À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XXXVII. « Ma chère bien-aimée, as-tu vu, vers la nuit »
Ma chère bien-aimée, as-tu vu, vers la nuit,Les corbeaux regagner les tours des cathédrales ?Ils paraissent vouloir, de leurs noires spirales,Effrayer le dernier rayon du jour qui fuit.
Les ténèbres se font, la triste lune suitLes dates et les noms sur les tombeaux des dalles ;Par instants en entend leurs plaintes gutturalesQue le vent, sur les toits, jusqu’aux remparts conduit.
Mais, dès qu’au premier trait de l’aurore vermeilleLe chœur clair et léger des cloches se réveille,Leur bataillon obscur s’enfuit avec lourdeur.
O cloches du matin, si pleines d’allégresses.Sonnez et dispersez, le noir vol de tristessesQui parfois, vers la nuit, se pose sur mon cœur.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources