À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XXXVIII. « Après qu’Ève et Adam, hors du jardin céleste »
Après qu’Ève et Adam, hors du jardin céleste,La face des premiers pleurs terrestres trempée,Furent, pour tous les temps, exilés par le gesteDe l’Ange qui tenait la flamboyante épée,
Seuls sur la vaste terre encore inoccupée,Et sous un firmament nébuleux et funeste,Dans la hutte d’argile à peine enveloppéePar les grossiers essais de leur labeur agreste,
Las, mornes, dégradés, souhaitant de mourirEt maudits, ils gardaient pourtant le souvenirDes bosquets radieux de divine rosée.
C’est cette vision de l’immortel séjour,En l’âpre descendance humaine éternisée.Dont sont faits aujourd’hui les rêves de l’Amour.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources