle (voy. PARTIAL).

    • Métamorphose partielle, celle des insectes qui, pendant le cours de leur vie, ne subissent point ou presque point de changement dans leur forme générale et acquièrent seulement de nouvelles parties à l'extérieur.

    • Se dit, en botanique, des ombelles portées par l'ombelle générale, des pétioles articulés sur le pétiole commun dans une feuille composée, et des cloisons qui n'aboutissent que d'un seul côté à la paroi interne de la cavité péricarpienne.

  3. 3Fait par parties. Lecture partielle.

  4. 4Calcul aux différences partielles, voy. CALCUL.

    • Terme d'arithmétique. Produit partiel, le produit du multiplicande par un seul chiffre du multiplicateur. Dividende partiel, partie séparée du dividende total pour obtenir un seul chiffre du diviseur.

Étymologie

Partiel, partial sont des mots identiques, entre lesquels l'usage seul a mis une différence considérable (voy. PARTIAL).

24pluriel, elle adj. (plu-ri-èl, è-l' ; autrefois qu'on ne faisait pas sonner les consonnes finales, on prononçait plu-rié, et beaucoup ont conservé cette prononciation)

  1. 1Qui marque la pluralité dans les noms et dans les verbes. Terminaison plurielle. Substantif, adjectif pluriel.

    • Un nombre pluriel, ou une infinité d'infinis, seraient infiniment moins qu'un seul infini Fénelon, Exist. II, 2, Unité du premier être.
  2. 2S. m. Le pluriel, le nombre pluriel. Ce verbe est à la première personne du pluriel.

    • Je n'est qu'un singulier, avons est un pluriel Molière, Femm. sav. II, 6
    • Ce ne fut que vers la décadence de l'empire romain, que l'on commença à se servir du pluriel en parlant à un seul FLEURY, Mœurs des Israél. tit. XVI, 2e part.
    • Il se dit quelquefois d'un mot qui est au pluriel.

      • Il n'y a rien quelquefois de plus magnifique que les pluriels ; car la multitude qu'ils renferment leur donne du son et de l'emphase ; tels sont ces pluriels qui sortent de la bouche d'Œdipe dans Sophocle.... Boileau, Longin, Sublime, XI
      • On peut, tout au contraire, réduire les pluriels en singuliers ; et cela a quelque chose de fort grand : tout le Péloponnèse, dit Démosthène, était alors divisé en factions Boileau, ib. X
  3. 2Ajoutez :

    • Dans la grammaire arabe, pluriel externe, pluriel formé au moyen de la terminaison ; pluriel interne ou brisé, pluriel formé au moyen d'une modification intérieure, A. HOVELACQUE, Linguistique, p. 181, Paris, 1876.

Étymologie

Provenç. et espagn. plural ; ital. plurale ; du lat. pluralis, de plus (voy. PLUS).

25réel, elle adj. (ré-èl, è-l')

  1. 1Qui est effectivement.

    • Reconnaissez ici le monde, reconnaissez ses maux toujours plus réels que ses biens Bossuet, Anne de Gonz.
    • Ni l'accident n'est plus réel que l'être même.... Bossuet, Duch. d'Orl.
    • L'agrément est arbitraire : la beauté est quelque chose de plus réel et de plus indépendant du goût et de l'opinion La Bruyère, III
    • Il y a un pays [la cour] où les joies sont visibles, mais fausses, et les chagrins cachés, mais réels La Bruyère, VIII
    • Vous ne trouverez plus rien de réel dans votre vie que ce que vous aurez fait pour Dieu Massillon, Avent, Mort du péch.
    • Je ne travaille plus en vain ; mes jours sont réels, et ma vie n'est plus un songe Massillon, Carême, Pécheresse.
  2. 2Il se dit par opposition à idéal.

    • Ainsi lorsqu'un mortel.... S'est vu lier vivant sur ta croupe fatale, Génie, ardent coursier, En vain il lutte ; hélas ! tu bondis, tu t'emportes Hors du monde réel Victor Hugo, Orientales, Mazeppa.
  3. 3Terme de jurisprudence. Qui a rapport aux biens, par opposition à ce qui a rapport aux personnes. Droits réels, actions réelles, droits, actions qui s'exercent sur des immeubles.

    • Offres réelles, offres qui se font en argent comptant.

    • Saisies réelles, ancien nom, incorrect d'ailleurs, de la saisie immobilière.

  4. 4Qui est effectif, en parlant des personnes. Un homme réel.

    • Les hommes sont si réels et si vrais dans leurs plaisirs Massillon, Carême, Culte.
  5. 5Terme de musique. Notes réelles, les notes d'une mélodie faisant partie des accords qui accompagnent cette mélodie.

    • Parties réelles, celles qui se servent d'accompagnement les unes aux autres, au moyen d'un contrepoint dont la phrase mélodique principale fait le fond. Une fugue à quatre parties réelles.

  6. 6S. m. Ce qui est réel.

    • Il faut de l'agréable et du réel ; mais il faut que cet agréable soit lui-même pris du vrai Pascal, Pens. VII, 27, éd. HAVET.
    • Le précis, l'absolu, l'abstrait, qui se présentent si souvent à notre esprit, ne peuvent se trouver dans le réel, parce que tout y est relatif Buffon, Quadrup. t. IV, p. XLI
    • Le réel ne sera jamais produit par l'abstrait Buffon, Animaux, ch. 5
    • L'opposé de l'idéal.

    • Dans le réel, effectivement.

      • Nous avons démontré que cette force qui nous paraît attractive n'est, dans le réel, qu'une force impulsive Buffon, Min. t. IX, p. 121
  7. 7Terme de mathématique. Nombre réel, grandeur réelle, par opposition à nombre imaginaire, grandeur imaginaire.

  8. 8Terme de physique. Image réelle, image formée par l'intersection de rayons lumineux qui se coupent effectivement ; par opposition à image virtuelle (voy. IMAGE).

    • Foyer réel, point où se forme l'image réelle.

Étymologie

Provenç. et espagn. real ; ital. reale ; du lat. realis, de res, chose (voy. RIEN).

26sensuel, elle adj. (san-su-èl, è-l')

  1. 1Qui recherche les plaisirs des sens.

    • Paris est peut-être la ville la plus sensuelle et où l'on raffine le plus sur les plaisirs ; mais c'est peut-être celle où l'on mène une vie plus dure Montesquieu, Lett. pers. 106
    • Homme sensuel ne sauras-tu jamais aimer ? J.-J. Rousseau, Hél. II, 15
    • Comme elle était peu sensuelle J.-J. Rousseau, Conf. V
    • Substantivement. Personne sensuelle.

      • Combien de sensuels, esclaves des passions les plus infâmes, en possession d'affecter la pureté des mœurs, et de la pousser jusqu'à la sévérité ! Bourdaloue, Jugem. dern. 2e avent, p. 359
  2. 2Qui flatte les sens. Les plaisirs sensuels. Une vie sensuelle.

    • Nous ne réparons le scandale de nos désordres que par celui d'une piété sensuelle Massillon, Carême, Pécheresse.
    • Le dégoût inséparable d'une félicité sensuelle Massillon, Carême, Jeûne.
    • Nos dévots, qui calomnient la terre, ont dit mille fois que la religion [de Mahomet] n'a réussi que parce qu'elle est toute sensuelle Voltaire, Dict. phil. Tolérance.
    • On dit également : les appétits sensuels.

      • Les dispositions sensuelles qui viennent en conséquence des choses nécessaires, comme le sommeil, encore qu'on y consente, ne doivent point faire de scrupule Bossuet, Lett. abb. 60

Étymologie

Provenç. et espagn. sensual ; ital. sensuale ; du lat. sensualis, relatif aux sens, aux sensations, de sensus, sens.

27sériel, elle adj. (sé-ri-èl, è-l') supplément

  1. Qui forme série.

    • Le Porcupine ne cessa de sonder, de draguer et de faire des observations sérielles de la température de la mer à différentes profondeurs A. RECLUS, Rev. maritime et coloniale, juill. 1874, p. 154

28sexuel, elle adj. (sè-ksu-èl, è-l')

  1. 1Qui a rapport au sexe, qui le caractérise, dans les animaux et dans les plantes. Parties sexuelles.

    • Système sexuel, théorie qui reconnaît les deux sexes dans les plantes.

      • Linné, pour établir le système sexuel des plantes, fait voir les pistils et les étamines dans toutes les fleurs et tous les végétaux SENNEB., Ess. art d'obs. t. II, p. 121, dans POUGENS
    • Organes sexuels, dans les animaux les parties génitales externes ; dans les plantes, les étamines et les pistils.

  2. 2Qui tient au sexe Instinct sexuel.

Étymologie

Lat. sexualis, de sexus, sexe.

29tel, elle adj. (tèl, tè-l')

  1. 1Qui est de même, de la même qualité.

    • L'ordre que j'ai tenu en ceci a été tel : premièrement j'ai tâché de trouver... Descartes, Méth. VI, 2
    • Cieux ! a-t-on vu jamais, a-t-on rien vu de tel ! Corneille, Pol. III, 2
    • Cliton : à ce compte il est mort ! - Dorante : Je le laissai pour tel Corneille, le Ment. IV, 1
    • La première y meut la seconde ;Une troisième suit : elle sonne à la fin ;Au dire de ces gens, la bête est toute telle La Fontaine, Fabl. x, 1
    • Tel était l'état déplorable des catholiques anglais Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Tel on l'avait vu dans les combats, résolu, paisible, occupé de ce qu'il fallait pour les soutenir, tel il parut à ce dernier choc [le moment de la mort] Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Le syrien Héliogabale, ou plutôt Alagabale, son fils [de Caracalla], ou du moins réputé pour tel Bossuet, Hist. I, 10
    • Son langage le plus ordinaire est tel : retirons-nous de cette multitude qui nous environne La Bruyère, Théophr XXVI
    • On l'a vu [Leibnitz] fort affligé à la mort du feu roi de Prusse et de l'électrice Sophie ; la douleur d'un tel homme est la plus belle oraison funèbre Fontenelle, Leibnitz.
    • Se fier à un perfide et à un scélérat connu pour tel, c'est une témérité qui n'est point pardonnable Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. v, p. 419, dans POUGENS
    • Il paraît difficile qu'il y ait moins de 150 millions d'âmes, ou soi-disant telles, à la Chine Voltaire, Dial. 27
    • Telle est la condition malheureuse des tyrans : ils ne peuvent se confier ni dans les gens de bien qu'ils éloignent, ni dans les méchants qui leur restent Diderot, Cl et Nér. I, 55
    • .... Ferme dans ma route, et vrai dans mes discours, Tel je fus, tel je suis, tel je serai toujours M. J. CHÉN., Disc. sur la satire.
    • Tel en ce sens a, mis en tête ou à la fin de la phrase, une acception différente. Tel fut son langage, indique que le langage qu'on vient de rapporter fut tenu. Son langage fut tel, indique qu'on va rapporter le langage dont il s'agit.

  2. 2Suivi de que, il marque le rapport, la ressemblance de deux choses que l'on compare.

    • Il n'y a presque point d'homme qui veuille en toutes choses se laisser voir tel qu'il est LA ROCHEFOUC., Réfl. div. p. 126, dans POUGENS
    • M. le cardinal de Retz est arrivé tout tel qu'il est parti Mme de Sévigné, 28 avr. 1678
    • Je me trouvai toute telle à cet égard [à l'égard de M. de Chaulnes] que si nous avions eu la députation Mme de Sévigné, 16 oct. 1689
    • La voilà cette princesse si admirée et si chérie, la voilà telle que la mort nous l'a faite Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Il [l'homme] craint de se voir tel qu'il est, parce qu'il n'est pas tel qu'il devrait être Fléchier, Duc de Montaus.
    • Reconnaissez, Abner, à ces traits éclatants,Un Dieu tel aujourd'hui qu'il fut dans tous les temps Racine, Athal. I, 1
    • Je vous renvoie vos deux lettres avec mes remarques, dont vous ferez tel usage qu'il vous plaira Racine, Lett. à Boileau, 11 avril 1692
    • Les Scythes [tragédie] ne valent pas les Guèbres ; il s'en faut beaucoup ; mais, tels qu'ils sont, ils pourront être utiles à Lekain, et lui fournir trois ou quatre représentations à Paris Voltaire, Lett. d'Argental, 30 août 1769
    • Il nous trouverait [nous Français] tels qu'il nous a laissés il y a vingt-cinq ans, faisant et disant beaucoup de sottises D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 22 avril 1775
    • On a dit que Pascal a deviné ce que deviendrait notre langue ; il serait mieux de dire qu'il est un de ceux qui ont le plus contribué à la rendre telle qu'elle est aujourd'hui ; il a fait ce qu'on veut qu'il ait deviné Condillac, Art d'écr. IV, 5
    • La conscience, qui lui faisait [à J. J. Rousseau] sentir en lui plus de bien que de mal, lui donna le courage que lui seul peut-être eut et aura jamais de se montrer tel qu'il était J.-J. Rousseau, 2e dial.
  3. 3Familièrement. Tel quel, aussi mauvais et même plus mauvais que bon, de peu de valeur.

    • La réputation telle quelle qu'ils [mes livres] me pourraient acquérir Descartes, Méth. VI, 4
    • Et comme on nous fit lors une paix telle quelle Corneille, le Ment. IV, 1
    • La voilà telle que la mort nous l'a faite ; encore ce reste tel quel va-t-il disparaître Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Cet accord tel quel ne dura guère Bossuet, Var. II, 45
    • À vous la gloire de ce faible et tel quel commencement de bonne volonté Bossuet, Méd. sur l'Év. la Cène, 76e jour.
    • L'abbé aime la compagnie telle quelle et la table Diderot, Lett. à Mlle Voland, 10 août 1759
    • Pour peu que Corneille soit justifiable par des raisons telles quelles, dans les endroits où vous l'attaquez, vous êtes sûr d'avoir contre vous les pédants D'Alembert, Lett. à Voltaire, 27 janv. 1762
    • Pris au hasard.

      • Ainsi les écrits de l'un ne donnant aucune prise aux desseins des autres, ils ont été contraints, pour satisfaire leur passion, de prendre une proposition telle quelle, et de la condamner sans dire en quoi, ni pourquoi Pascal, Prov. III
    • On dit aussi : tel que tel, mais presque toujours avec l'idée d'une estime médiocre. Comment trouvez-vous son livre ? tel que tel.

      • Il me fit un acte de contrition tel que tel Scarron, Rom. com. II, 6
    • Tel quel signifie encore : sans changement, dans le même état. Je vous rends votre livre tel quel, sans y avoir fait aucun dommage.

  4. 4Dans le style soutenu, tel s emploie pour exprimer une comparaison.

    • Un roi magnanime [Mithridate] qui, dans les adversités, tel qu'un lion qui regarde ses blessures, n'en était que plus indigné Montesquieu, Rom. 7
  5. 5Tel signifiant si grand, si fort, si élevé, etc. Un homme d'un tel orgueil est inabordable.

    • Dans le même sens, avec que.

      • J'ai telle opinion de sa justice que je le prendrai volontiers pour arbitre de notre différend Guez de Balzac, Lett. VI, liv. v.
      • L'amour qu'il me portait eut sur lui tel pouvoir,Qu'il voulut sur mon sort faire parler l'oracle Corneille, Œd. II, 3
      • Que dites-vous d'Hermodore ? Qu'il est mauvais, répond Anthime ; qu'il est mauvais ; qu'il est tel, continue-t-il, que ce n'est pas un livre, ou qui mérite du moins que le monde en parle La Bruyère, I
      • Monsieur mit telles gens en campagne, qu'il [Cosnac] fut découvert Saint-Simon, 92, 207
    • On peut mettre après que la préposition de avec l'infinitif.

      • Ils [les anges déchus] sont tombés à un tel point de misère, que de s'adonner à séduire les hommes Bossuet, Sermons, Démons, 1
    • Tel, dans ce sens, peut se mettre en tête de la phrase.

      • Telle enfin était son habileté [de Turenne], que, lorsqu'il vainquait, on ne pouvait en attribuer l'honneur qu'à sa prudence, et lorsqu'il était vaincu, on ne pouvait en imputer la faute qu'à la fortune Fléchier, Turenne.
  6. 6En un sens indéfini, indéterminé, en parlant de personnes ou de choses qu'on ne veut ou ne peut désigner précisément.

    • Tout de bon, je suis tout autre que vous ne m'avez vu ; et telle personne s'est sauvée autrefois de mes mains, qui ne m'échapperait pas à cette heure Voiture, Lett. 20
    • L'occasion nous rit dans un si grand dessein, Mais tel bras n'est à nous que jusques à demain Corneille, Sertor. I, 1
    • Ils [les brames] ont en tête Que notre âme, au sortir d'un roi, Entre dans un ciron ou dans telle autre bête Qu'il plaît au sort La Fontaine, Fabl. IX, 7
    • Mais, après quelques jours, le dieu l'attrapa bien,Envoyant un songe lui direQu'un trésor était en tel lieu La Fontaine, ib. IX, 13
    • On se met en tête d'avoir une telle charge, on veut obtenir une telle permission, on prétend que telle préférence nous est due, et l'on s'obstine à l'emporter Bourdaloue, Instr. paix avec le prochain, Exhort. t. II, p. 343
    • Bien que les magistrats lui aient permis tels transports de bois qu'il lui plairait, sans payer de tribut La Bruyère, Théoph. XXIII
    • Une dame que je ne connais point, qui s'est dit votre parente, qui est faite de telle et telle manière Marivaux, Marianne, 6e part.
    • L'idée générale d'orange, par exemple, n'est dans son origine que l'idée de telle orange Condillac, Traité sens. IV, 6
  7. 7De telle sorte que, en telle sorte que, loc. conj. Tellement, si bien, que.... avec l'indicatif. Il a agi de telle sorte que ses amis mêmes l'ont abandonné. Il a embrouillé l'affaire en telle sorte qu'on ne peut plus le tirer d'embarras.

    • On dit dans un sens analogue : de telle façon que.... de telle manière que....

  8. 8À tel point, tellement.

    • Orgon : Quoi donc ! la chose est-elle incroyable ? - Dorine : à tel point Que vous-même, monsieur, je ne vous en crois point Molière, Tart. II, 2

Remarque

1. L'usage est de dire monsieur un tel, madame une telle, et non monsieur tel, madame telle. 2. Tel comme. 3. Tel que avec le subjonctif, dans le sens de quelque que, a été condamné par les grammairiens, en tête desquels est Vaugelas. Cependant on en trouve des exemples dans les meilleurs auteurs. Ajoutons que cet usage date du XVIe siècle, comme on peut le voir à l'historique, et que rien dans la syntaxe n'oblige à condamner comme un solécisme tel que suivi d'un subjonctif. Il n'en est pas ainsi de tel dans le même sens précédant un adjectif, par exemple : Un système tel absurde qu'il soit ; ici il y a une faute ; car tel ne peut précéder un adjectif ; et cette locution doit être condamnée.

Étymologie

Bourguig. tey, au fem. teille ; provenç. tal, tau ; espagn. tal ; ital. tale ; du lat. talis, qui est composé du thème pronominal ta, et du suffixe alis qui indique la dépendance, la ressemblance : fluvi-alis, cere-alis. Comparez τηλίϰος, dorien ταλίϰος, si grand, d'un tel âge.

30textuel, elle adj. (tèk-stu-èl, è-l')

  1. 1Qui est dans un texte.

  2. 2Cité conformément à un texte. Une citation textuelle.

Étymologie

Lat. textus, texte.

31usuel, elle adj. (u-zu-èl, è-l')

  1. Dont on se sert ordinairement. Termes usuels.

    • J'honore les remèdes qu'on appelle usuels Mme de Sévigné, 19 avr. 1680
    • Elle ne recherchait que les plantes usuelles pour les appliquer à ses drogues J.-J. Rousseau, Confess. v.
    • Dans tous les temps, le grand nombre ne cultive de son esprit que les facultés usuelles Marmontel, Œuv. t. IV, p. 443
      • Les arts usuels, les métiers qui fournissent aux besoins communs, Règlem. de l'expos. univ. de 1867

Étymologie

Provenç. et espagn. usual ; ital. usuale, du lat. usualis, de usus, usage (voy. US 1).

32véniel, elle adj. (vé-ni-èl, è-l')

  1. 1Qui est digne de pardon, en parlant des péchés légers qui n'entraînent pas la perte de la grâce, par opposition aux péchés mortels qui la font perdre.

    • Cette attention toute seule qu'apporte une âme tiède à examiner si une offense est vénielle, ou si elle va plus loin Massillon, Carême, Tiéd. 1
  2. 2Il se dit dans le langage général et familier des fautes légères.

    • Tout auteur qui s'érige un tribunal où ses confrères sont cités, doit s'attendre, quelque indulgent qu'il se montre, à être lui-même cité par eux, et rigoureusement jugé sur les fautes les plus vénielles D'Alembert, Éloge L. Cousin.

Étymologie

Provenç. et espagn. venial ; ital. veniale ; du lat. venia, pardon.

33virtuel, elle adj. (vir-tu-èl, è-l')

  1. 1Qui est seulement en puissance et sans effet actuel.

    • Chaleur virtuelle, Logique de Port-royal, p. 128, dans POUGENS
    • [L'homme] dont la race dispersée anciennement dans les bois n'avait eu occasion de développer aucune de ses facultés virtuelles, n'avait acquis aucun degré de perfection, et se trouvait encore dans l'état primitif de nature J.-J. Rousseau, Inég. note 1
    • Substantivement.

      • Il y a dans les déterminations de l'essence réelle quelque chose qui correspond aux attributs que nous connaissons, qui renferme le virtuel de ces effets, pour m'exprimer avec l'école Bonnet, Ess. anal. âme, 15
      • En théologie, on distingue l'intention virtuelle, de l'intention actuelle, dans l'administration des sacrements ; la première suffit pour leur validité, parce que le ministre représente l'Église dont l'action est indépendante de ce qu'il pense, lorsqu'il remplit le devoir extérieur.

  2. 2Terme de mécanique. Qui est possible, sans qu'on préjuge rien sur sa réalité. On nomme déplacement virtuel d'un point, tout déplacement idéal et infiniment petit qu'il pourrait recevoir, sans entendre par là que c'est son déplacement effectif ; le travail virtuel d'une force est le travail infiniment petit qui correspond à un semblable déplacement.

    • Vitesse virtuelle, espace infiniment petit parcouru dans la direction d'une force par le point d'application de cette force.

      • Le principe des vitesses virtuelles, principe dont on est redevable à Jean Bernoulli LAPLACE, Exp. III, 3
    • Moment virtuel, le produit de la force multipliée par la vitesse virtuelle.

  3. 3Terme de physique. Le foyer virtuel d'un miroir, d'une lentille, est celui qui est déterminé par la rencontre des prolongements géométriques. des rayons lumineux.

    • Le télescope de Galilée augmente le diamètre apparent de l'objet autant de fois que le foyer réel de l'objectif contient de fois le foyer virtuel de l'oculaire BRISSON, Traité de phys. t. II, p. 463

Étymologie

Provenç. et espagn. virtual ; ital. virtuale ; du latin virtus, force, vertu.

34visuel, elle adj. (vi-zu-èl, è-l')

  1. Terme de physique. Qui appartient à la vue.

    • Afin qu'en le considérant [un tableau] en toutes ses parties, les rayons visuels soient retenus et non point épars au dehors, et que l'œil ne reçoive pas les images des autres objets voisins, qui, venant pêle-mêle avec les choses peintes, confondent le jour POUSSIN, Lettres, 28 avril 1639
    • Axe visuel, ligne droite qui, passant par le centre de la cornée transparente et par l'ouverture pupillaire, traverse perpendiculairement le cristallin et va aboutir sur le tapis, au fond de l'œil.

    • Angle visuel, angle que forment entre eux les rayons extrêmes envoyés vers l'œil par un corps.

    • Horizon visuel, l'étendue que le regard embrasse.

  2. 2Plan visuel, croquis qui montre la vue d'un lieu.

    • Le juge-commissaire ne crut pas devoir faire de procès-verbal descriptif, ni dresser un plan visuel des lieux Gaz. des Trib. 10 fév. 1876, p. 137, 4e col.

Étymologie

Prov. vizual ; esp. visual ; ital. visuale ; du lat. visualis (QUICHERAT, Addenda), de visus, action de voir, supin visum, de videre, voir.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander