À l’amie perdue, 1896· VI Devant les vagues grises
VIII. « Le brouillard s’épaissit sur la mer douce et molle »
Le brouillard s’épaissit sur la mer douce et molle,Les flots semblent d’étain fondu tant ils sont lourds ;Agrandi d’une épaisse et rougeâtre auréole,Descend un soleil morne, éteint et sans contours ;
L’énorme goëland qui sur nos têtes voleEt dont soudain les cris se font lointains et sourds,Se dissipe et se perd à l’instant qu’il nous frôle,Et l’œil ne peut fermer ses cercles, lents et courts ;
Pourtant j’écoute encor l’air frémir sous sa plume !Sans qu’on discerne rien qu’un fantôme, on entend,Coupés d’un bruit de fer sur les crans tressautant,
Et pareil à celui de marteaux sur l’enclume,Les chants des matelots tournant le cabestanSur un bateau pêcheur suspendu dans la brume.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources