À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XXXIX. « Le hibou dit : « Je suis très vieux ; quand autrefois »
Le hibou dit : « Je suis très vieux ; quand autrefoisJ’arrivai, je trouvai dans ces lieux une enclume ;Je la frappe du bec quand le soleil s’allume,L’enclume est maintenant de la grosseur des noix. »
Le cerf dit : « Quand je vins ici, d’immenses boisS’étendaient ; tous les ans, arrive dans la brumeUn bûcheron voûté ; pour que son âtre fume,Il coupe un seul rameau, puis s’éloigne ; tu vois
Qu’un seul arbre aux oiseaux offre un dernier ombrage. »Et l’aigle orgueilleux dit : « J’ai vu, tant j’ai grand âge,De hauts monts s’écrouler, usés par des ruisseaux. »
Et la mer dit : « Mes flots ont battu ce rivageSi longtemps que leur sel s’entasse par monceaux ;Et sans l’épuiser l’homme en charge ses vaisseaux ! »
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources