À l’amie perdue, 1896· VI Devant les vagues grises
I. « Comme aujourd’hui la mer est belle et délicate »
Comme aujourd’hui la mer est belle et délicate !Elle fut, tout le jour, vaporeuse et nacrée,Avec de grands frissons de lumière dorée,Sous un ciel d’un gris fin, veiné comme une agate ;
Puis ce ciel s’est ouvert d’une fente écarlate,Et la pensive mer qui devenait cendréeD’une pourpre lueur soudain s’est colorée,Douce lueur où tout caresse et rien n’éclate ;
Dans les pays divins par delà le soleil,On donne quelque noble et merveilleuse fête,D’où s’échappe un rayon si mollement vermeil
Qui vient éparpiller des roses sur le faîteDe tous ces flots bercés d’un lumineux sommeil.Ah ! si de jours pareils notre vie était faite !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources