À l’amie perdue, 1896· IX L’acceptation
V. « Avant que les rayons ne blanchissent les voiles »
Avant que les rayons ne blanchissent les voilesDes vaisseaux, sur la mer où l’ombre flotte encore,Dans les cieux pâlissants où meurent les étoiles,Tout défaille à l’instant qui précède l’aurore ;
Les astres, qui paraient la nuit de leurs figures,Se sont évanouis, et la lune elle-même,Brillante au milieu d’eux dans les heures obscures,Solitaire à présent, comme un fantôme blême
Expire, se dissout dans la pâleur livideEt froide qui s’étend sur le firmament vide.Mais ce n’est que l’angoisse et le spasme du jour :
Au premier battement du vaste cœur du monde,L’air tressaille, la vie éclate, et tout s’inondeDu flot irrésistible et rose de l’amour.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources